les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

dimanche 18 janvier 2015

tourner rond ou pas



Tourner rond ou pas !
C’étaient les tout débuts de l‘année 2015. Les choses se passaient comme elles doivent se passer. Le monde « tournait rond ». Rond ? C’est une façon de parler, il tournait en tout cas, comme d’habitude. Le Père Noël avait fait son boulot, les dindes avaient été digérées, les portefeuilles étaient vides, les chômeurs chômaient toujours un peu plus nombreux, Hollande n‘arrêtait pas de baisser dans les sondages. Le quotidien, quoi ? Avec quelques nouveautés, les bancs publics étaient mis en cage à Angoulême (et enlevés à Perpignan), Zemmour poursuivait son délire anti-islamique, les petits écrans nous bourraient le crâne… Le monde normal !
Le monde normal.
Et puis quelques rafales de kalachnikov plus tard, des jours d’inquiétude, d’angoisse, de tristesse noire devant des massacres innommables. Un journal satirique attaqué à l’arme lourde, des innocents tués dans la rue, des clients juifs d’une épicerie casher abattus parce qu’ils étaient juifs justement. Dix-sept morts en plein Paris dont le terrorisme avait besoin pour nous entraîner dans ses délires, pour justifier son fanatisme, pour nous faire douter de l’humanité, pour tuer tous nos espoirs.
Les signes
Très vite, la folle mécanique macabre s’enraye. Le peuple fait front jusqu’à organiser en quelques jours ce qui restera comme un grand sursaut humain, social, politique, qui mettra dans la rue des millions de gens, comme nous ne l’avions pas vu depuis bien longtemps.
Les signes qu’il se passe là des choses peu conformes à nos habitudes se mettent à proliférer. Le monde, notre monde, ne tourne plus rond.
Charlie que l’on avait abattu, ressuscite, et il a des millions de lecteurs. Un miracle pour ceux qui ne croient pas aux miracles.
Beaucoup de ceux qui n’ont jamais manifesté, de ceux qui ont oublié comment on fait, de ceux qui pensent et disent que ça ne sert pas à grand-chose se ruent dans les manifestations.
La société ne se ressemble plus.
La société que l’on disait individualiste, égoïste, repliée sur elle-même ne se ressemble plus.
La laïcité, la liberté (d’expression, mais pas seulement), la démocratie, la solidarité, l’égalité, la fraternité nous sourient de toutes leurs dents.
Même les média pendant quelques jours semblent dire moins de bêtises.
Sans raison, Les gens applaudissent dans les manifs ; ils s’applaudissent sans doute, sans savoir pourquoi. Ça ne tourne pas rond.
Les grands de ce monde qui n’aiment pas beaucoup le terrain social viennent jusqu’à Paris faire un petit bout de manifestation populaire. Pour beaucoup ce doit être une grande première.
Hollande, qui nous avait habitués à rater beaucoup de choses, là ne rate rien : il est à la hauteur de la manifestation et de l’évènement. Ça ne tourne pas rond.
Le combat de la vie contre toutes les formes d’aliénation.
Les 17 victimes sont dans toutes les têtes et nos yeux restent rougis par l’émotion de les avoir perdues, mais le sentiment prévaut de leur présence au cœur de tous ces rassemblements, quelles que soient leur origine, leur fonction, leur religion ou leur absence de religion. Nous devons pour eux, pour nous, continuer le combat de la vie, contre l’obscurantisme, le fanatisme, la violence aveugle, les aliénations en tous genres.
Et à la lumière de ce qu’on vit, on se dit que ce ne serait pas très malin de se remettre  à tourner rond, quand on constate tout ce dont on est capable quand on ne tourne plus rond : la fatalité, l’adversité en prendront certainement un  coup, comme les divisions qui nous minent, comme les peurs qui nous tétanisent, comme les injustices qui nous révoltent.
Le peuple rassemblé est sans doute porteur d’espoir.
Tu ne tournes plus rond, Jean-Marie ! Ce n’est pas grave.
Même si nous savons que ce sera long et compliqué. Au boulot ! Ça commence.
Jean-Marie Philibert.

mardi 13 janvier 2015

charlie



François-Michel Saada, Yoav Hattab, Yohan Cohen, Clarissa Jean-Philippe, Georges Wolinski,  Bernard Verlhac, dit Tignous, Mustapha Ourrad, Ahmed Merabet, Bernard Maris, Philippe Honoré, dit Honoré, Stéphane Charbonnier, dit Charb, Elsa Cayat, Jean Cabut, dit Cabu, Franck Brinsolaro, Frédéric Boisseau, Michel Renaud, Philippe Braham …et nous
Certes il y a le temps de l’émotion, de la colère, de la révolte, de l’humeur noire et sinistre devant la barbarie. C’est utile et nécessaire pour des êtres de chair, de sang, de sentiments qui ont fait de l’humanité, de ses vicissitudes, de ses ambitions, de  ses aspirations l’horizon commun de leurs vies.
Le sursaut.
Et puis il y a quelque chose qui ressemble à un sursaut, très vite, dès le mercredi après-midi, dès que la nouvelle de l’assassinat  est connue. Le rassemblement. Les rassemblements. A Paris. Comme à Perpignan. Le lendemain, les rassemblements se poursuivent. Plus massifs, sans protocole, avec le seul besoin d’être rassemblés pour exprimer notre aversion, notre soutien aux victimes, notre détermination à ne pas nous laisser prendre aux pièges de la peur, de la division, pour dire notre solidarité active. Il est tout à fait significatif que de telles initiatives se soient répandues et multipliées dans de très nombreuses communes du département, grandes et moins grandes, comme s’il y avait un rendez-vous à ne pas manquer.
 Il est tout aussi significatif que  ceux qui se rassemblaient n’étaient pas seulement les participants habituels des manifestations. Nous étions tous Charlie, mais des Charlies différents qui n’acceptaient pas que soit ainsi attaquée la liberté d’expression, que soient ainsi mis à mal les fondements de la vie démocratique, que la laïcité fondatrice de notre construction politique soit foulée aux pieds par des fanatiques.
La plus haute humanité possible.
Il aura fallu que la tragédie se poursuive, avec sa dimension antisémite, pour que la nation, le peuple, les gens mesurent l’ampleur de ce qui se tramait, ici et maintenant, mais peut-être pas seulement,  en multipliant les victimes innocentes. Et qu’ils soient confortés dans l’obligation de manifester à la fois leur rejet d’une barbarie absolue et leur soif, pour eux, pour leurs enfants (ah la présence des enfants dans les manifs !), de la plus grande, la plus haute, humanité possible qu’une nation rassemblée est capable de construire. Avec la lucidité qu’il y faudra, avec la persévérance du côté de l’intervention populaire et  avec de profonds changements dans les orientations politiques proposées. Je pense que les millions de manifestants de samedi et dimanche étaient dans cet état d’esprit, aux antipodes des amalgames, comme de l’angélisme. Dans une attente exigeante. Dans un espoir !
La leçon d’Elsa-Angéla
En tout cas les manœuvres du Front National pour se plaindre de ne pas avoir reçu de bristol d’invitation apparaissent pour ce qu’elles sont, dérisoires et pleines de dépit devant un mouvement qu’ils sont incapables de comprendre.  Les propos de la fille de Wolinsky, qui a comme prénoms Elsa (à cause de celle qu’aima Aragon) et Angéla (à cause d’Angéla, la rebelle, bien sûr) et qui a rendu un hommage très émouvant à son père ont bien situé une partie des enjeux politiques d’une telle mobilisation : renvoyer l’extrême droite dans les bas-fonds de l’histoire.
La présence à Paris d’une quantité importante de chefs d’états n’a pas été en mesure d’occulter ce qui fait la force du mouvement en train de naître : son nombre, sa diversité, ses couleurs,  son attente, sa tolérance, sa solidarité. La surprise (heureuse, inattendue) dont il est porteur,  l’incompréhension qu’il suscite, la spontanéité qui est sa marque de fabrique déjouent les schémas les mieux établis au point de prendre une dimension internationale.
Les manœuvres ne vont pas manquer pour en montrer les limites, les insuffisances, les ambigüités, les contradictions, pour le tirer à hue et à dia, pour le dénaturer, pour l’étouffer.
Ce mouvement appartient à tous ceux qui ont répondu  aux détonations assourdissantes des kalachnikovs  et au sang versé, par leur compassion pour les victimes,  par leur calme, par leur soif de justice et de démocratie. Ils sont des millions et ils n’ont pas peur !
Jean-Marie Philibert

mercredi 7 janvier 2015

2015




2015 : tous les possibles !
Le passage d’une année à l’autre et le cérémonial des vœux peut être l’occasion d’un regard quelque peu distancié sur la période vécue, comme sur les perspectives à envisager pour l’avenir le plus proche. Entre l’optimisme béat de celle et celui pour qui la vie n’est qu’un jardin des délices et le pessimisme absolu de ceux qui n’y voient qu’une vallée de larmes, la période est rarement propice à une lucidité exigeante, elle est surtout l’occasion, pour le plus grand nombre, de se dire que le pire va peut-être céder le pas à un moins pire, que les emmerdes, ce n’est pas éternel, que le passage d’une année à une autre pourrait ressembler à un nouveau départ, et rompre ainsi avec un présent pesant.
Le coup de jeune ou le coup de bambou
Je partage sans aucune retenue ces aspirations à un mieux vivre. Je nous souhaite pour 2015 toutes les batailles qui vont avec et sans lesquelles rien ne se produira.
Mais avec les contenus les plus transformateurs possibles. Avec l’ambition du progrès social. Avec la démocratie en bandoulière. Avec l’obsession de l’unité, de la solidarité, de la justice.
Face à cela, l’incantation hollandaise du soir du 31 décembre fait pâle figure : « Nous avons toutes les raisons d’avoir confiance en nous, mais à une condition, avancer, faire preuve d’audace, refuser le statu quo, écarter la régression » Et pour illustrer son propos d’un exemple probant selon lui de cette confiance, le vote prochain de la loi Macron qui donnera « un coup de jeune ». Je crains que le coup de jeune ne devienne un coup de bambou et que l’incantation reste incantation. Comme hors du temps, hors du réel sur lequel le pouvoir semble ne plus avoir de prise, et plus grave encore, ne pas chercher à en avoir, laissant à la manœuvre les puissances financières et patronales pour qui le gavage est la seule « règle » de conduite. Règle d’or, bien sûr ! Aux antipodes de l’humanité,
Vite des antidotes !
Quand au hasard de vos pérégrinations  dans ce monde-là, vous rencontrez enfin l’humain, vous prenez de grandes bouffées d’oxygène qui vous régénèrent et qui ne peuvent que vous aider à être plus libres et plus forts. Vous avez envie de les faire partager…
Commençons par le plus jouissif : il s’agit de l’exposition consacrée à Niki de Saint-Phalle, dans les Galeries nationales du Grand Palais : une exposition riche de nombreuses œuvres qui mettent la femme au cœur de la démarche de l’artiste, qui la valorisent au point d’en faire des géantes colorées et éblouissantes capables de ré-enfanter l’humanité en rompant avec toutes les  facettes de la réaction, en inventant des formes qui transfigurent un monde trop triste. Les nanas vous connaissez ! Voir des femmes et des hommes  accepter d’attendre, nombreux et transis, pour recevoir un tel message est un signe que la sinistrose n’est pas inéluctable.
Toujours de l’humain
Continuons par le plus humain : la cinémathèque de Paris présente une exposition consacrée à François Truffaut, sa vie, son œuvre, ses films, des tranches de vie palpables, réinventées et plus vraies que vraies qui nous nourrissent  de leurs visions singulières de l’enfance, de l’amitié, de l’amour. Jules et Jim sont nos frères en humanité. Le cinéma est là plus qu’un divertissement, il nous fait du bien et nous irrigue.
Et puis le moment peut-être le plus délicat, mais pas le moins couru, il fallait patienter un moment avant de rencontrer les œuvres de Marcel Duchamp à Beaubourg : il a bouleversé la peinture, il a contribué à faire du dadaïsme le point d’ancrage de la modernité. Depuis un siècle ses œuvres nous interrogent, nous étonnent, nous heurtent, nous incitent à pousser plus loin les limites de notre culture. Notre regard peut en être changé : les frontières de l’humain s’ouvrent sur de nouveaux horizons et c’est très bien.
Nous sommes alors très-très loin de la prose d’Hollande, de ces poncifs étriqués qui n’ont pour but que de nous faire accepter l’inacceptable, de nous abêtir un tantinet.
De tels signes de résistance font du bien !
Nous sommes avec tous les possibles dont nous n’accepterons jamais d’être exclus. La tâche de 2015 ?
Jean-Marie Philibert