les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

mercredi 11 décembre 2013

Pisa et dessert



Pisa : les tartuffes aiment !
Les billets auxquels vous avez échappé :
J’aurais pu vous parler des élus de la Côte Vermeille et de leurs propos après l’annonce des fermetures des établissements de santé de leur secteur : ils ont baissé les culottes sans honte.
J’aurais pu vous parler du maire de Perpignan : sans honte lui aussi, il se félicite que sa ville récupère une partie de ce qu’on enlève aux autres.
J’aurais pu vous parler des 120 millions d’européens qui sont pauvres, j’ai honte.
J’aurais pu vous parler de la prostate d’Hollande.
J’aurais pu vous parler de la nullité des fonctionnaires des renseignements généraux qui ne savent plus compter, en particulier les manifestants pour une révolution fiscale à l’appel du Front de Gauche.
Il y a des semaines où les sujets potentiels prolifèrent et où il suffirait de se baisser pour ramasser le plus rigolo, le plus révoltant, le plus humain.
C’est sans compter sur une tendance psychologique très ancrée dans les comportements de chacun, celle qui consiste à se compliquer la vie, à aller chercher ailleurs ce qu’on a tout près, à croire que l’originalité doit se payer du prix de la difficulté.
Une découverte !
Parlons donc de PISA : attention cela n’a rien à voir avec la cuisine italienne, même si l’Italie est concernée par PISA puisqu’il s’agit du Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Il s’agit d’une enquête faite dans le cadre de l’OCDE pour classer les différents pays (dont le nôtre) en fonction du niveau des élèves qu’ils forment. Eh bien nous sommes moyens-moyens : 25 ° sur 65 et ce sont les élèves issus de milieux défavorisés  qui nous font perdre beaucoup de places. Encore un coup des pauvres ! Et d’enquête en enquête, ça empire chez nous, alors que d’autres pays progressent. Très grande découverte de l’enquête PISA « les origines sociales pèsent sur la réussite scolaire ». Tu parles d’une découverte ! Et de continuer : « il est temps de mener une réforme globale pour lutter contre l’échec scolaire »  dit un expert. Ah bon !
Tartuffe, où es-tu ?
La bataille contre l’échec scolaire, la lutte contre les inégalités, l’exigence d’une vraie démocratisation, la dénonciation régulière de tous les gadgets pédagogiques qui n’ont cessé de s’empiler inutilement les uns sur les autres, n’ont pas cessé depuis des décennies dans le service public d’éducation :  en face, des responsables politiques qui, au-delà des discours lénifiants, ont systématiquement refusé à l’école les moyens humains et matériels de sa mission, ont même conforté des dispositifs qui renforçaient les ségrégations, je pense en particulier à la place faite à l’enseignement privé et confessionnel qui a toujours pu mettre en œuvre une ségrégation sociale avec l’aval du pouvoir, même quand il est de gauche, je pense aussi à tous les coups tordus qui ont été portés à la carte scolaire. Mais toujours avec la main sur le cœur et au nom des grands principes. Des tartuffes, je vous dis.
Ultime preuve.
Ultime preuve : les projets de redéfinition des services des professeurs de classes préparatoires. Il s’agit de classes post-baccalauréat qui dans les lycées préparent les concours aux grandes écoles. Elles ont été pendant longtemps l’apanage des « grands » lycées, il s’y travaille beaucoup, le niveau d’exigence est des plus élevés, des préjugés ont pu les faire apparaître comme réfractaires à la démocratisation, comme si l’excellence ne pouvait être que de droite. Le ministre de la refondation, alias Peillon, dans un de ses derniers projets prévoit de prendre sur le potentiel de ces classes pour aider les établissements en zones difficiles. Apparemment cela devrait ressembler à une mesure de justice : on pique aux riches pour donner aux plus pauvres. C’est ne pas savoir que dans ces classes-là se jouent des épisodes majeurs de la démocratisation en cours, dans la mesure où les batailles syndicales et politiques ont conduit à les multiplier et à les ouvrir, ainsi dans notre département qui  en était totalement dépourvu : l’accès des jeunes issus de milieux modestes à des fonctions sociales de hauts niveaux est devenu plus facile. Pour avoir vécu la création de ces classes dans le lycée où j’enseignais, je puis en attester. Les tartuffes ont la vie dure et aiment les discours trompeurs. Mais les propos réducteurs, les fausses évidences, n’ont qu’une efficacité très modeste : les réalités résistent… et nous avec !
Jean-Marie Philibert.

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