les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

mardi 17 décembre 2013

mandela... et pujol.



Ils n’ont pas tous compris le message de Madiba.
Aussi loin que je remonte dans ma vie militante, je trouve deux noms qui ont animé nos jours, nos défilés, nos rassemblements, nos colères : le Vietnam et Nelson Mandela. Deux noms qui signifiaient l’inhumanité du monde, son injustice, deux noms qui disaient que nous n’acceptions ni la mise au pas, ni le dépeçage, ni l’écrasement d’un pays qui ne prétendait qu’à construire de façon libre et indépendante son destin, ni la ségrégation raciale qui avait servi de fondement à des décennies de colonisation et de rejet de l’humanité de tous ceux qui n’avaient pas la bonne couleur de peau. 
Ces combats emblématiques ont non seulement formé nos consciences, mais ils ont produit leurs fruits : le Vietnam est un pays farouchement libre et c’est très bien. L’Afrique du Sud est devenu un pays multiracial et ceux qui ont combattu l’apartheid, ceux qui en ont été les millions de victimes ont été démocratiquement  désignés pour exercer le pouvoir : Mandela a été le pionner, l’artisan, le père de cette nation nouvelle construite sur la volonté de bâtir un monde juste, solidaire et respectueux des différences. Le paradoxe tient à ce que ceux auxquels on avait refusé justice, solidarité et respect  l’imposent à tous.
Les nôtres ?
Des moments où l’histoire avance parce que les hommes se battent : que le cœur du combat, ses artisans majeurs, soient l’ANC et tous ceux qui se reconnaissaient dans une démarche radicale, est une évidence. Mais les questions de l’apartheid, de la discrimination raciale, les séquelles du colonialisme, l’ambition de construire un monde libre où le respect des droits déborde des frontières  sont devenues planétaires. Les batailles du Vietnam et de Mandela ont été les nôtres. Les nôtres ? Qui tu mets là-dedans ?
Il est vrai qu’à voir l’avalanche d’hommages qu’a déclenchés la mort de Madiba on pourrait y mettre beaucoup de monde ;  ils se sentent tous obligés de l’appeler par son diminutif affectueux, surtout ceux qui ont à faire oublier qu’ils ont toujours préféré le régime blanc au pouvoir à Pretoria.
Mais moi je n’ai aucune raison d’y mettre les réactionnaires aux petits pieds ou aux grands pieds qui trouvent très généreux le combat contre le racisme et contre les discriminations à condition que ce soit le plus loin possible de leurs frontières. Je n’ai aucune raison de croire à l’engagement anti-apartheid de ceux qui ici et maintenant organisent la chasse aux sans-papiers. Je n’ai aucune raison de croire les bonnes intentions de ceux qui font de l’islamophobie la pierre angulaire de leurs rancœurs.
Je me pince.
Et quand je vois le maire de notre ville, bien connu pour la magistrale façon  dont il a su dépasser les soubresauts de l’histoire de la colonisation, faire dresser un grand portrait de Nelson Mandela en salle du conseil Municipal et tenir, devant l’icône de la réconciliation entre blancs et noirs, la dernière réunion du conseil, je me pince, je me crois victime d’hallucination. J’ai tout faux !
Il ne l’a pas fait à l’insu de son plein gré ; il est un thuriféraire de la lutte contre le racisme. C’est celui qui le dit qui l’est !
Et il veut rendre hommage à ce grand homme qui a su réconcilier le peuple noir et le peuple blanc. C’est tout à son honneur.
Petite perfidie.
Mais petite perfidie, toute petite : comment se fait-il que son admiration pour Mandela ne lui ait inspiré, à lui qui se plait ou se complait à évoquer la guerre d’indépendance d’Algérie et le sort malheureux des rapatriés, aucune démarche qui aurait pu dépasser les clivages de la décolonisation, dans une ville où les communautés concernées sont nombreuses. Pourquoi consacre-t-il une part non négligeable du budget de la ville à entretenir ce qu’il faut bien appeler un musée de l’Algérie française ? L’heure de la réconciliation n’a-t-elle pas sonné ? A-t-il bien compris le message de Madiba ? C’est sans doute ce reproche que je lis dans le sourire distancié du portrait de Mandela !
Jean-Marie Philibert.

mercredi 11 décembre 2013

Pisa et dessert



Pisa : les tartuffes aiment !
Les billets auxquels vous avez échappé :
J’aurais pu vous parler des élus de la Côte Vermeille et de leurs propos après l’annonce des fermetures des établissements de santé de leur secteur : ils ont baissé les culottes sans honte.
J’aurais pu vous parler du maire de Perpignan : sans honte lui aussi, il se félicite que sa ville récupère une partie de ce qu’on enlève aux autres.
J’aurais pu vous parler des 120 millions d’européens qui sont pauvres, j’ai honte.
J’aurais pu vous parler de la prostate d’Hollande.
J’aurais pu vous parler de la nullité des fonctionnaires des renseignements généraux qui ne savent plus compter, en particulier les manifestants pour une révolution fiscale à l’appel du Front de Gauche.
Il y a des semaines où les sujets potentiels prolifèrent et où il suffirait de se baisser pour ramasser le plus rigolo, le plus révoltant, le plus humain.
C’est sans compter sur une tendance psychologique très ancrée dans les comportements de chacun, celle qui consiste à se compliquer la vie, à aller chercher ailleurs ce qu’on a tout près, à croire que l’originalité doit se payer du prix de la difficulté.
Une découverte !
Parlons donc de PISA : attention cela n’a rien à voir avec la cuisine italienne, même si l’Italie est concernée par PISA puisqu’il s’agit du Programme international pour le suivi des acquis des élèves. Il s’agit d’une enquête faite dans le cadre de l’OCDE pour classer les différents pays (dont le nôtre) en fonction du niveau des élèves qu’ils forment. Eh bien nous sommes moyens-moyens : 25 ° sur 65 et ce sont les élèves issus de milieux défavorisés  qui nous font perdre beaucoup de places. Encore un coup des pauvres ! Et d’enquête en enquête, ça empire chez nous, alors que d’autres pays progressent. Très grande découverte de l’enquête PISA « les origines sociales pèsent sur la réussite scolaire ». Tu parles d’une découverte ! Et de continuer : « il est temps de mener une réforme globale pour lutter contre l’échec scolaire »  dit un expert. Ah bon !
Tartuffe, où es-tu ?
La bataille contre l’échec scolaire, la lutte contre les inégalités, l’exigence d’une vraie démocratisation, la dénonciation régulière de tous les gadgets pédagogiques qui n’ont cessé de s’empiler inutilement les uns sur les autres, n’ont pas cessé depuis des décennies dans le service public d’éducation :  en face, des responsables politiques qui, au-delà des discours lénifiants, ont systématiquement refusé à l’école les moyens humains et matériels de sa mission, ont même conforté des dispositifs qui renforçaient les ségrégations, je pense en particulier à la place faite à l’enseignement privé et confessionnel qui a toujours pu mettre en œuvre une ségrégation sociale avec l’aval du pouvoir, même quand il est de gauche, je pense aussi à tous les coups tordus qui ont été portés à la carte scolaire. Mais toujours avec la main sur le cœur et au nom des grands principes. Des tartuffes, je vous dis.
Ultime preuve.
Ultime preuve : les projets de redéfinition des services des professeurs de classes préparatoires. Il s’agit de classes post-baccalauréat qui dans les lycées préparent les concours aux grandes écoles. Elles ont été pendant longtemps l’apanage des « grands » lycées, il s’y travaille beaucoup, le niveau d’exigence est des plus élevés, des préjugés ont pu les faire apparaître comme réfractaires à la démocratisation, comme si l’excellence ne pouvait être que de droite. Le ministre de la refondation, alias Peillon, dans un de ses derniers projets prévoit de prendre sur le potentiel de ces classes pour aider les établissements en zones difficiles. Apparemment cela devrait ressembler à une mesure de justice : on pique aux riches pour donner aux plus pauvres. C’est ne pas savoir que dans ces classes-là se jouent des épisodes majeurs de la démocratisation en cours, dans la mesure où les batailles syndicales et politiques ont conduit à les multiplier et à les ouvrir, ainsi dans notre département qui  en était totalement dépourvu : l’accès des jeunes issus de milieux modestes à des fonctions sociales de hauts niveaux est devenu plus facile. Pour avoir vécu la création de ces classes dans le lycée où j’enseignais, je puis en attester. Les tartuffes ont la vie dure et aiment les discours trompeurs. Mais les propos réducteurs, les fausses évidences, n’ont qu’une efficacité très modeste : les réalités résistent… et nous avec !
Jean-Marie Philibert.

mercredi 4 décembre 2013

irrationnel



Irrationnel !
(Vous avez dit irrationnel)
Pourquoi faut-il que nous fassions aussi facilement confiance à l’irrationnel et à tous les margoulins qui s’en réclament,  dans des domaines aussi cruciaux pour notre avenir que la santé (il s’agit là de notre devenir personnel), ou que la politique (c’est là notre avenir commun qui est en jeu) ?  C’est une interrogation, qui me poursuit, quand je vois des personnes que je crois sensées  prendre prétexte de résultats insuffisants de la médecine traditionnelle, pour aller consulter tel ou tel illuminé, à la faconde plus impressionnante que le savoir.
Ne pas douter du père Noël.
Les pouvoirs de la sorcellerie ne seraient pas donc morts, et même des sociétés développées comme les nôtres ne rechigneraient pas à redonner un soupçon de dignité à des formes de pensées magiques avec l’espoir qu’elle va réussir là où la bonne et vieille raison a du mal à vaincre les obstacles. Le pouvoir des illusions est une caractéristique de l’infantilisme de la pensée : c’est d’ailleurs pour cela qu’en avançant en âge on se met à douter de l’existence du père Noël. Eh bien ! Ils sont encore nombreux à n’en pas douter !
Dans le domaine politique on ne peut que constater une même dérive. Certes les questions y sont souvent complexes, les approches fort différentes, les enjeux d’importance, et la formation et l’information du citoyen pas toujours assez poussées. Certes les propagandes jouent leurs rôles perturbateurs. Certes le petit écran nivelle les consciences en présentant les choses comme les voix de « nos maîtres » l’imposent. Dans un autre temps on aurait parlé de l’idéologie dominante et de ses valets qui parlent dans le micro, face à la caméra, ou qui écrivent dans la presse bien-pensante. On pourrait aussi évoquer les intérêts financiers qui sont à la manœuvre dans ces opérations de bourrage de crânes.
Débourouner profond.
Il n’empêche : ils sont nombreux à « débourouner profond » quand ils disent envisager à donner leurs suffrages pour les prochaines municipales  à un parti d’extrême droite qui partout où il est passé n’a laissé que turpitudes, misère et désolation. Et qui dans l’histoire s’est mis au service des haines les plus criminelles. Dans cette démarche aujourd’hui,  l’ignorance la plus crasse rejoint le racisme le plus abject en s’inventant un bouc émissaire : l’immigré qui serait la cause de tous nos maux. Et les tentatives de rationalisation pour combattre une argumentation violemment xénophobe sont difficiles, si ce n’est souvent vouées à l’échec. D’autant que les difficultés sociales vont croissant.
Soyons des Béranger.
Peut-être faudrait-il leur faire lire ou relire une pièce d’Ionesco « Rhinocéros » éclairante sur les dérives sociales et personnelles qu’entraîne une pensée qui se coupe du réel pour s’enfermer dans des certitudes sans fondement, si ce n’est le grégarisme imbécile. Dans une ville d’Europe, tous les hommes deviennent rhinocéros, inexorablement, imparablement : toutes les formes de résistances échouent jusqu’à la résistance douloureuse et solitaire de Bérenger qui, au nom de sa liberté, de son humanité, de sa raison, se bat contre cette métamorphose.
« Le ventre est fécond… »,  la fatalité serait-elle du  côté de l’irrationnel ? Combattons toutes les dérives qui tournent le dos à l’essentiel : le combat quotidien de tous les Bérenger pour ne pas céder au délire, pour résister et se battre pour une vie meilleure et pour dénoncer tous les mensonges qui pourraient nous en détourner.
Et cela ne concerne pas que les élections municipales : les croyances dans des démarches qui réunissent les carpes et les lapins, comme celles des bonnets rouges bretons  le rejet magique de toutes formes d’impôts, toutes des remèdes-miracles des docteurs YAKA et FAUCON qui ont réponse à tout, les croyances aveugles dans des promesses intenables sont du même ordre, elles nous abusent et nous détournent de la seule démarche qui, rationnellement,  a dans l’histoire porté quelques fruits, même s’ils ont été rarement à la hauteur de nos espérances : celle de l’engagement citoyen et de la résistance des consciences.
Ce samedi 29 novembre, dans la froidure d’un hiver naissant, c’est elle qui le matin comme l’après-midi était à l’œuvre, Place de la République à Perpignan.  Très, très loin de l’irrationnel.
Jean-Marie Philibert.