Pisa :
les tartuffes aiment !
Les billets
auxquels vous avez échappé :
J’aurais pu vous parler des élus de la Côte Vermeille et de
leurs propos après l’annonce des fermetures des établissements de santé de leur
secteur : ils ont baissé les culottes sans honte.
J’aurais pu vous parler du maire de Perpignan : sans
honte lui aussi, il se félicite que sa ville récupère une partie de ce qu’on
enlève aux autres.
J’aurais pu vous parler des 120 millions d’européens qui
sont pauvres, j’ai honte.
J’aurais pu vous parler de la prostate d’Hollande.
J’aurais pu vous parler de la nullité des fonctionnaires des
renseignements généraux qui ne savent plus compter, en particulier les
manifestants pour une révolution fiscale à l’appel du Front de Gauche.
Il y a des semaines où les sujets potentiels prolifèrent et
où il suffirait de se baisser pour ramasser le plus rigolo, le plus révoltant,
le plus humain.
C’est sans compter sur une tendance psychologique très
ancrée dans les comportements de chacun, celle qui consiste à se compliquer la
vie, à aller chercher ailleurs ce qu’on a tout près, à croire que l’originalité
doit se payer du prix de la difficulté.
Une
découverte !
Parlons donc de PISA : attention cela n’a rien à voir
avec la cuisine italienne, même si l’Italie est concernée par PISA puisqu’il
s’agit du Programme international pour le suivi des acquis des élèves.
Il s’agit d’une enquête faite dans le cadre de l’OCDE pour classer les
différents pays (dont le nôtre) en fonction du niveau des élèves qu’ils
forment. Eh bien nous sommes moyens-moyens : 25 ° sur 65 et ce sont les
élèves issus de milieux défavorisés qui
nous font perdre beaucoup de places. Encore un coup des pauvres ! Et
d’enquête en enquête, ça empire chez nous, alors que d’autres pays progressent.
Très grande découverte de l’enquête PISA « les origines sociales pèsent
sur la réussite scolaire ». Tu parles d’une découverte ! Et de
continuer : « il est temps de mener une réforme globale pour lutter contre
l’échec scolaire » dit un expert.
Ah bon !
Tartuffe, où
es-tu ?
La bataille contre l’échec scolaire, la lutte contre les
inégalités, l’exigence d’une vraie démocratisation, la dénonciation régulière
de tous les gadgets pédagogiques qui n’ont cessé de s’empiler inutilement les
uns sur les autres, n’ont pas cessé depuis des décennies dans le service public
d’éducation : en face, des
responsables politiques qui, au-delà des discours lénifiants, ont
systématiquement refusé à l’école les moyens humains et matériels de sa
mission, ont même conforté des dispositifs qui renforçaient les ségrégations,
je pense en particulier à la place faite à l’enseignement privé et
confessionnel qui a toujours pu mettre en œuvre une ségrégation sociale avec l’aval
du pouvoir, même quand il est de gauche, je pense aussi à tous les coups tordus
qui ont été portés à la carte scolaire. Mais toujours avec la main sur le cœur
et au nom des grands principes. Des tartuffes, je vous dis.
Ultime preuve.
Ultime preuve : les projets de redéfinition des
services des professeurs de classes préparatoires. Il s’agit de classes
post-baccalauréat qui dans les lycées préparent les concours aux grandes
écoles. Elles ont été pendant longtemps l’apanage des « grands » lycées,
il s’y travaille beaucoup, le niveau d’exigence est des plus élevés, des
préjugés ont pu les faire apparaître comme réfractaires à la démocratisation,
comme si l’excellence ne pouvait être que de droite. Le ministre de la
refondation, alias Peillon, dans un de ses derniers projets prévoit de prendre
sur le potentiel de ces classes pour aider les établissements en zones
difficiles. Apparemment cela devrait ressembler à une mesure de justice :
on pique aux riches pour donner aux plus pauvres. C’est ne pas savoir que dans
ces classes-là se jouent des épisodes majeurs de la démocratisation en cours,
dans la mesure où les batailles syndicales et politiques ont conduit à les
multiplier et à les ouvrir, ainsi dans notre département qui en était totalement dépourvu : l’accès
des jeunes issus de milieux modestes à des fonctions sociales de hauts niveaux
est devenu plus facile. Pour avoir vécu la création de ces classes dans le
lycée où j’enseignais, je puis en attester. Les tartuffes ont la vie dure et
aiment les discours trompeurs. Mais les propos réducteurs, les fausses
évidences, n’ont qu’une efficacité très modeste : les réalités résistent…
et nous avec !
Jean-Marie Philibert.
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