les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

lundi 4 décembre 2023

SORTIR DE L'ORNIERE

Sortir de l’ornière Les faits Dans un village de notre cher pays, un soir de fête locale, une bagarre éclate en fin de soirée, entre des jeunes de la localité et une équipe de trublions venus de Romans, ville voisine. Un ou des prétextes futiles, des noms d’oiseaux, et c’est parti. Des échanges de coups. Des appels au calme inaudibles. Ça dégénère, un couteau est sorti. Un adolescent du Crépol reste étendu sur le sol dans une mare de sang. Les étrangers du village s’empressent de partir, sans doute conscients que cela peut mal tourner pour eux. Il se trouve qu’ils viennent d’un quartier de Romans dont la population est mêlée, la réputation sulfureuse et la couleur de peau un peu moins blanche que la moyenne. Il se trouve aussi que les jeunes identifiés comme les protagonistes de la bagarre portent des prénoms à consonances étrangères et qu’ils ont disparu. Ils sont vite retrouvés du côté de Toulouse. La population du Crépol, les amis de la victime, ses copains et copines sont dans la peine, la population de la Drôme est secouée. Une marche blanche est organisée. Sa nature Un fait divers ? Un événement politique ? Quelle importance lui donner ? Il ne faut pas oublier que notre société est travaillée par des va-t-en-guerre-civile qui ont pignon sur rues et dans les consciences, qui rêvent d’en découdre avec cette faune sauvage et arabe, venue nous remplacer, prendre notre travail, nos maisons et un peu nos richesses bien sûr. Un racisme ordinaire alimente une idéologie réactionnaire qui fait de l’étranger le fossoyeur de notre civilisation judéo-chrétienne et blanche. De grands esprits l’alimentent et trouvent sur CNews des porte-voix qui ne cessent de reprendre leurs propos, sous la baguette du maître de cérémonie Pascal Praud. « Tout ça était annoncé. Et ce n’est pas fini ! Ce n’est pas fini ! » Des propos édifiants Et CNews cite ses maîtres à penser, Marion Maréchal : « Une meute de barbares ». Thibault de Montbrial, avocat, « des racailles venus d’une cité », Eric Ciotti : « Thomas, victime de l’ensauvagement ». En vrac : « Fous ceux qui refusent de voir les prémices d’une guerre civile… La tentation de l’autodéfense va se radicaliser… Francocide ! … Un jour les citoyens se défendront eux-mêmes…» Crépol fait les affaires de l’extrême droite : pour que les gestes rejoignent les paroles, via les réseaux sociaux, elle appelle les bons français à manifester à Romans et ailleurs pour punir les coupables, les rejeter à la mer. Donnons l’exemple. Nous pourrons alors reconstruire la France blanche, policée, et propre sur elle qui nous échappe chaque jour un peu plus. L’extrême droite et ses sbires sont aux antipodes du pays réel, mais ils se dévoilent, prétendent occuper la rue. Ils alimentent des haines d’un autre âge qui servent les intérêts des réactionnaires en place et les plus-values du capitalisme triomphant. Ils se moquent de Thomas, de la douleur de sa perte, pour jouer leur partition d’un embrouillamini politique. Ils en appellent à l’urgence, occupent les esprits, alimentent les peurs. Macron et son équipe peuvent jouer les remparts républicains ; les Français peuvent préparer Noël. La gauche empêtrée dans ses relations compliquées, met bien du temps à construire des convergences, et pourtant c’est la seule voie pour nous sortir de l’ornière. Jean-Marie Philibert.

mardi 28 novembre 2023

DE LA TREVE A LA PAIX

De la trêve à la paix Enfin les armes se sont tus, pour une courte trêve : libérer des otages, permettre aux habitants de Gaza de prendre conscience des destructions, autoriser les camions à pénétrer dans l’enclave pour apporter de quoi survivre, tenter de retrouver ses amis, sa maison, ce qu’il en reste, mesurer la désolation, les deuils, concevoir un avenir, sauver sa peau, celle de ceux que l’on aime, reprendre une vie « normale », travailler , soigner, éduquer, se savoir enfermé… La liste est incommensurablement longue de la vie à retrouver pour les gazaouis : quatre jours, c’est bien peu. Les jours d’après que seront-ils ? La poursuite de l’offensive israëlienne … Une explosion généralisée … Une tentative de faire durer la trêve… Ou bien la tentation de la paix pour deux peuples que des décennies d’affrontements ont déchirés. La difficulté La difficulté tient peut-être au fait que cette terre-là est celle qui a vu naître les religions monothéistes. Depuis Rome et même avant les emprises y furent nombreuses, variées. Nos croisades y sont allées mettre leur grain de sel. Au temps des colonies, les Britanniques en prennent le contrôle. Se développe au XIX° siècle un mouvement sioniste qui jette les bases d’un foyer national juif en Palestine, contesté par les pays arabes. L’immigration se développe au XX°. En 1947 le Royaume Uni met fin à son mandat et l’Onu partage la Palestine entre un état arabe et un état juif. Des vagues d’immigrants viennent en Israël. L’état de guerre avec les pays arabes est continuel. Des populations marginalisées L’état arabe n’a jamais existé, les populations palestiniennes sont restées marginalisées, soumises à des contrôles de plus en plus violents d’un état israëlien qui se prenait pour le maître du monde. On a comparé Gaza à une prison à ciel ouvert. Des forces politiques s’y sont développées, Le Fatah d’abord en partie marginalisé, puis le Hamas entre autres prônant la destruction des juifs. Une identité éclatée, mais une même souffrance ! La communauté internationale, les états arabes, l’Egypte, et surtout les Etats-Unis tentent de gérer ce qui peut l’être. Dans un melting-pot que j’ai réduit à l’essentiel. Les diasporas juives et palestiniennes complètent un tableau des plus sombres où la plus grande des urgences est de se donner l’ambition d’y implanter une paix durable. Une paix durable Mais la paix n’est pas, si le puissant refuse à celui ou celle qui l‘est moins la capacité de vivre, si la subordination d’un groupe par un autre est l’obsession constante. Construire la paix, alors que les armes sont là, que les esprits sont passionnés, que les va-t-en-guerre restent à la manœuvre. Construire la paix avec ceux qui ont enfin compris que c’est la seule voie possible. Construire la paix pour en finir avec les violences qui brisent les vies. Construire la paix pas à pas, en se parlant et s’écoutant. Construire la paix en sortant des murailles derrière lesquelles on s’abrite. Construire la paix en étant enfin convaincu que deux états indépendants, souverains, libres, peuvent vivre côte à côte en se respectant. Jean-Marie Philibert

mardi 14 novembre 2023

LA DIFFICILE GESTATION D'UNE COMMUNAUTE HUMAINE

La difficile gestation d’une communauté humaine. J’ai toujours beaucoup d’hésitations à me lancer dans les commentaires de la politique internationale, j’ai le sentiment que tellement de choses m’échappent je ne peux que dire des bêtises. Mes hésitations sont accrues quand cette actualité est l’objet de toutes sortes d’horreurs guerrières, terroristes, sanguinaires où la mort compte seule, où les esprits sont tellement échauffés qu’ils sont dans l’incapacité d’entendre raison et où mon pacifisme (pas que le mien d’ailleurs) est complètement hors sujet. Alors qu’il devrait être la seule issue viable ! Tous les problèmes du monde me concernent. Je vais donc chercher à contourner la difficulté, en traitant de l’ordre-désordre de notre planète dans ses dimensions globales, parce que ce qui se passe à Gaza, en Israël, en Arménie, et partout où les armes grondent et où les hommes meurent, dépasse toutes les frontières et met en jeu un équilibre-déséquilibre mondial. Pendant des décennies, des puissances (super !) s’en sont crues les dépositaires sans demander un quelconque avis à quiconque, en s’appuyant sur leurs puissances militaires, économiques, financières, même géographiques et culturelles. La liste n’est pas exhaustive. Sûres qu’elles étaient de leur supériorité, ces super puissances se sont tout autorisées. Aux siècles derniers, à coloniser des pays, à exploiter leurs richesses, à soumettre leurs habitants pour leur apporter bien sûr une civilisation qui devait les faire rêver. Les super puissances à la manœuvre Un monde partagé entre colonisateurs et colonisés. … jusqu’au moment où il a fallu prendre la poudre d’escampette ou/et s’adapter. Le monde a ensuite connu l’affrontement des deux blocs, américain et soviétique, dont nous vivons quelques séquelles encore. Les superpuissances sont restées à la manœuvre. L’Europe, l’Occident ont occupé les avant-postes du libéralisme capitaliste mondialisé et bien sûr, nous avec. Avec l’ambition d’’en rabattre le moins possible, et pour les riches et puissants de l’être toujours plus. L’illusion d’une paix improbable et un développement économique réel, surtout inégalitaire, « semblaient » faire l’objet d’un consensus, fragile. Piégé ? Mais ce monde-là à force de regarder son nombril, son escarcelle, de croire en sa toute-puissance est en voie de se faire piéger par une effervescence qui active ou réactive des conflits, où toutes les ambitions, les passions, les fanatismes s’exacerbent, où les terrorismes sont à la manœuvre et où les fabricants d’armes se frottent les mains. Les conflits de l’Ukraine, Israël et la Palestine, l’Arménie ne manquent de rien… La communauté internationale est dans une incapacité totale à y mettre le holà. Les résolutions de l’ONU sont sans effet. Le Sud Global De ce partage du pouvoir et des richesses, des pans entiers de la planète en sont restés exclus : des pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine… Ils ne considèrent pas ces guerres comme les leurs. Et ils ont pris déjà depuis quelques années leurs distances avec des évolutions, des politiques qui les marginalisent, ils refusent une dichotomie où ils compteraient pour du beurre. On parle de Sud global Et 2023 a vu l’arrivée à maturité de ce Sud global plus affirmé. Ce groupe se structure : en août, Johannesburg a accueilli un sommet du groupe BRICS – un bloc composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud – au cours duquel 21 pays du Sud ont posé leur candidature. Six ont été invités à le faire : l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis – et ils le rejoindront officiellement en janvier 2024. Beaucoup des ex-colonisés et des non-alignés s’y reconnaissent. Jusqu’à représenter une large part de la population mondiale. On se doute au vu de ceux qui le composent que rien ne doit être simple à l’interne. Ce ne sont pas des bisounours, ni des démocraties patentées. Mais ce Sud Global veut compter, exister. Il peut aider à fonder un monde multipolaire, où la domination des mêmes, toujours recommencée, n’aura plus les mains totalement libres pour gouverner à sa guise, de tragédie en tragédie. Ecoutons le Président Lula qui se veut un des représentants de ce Sud Global. : « Je pense que nous sommes des victimes, nous sommes traités comme des algorithmes et il est nécessaire que l’humanisme réagisse. […] Nous devons vaincre l’individualisme, qui est en train de s’emparer de l’humanité. L’humanité est née pour vivre en communauté. » Jean-Marie Philibert.

lundi 6 novembre 2023

LE VIEUX CHENE ... VERT ... DE KEN LOACH

Le vieux chêne …vert… de Ken Loach. Après avoir vu le dernier film de Ken Loach, The Old Oak, le vieux chêne en français, il me semblait difficile de ne pas faire partager mon enthousiasme, mon plaisir et mon admiration au lecteur du TC. Certes l’histoire n’est pas nouvelle, elle a l’âge de la lutte des classes qui a eu la prétention de mettre au tapis le monde ouvrier britannique et plus particulièrement les mineurs. Thatcher voulait les rayer du paysage social, eux et d’autres, pour laisser le libéralisme échevelé qui était bien sûr sa tasse de thé régner dans les consciences et mettre au pas un syndicalisme honni par son monde. Les films de Ken Loach ne cessent de revenir sur cette histoire, en la peignant avec un œil réaliste et souvent pessimiste. Avec The Old Oak, le réalisme est toujours là, le pessimisme y est aussi, mais l’histoire se pare d’événements porteurs, de personnalités attachantes, de signes que la lutte des femmes et des hommes est aussi faite d’espoirs. Pourtant quand ils arrivent dans cette petite cité minière qui a perdu mines et avenir, les réfugiés syriens sont accueillis avec la plus grande méfiance, pour ne pas dire plus. L’auberge du Old Oak qui semble un des rares lieux de vie qui subsiste voit la confrontation de l’hostilité des travailleurs locaux qui ont tout perdu et l’incompréhension d’immigrés dans le dénuement total. Deux personnages à la riche humanité vont jouer un rôle moteur : Yara, une jeune photographe syrienne, volontaire et déterminée et surtout TJ Ballantyne, le propriétaire du pub, aussi usé que son établissement, mais décidé à s’en servir pour sortir du marasme. Certes ce n’est pas la révolution, mais une mise en résonance : ce microcosme parle d’actes solidaires qui ont du sens pour agir sur le monde. Allez voir le film pour prendre conscience, que comme le répète Ken Loach, : « L’espoir n’est pas une pensée magique. C’est un chemin crédible que l’on trouve au milieu des problèmes auxquels on est confronté ». Un chemin qui nous permet de rester aussi verts que son « vieux chêne ».Une belle leçon pour un cinéaste de 87 ans. Jean Marie Philibert.

lundi 30 octobre 2023

LE FLAVIOL ET LE BRUIT DES BOMBES

Le flaviol et le bruit des bombes. A la lecture des prises de position gouvernementales, présidentielles, de Macron, Borne, Darmanin et tutti quanti, qui ont émaillé ces derniers jours, une image a traversé mon esprit, ou plutôt un son fluet qui est resté dans mes oreilles d’enfant, écoutant les sardanes que des coblas pleines d’allant jouaient sur les places de Prats de Mollo. Pour introduire une sardane tonitruante, pour faire le lien entre deux morceaux aux cuivres étincelants, sans doute aussi pour reposer les oreilles et les esprits, un des musiciens jouait un tout petit air rituel de flaviol (une sorte de petite flute à bec). Il rythmait son morceau en tapant sur un petit tambourin fixé à son bras. Une musiquette délicieuse. Le flaviol pour nous enduire Dans ces temps troublés, c’est un euphémisme, l’orchestre à Macron nous joue régulièrement du flaviol, comme pour desserrer l’étau qu’une actualité oppressante fait peser sur nous et sans doute aussi pour nous « enduire » d’erreurs. Ils sont devenus experts. Rappelons-nous l’épisode des retraites, « rallonger la durée des années de travail, une nécessité sans pratiquement de conséquences pour ceux qui sont déjà assurés de vivre plus vieux et surtout une occasion inespérée de sauver notre système de retraite par répartition que le monde entier nous envie ». Ce coup de flaviol a eu la réplique musicale qu’il méritait, une symphonie inachevée, collective, unitaire et harmonieuse comme jamais. Inachevée, vous avez bien lu ! Le flaviol arme à répétition Le flaviol, dans leur esprit, peut aussi devenir une arme à répétition : ainsi de la musiquette du 49/3 qu’adore la première ministre. On n’a pas la majorité à l’Assemblée pour faire adopter les textes, c’est embêtant en démocratie de gouverner sans majorité, mais la musique de la constitution de la V° république a prévu des intermèdes qui permettent de s’en passer, un petit coup de flaviol pour distraire la galerie avec une motion de censure qui sera toujours rejetée et le tour est joué. La démocratie sauvée (enfin presque) et la loi adoptée. La musiquette du 49/3 est en train de reprendre avec l’adoption du prochain budget. On y est tellement habitué qu’ils rêvent de nous faire aimer le flaviol. Multiples usages du flaviol Le flaviol peut aussi servir pour éteindre des incendies sociaux très sérieux : ainsi les émeutes qui avaient embrasé les banlieues après la mort de Nahel. Madame Borne vient de trouver les réponses, non pas en termes de justice sociale, mais « des réponses claires de fermeté et d’autorité ». Appel est fait à la police municipale, à la justice, aux parents, à des initiatives culturelles et éducatives…Quelques millions d’euro pour une efficacité illusoire : du flaviol. Pour les profs secoués après le meurtre de Dominique Bernard à Arras : des mesures visant à améliorer leurs situations sociales, économiques, à les aider dans leur fonction de cohésion sociale, vous n’y pensez pas. Une émission de télé, La Grande Librairie, avec les profs-écrivains connus pour dire tout le bien que l’on pense d’eux et puis rien. Du flaviol à l’état brut. Quant à la proposition de Macron lors de son voyage en Israël, de large coalition anti-hamas. C’est tellement du flaviol qu’elle n’a suscité que du silence…poli. Le flaviol est emblématique de l’inconséquence de nos gouvernants. Devant le bruit des bombes, lors d’événements politiques et sociaux majeurs, on pourrait s’attendre à autre chose qu’à des supercheries, peut-être agréables aux oreilles, mais sans effets réels. Après l’air de flaviol, il y a heureusement la sardane qui réveille les corps et les esprits. Vite on se réveille. Jean-Marie Philibert

lundi 23 octobre 2023

NE RIEN CEDER

Ne rien céder L’attaque contre l’école, contre les personnels qui y exercent, la mise en cause du service public, le refus de la laïcité pour ce qu’elle est (une sphère publique qui n’est sous l’emprise d’aucune religion et une connaissance qui ne reconnaît comme fondement que la raison) ne tombent pas du ciel, d’un ciel de moins en moins serein. Les contextes politiques, national comme international, sont porteurs de tous les dangers et on peut mesurer au quotidien que la vie humaine y compte pour si peu qu’il faut faire appel à une volonté délibérée de faire face, de se battre encore et toujours pour un espoir personnel et collectif, d’agir sur le monde afin qu’il soit autre chose qu’une désespérante vallée de larmes. Il s’agit d’empêcher que les thuriféraires du malheur arrivent à leur fin et sapent les fondements de notre démocratie patiemment construite et sans cesse à enrichir. Du Proche Orient à Arras Les événements tragiques du Proche Orient, comme l’assassinat de notre collègue d’Arras nous entraînent sur des pentes pleines de dangers pour les valeurs que nous avons choisies. La difficulté à y faire face, la compréhension, nécessairement imparfaite que nous en avons, les arrières pensées politiciennes de ceux qui voudraient s’en servir ici et maintenant sont autant de pièges à déjouer. Alors qu’une conscience lucide, nourrie de son histoire récente, comme ancienne, peut nous servir de guide, à condition de prendre nos distances avec tous les échauffements de ceux qui s’arcboutent sur des visions parcellaires ou malintentionnées. Le terrorisme Ainsi de l’aveuglement à ne pas voir du terrorisme dans l’assassinat massif de civils, en Palestine, ou individuel ici, ainsi de s’accrocher désespérément à une dénégation qui fait froid dans le dos quand elle émane de responsables politiques. Il ne suffit pas de se dire de gauche pour en être. Ainsi de ne pas voir une tragique hypocrisie dans l’attitude de l’état israélien qui s’enferre dans une assimilation, qui lui sert à merveille, entre Hamas et peuple palestinien, pour mettre en œuvre une politique fascisante. L’accaparement de la terre ne saurait en rien autoriser la destruction d’un peuple qui lutte pour sa survie. Les occidentaux doivent ouvrir les yeux. Au ciel Ainsi de l’incapacité à mettre les dieux, à leur place, dans les cieux, très-très haut, pour qu’ils ne puissent pas venir troubler, ici, nos esprits avec les soutiens de marabouts et de maraboutés d’un autre âge qui ne jettent que de la confusion là où il nous faudrait des kilowatts de lumières, de liberté, de raison. La religion, comme l’irréligion, sont affaires personnelles et doivent le rester. Les valeurs communes Ainsi, pour construire du commun, et c’est de plus en plus urgent, les thuriféraires du malheur, les politiciens obtus et échauffés, les aveuglés du terrorisme, les myopes de l’occident, les maraboutés de tous les acabits sont à remettre fermement à leur place. Au nom de notre lucidité collective et salvatrice. Pour éviter, par exemple, que quelques centaines d’élèves, de l’école publique et laïque, osent injurier dans leur aveuglement, la mémoire de Dominique Bernard, professeur victime d’un fanatisme destructeur. Ne rien céder. Jean-Marie Philibert.

lundi 16 octobre 2023

UN MONDE HUMAIN

Un monde humain est un monde sans guerre Le titre de la rubrique n’est pas de saison. Dans ces temps où la violence se déchaîne on voit « refleurir » une expression qui sent bon son pléonasme comme s’il fallait rajouter du malheur au malheur, de l’horreur à l’horreur, des morts aux morts : il s’agit de l’expression « crime de guerre ». Faut-il que notre monde ait l’esprit assez tordu et aveugle pour ne pas savoir , depuis le temps qu’il la pratique, que la guerre est crime, qu’elle est odieuse et contraire aux besoins de l’humanité de vivre en paix, en sécurité, dans un respect mutuel de ce que chacun représente, sur des terres qui peuvent les nourrir et qu’ils sont en droit de gérer librement. Si on ajoutait démocratiquement ce serait encore mieux. Mais restons lucides ! Un droit ? De la nuit des temps, nous vient la guerre, mais les temps modernes, tout en se donnant des institutions internationales pour, sinon l’empêcher, au moins la réduire, l’ont perfectionnée, jusqu’à inventer un droit de la guerre : comme si elle pouvait être propre et circonscrite à des soldats qui se tuent proprement entre eux, sans faire de mal aux autres. Le vingtième siècle et celui qui suit, sont la démonstration de la vanité de ces efforts. La guerre tue, la guerre transforme enfants, femmes, hommes en chair à canon. Et les foyers de guerres se succèdent et provoquent surprises, divisions, désespoirs, deuils. Ils remplissent les cimetières, quand on a le temps de donner aux victimes une sépulture digne, ce que la guerre permet rarement, signe supplémentaire de son inhumanité. Ajouter du malheur au malheur Il y a des zones qui attirent la guerre, comme le Proche Orient, au point de ne pas pouvoir s’en défaire, parce que les religions s’en disputent l’histoire, les terres et l’avenir dans un dialogue de sourds où il ne faut ni entendre, ni voir l’autre, au point de l’enfermer, avant de le faire disparaître. Et l’autre de se défendre avec l’ardeur du désespoir pour exister et ajouter du malheur au malheur. Et nous, sommés de choisir, de nous émouvoir, d’être dans l’incapacité de dire que la guerre n’est qu’abomination, qu’elle cache souvent des intérêts, des manœuvres qui nous échappent, manœuvres politiques, sociales, géopolitiques, économiques, philosophico- historico-religieuses dont nous sommes les jouets. Ici Et il suffit de peu, ici, d’esprits échauffés, fanatisés, à la recherche d’ennemis potentiels de leur foi imbécile, pour aller trucider une victime innocente dont ils se sont persuadés qu’elle est en partie responsable du mal dont souffre la cause qu’ils ont choisie. Samuel Paty, Dominique Bernard, sont des professeurs assassinés parce que professeurs. Pour leurs assassins, l’engagement professionnel et moral à défendre les valeurs communes d’une laïcité, d’une éducation, d’une démocratie riche de tous ceux qui l’ont librement choisie, est impensable, il est à proscrire, détruire, éliminer d’un monde où fanatismes et guerres se nourrissent mutuellement. Les terroristes, d’ailleurs comme d’ici, s’y emploient avec tous les aveuglements dont ils sont capables, sur le terreau de guerres dont il est irresponsable d’accepter la fatalité. Pour une paix durable Si dans un temps le plus proche possible, nous mettions tous les efforts guerriers dont nous sommes capables (avec leurs prix exorbitants et leurs nocivités absolues) à faire, construire, inventer une paix durable, nous avancerions vers l’acceptation de l’autre. Acceptation fondatrice de notre commune humanité. Jean-Marie Philibert