les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan
Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent
mercredi 1 février 2023
Le peuple en marche
Le peuple en marche
La « richesse » des temps que nous vivons est telle qu’il s’y passe plein de choses. Ne parlons pas de l’actualité internationale où les fantômes des guerres, des oppressions, des fanatismes donnent l’impression qu’un monde de paix est une utopie impossible… restons dans l’hexagone où nous avons notre lot d’événements multiples et variés à confronter, en espérant que de leur confrontation puisse surgir une petite lumière en mesure d’éclairer ne serait-ce que faiblement nos consciences.
Tout est négociable
D’abord un événement majeur, qui rappelle des batailles anciennes et récurrentes, le conflit des retraites qu’un président mal élu s’est mis en tête d’imposer à des manants qui selon lui ne travaillent pas assez pour fournir à sa caste, à ses soutiens, à ses affidés tout le pognon nécessaire au remplissage de poche de sa classe. Ce conflit connaît sa deuxième grande étape et nous en saurons le résultat quand vous lirez ces lignes. Mais ce conflit est fait pour durer, puisque j’entends ce matin que la lourde Borne qui nous sert de « prime minister » affirme que les 64 ans ne sont pas négociables. Elle n’a rien retenu de son expérience politique et humaine : tout est négociable, sauf la porte des cimetières. Et elle ne semble pas voir qu’en face elle a un mouvement d’ampleur qui n’a pas fini de faire des petits et de lui donner des soucis, à elle et à sa bande. D’autant plus que la grogne porte aussi sur le pouvoir d’achat, l’indemnisation du chômage, les services publics…
Les aléas de la vie politique
Dans le même temps, la vie politique continue, et ça cogite tous azimuts, du PCF aux Républicains pour définir une stratégie, des directions, dessiner un avenir, débattre de ce qui peut nous arriver et de la meilleure façon de s’en sortir. La situation le justifie.
Les écolos se sont consultés pour désigner une nouvelle direction.
Les Républicains se sont consultés pour faire de Ciotti leur nouveau responsable.
Le Parti Socialiste pour son congrès de Marseille semble avoir eu du mal à tirer au clair la consultation pour former une équipe dirigeante.
Chez les Insoumis, personne ne fut consulté, mais un nouveau collectif de direction a été constitué à la hussarde avec la bénédiction de Mélenchon.
Au PCF la consultation, après de vives discussions, a décidé que le texte de la direction servira de base pour le prochain congrès.
Chez les macroniens, on ne consulte pas, mais des voix discordantes se font entendre.
Au Rassemblement national, on ne réfléchit pas, on est dans les mains de Marine.
Ce sont là les péripéties de la vie politique, ses nécessités aussi. La construction lente, laborieuse d’une citoyenneté dans une société traversée par des doutes. Mais l’essentiel n’est pas là.
Chaque chose à sa place
Leur concomitance avec le conflit majeur des retraites devrait permettre de remettre chaque chose à sa place et de faire de l’intervention sociale, syndicale, unitaire, massive, déterminée l’axe majeur de la lutte pour la construction d’un monde plus juste. Nous ne cessons de le répéter au TC. Parce que chacun/chacune peut y prendre part, peut y prendre sa place à partir de sa situation, de son expérience, de sa soif de bien être, de paix. Chacune/chacun peut y exiger les moyens d’une vie digne dans un partage des richesses qui en finira avec la spoliation du plus grand nombre. Là, c’est un peuple en marche.
Jean-Marie Philibert
lundi 23 janvier 2023
La mayonnaise
La mayonnaise
Vous avez fait l’expérience culinaire d’une mayonnaise récalcitrante à qui vous avez donné tout ce qu’elle demande, son petit jaune d’œuf, son petit filet d’huile et même ses petits grammes de moutarde, que vous avez entrepris de monter avec une spatule en bois, à température ambiante, comme on vous a dit ; et patatrac, elle refuse de monter. Soit elle vous nargue en quelques secondes pour donner au fond du bol un liquide jaunâtre qui vous met en colère. Soit elle fait semblant de vous écouter, elle se densifie lentement, mais sûrement, vous en profitez pour accentuer le filet d’huile, presque assuré de votre affaire, et là pour une raison inconnue vous sentez qu’elle se fragilise, qu’elle perd de sa consistance jusqu’à devenir de plus en plus liquide… Foutu !
Et puis parfois, pour des raisons qui vous échappent un peu…tout marche à merveille…
De la métaphore
Cette métaphore culinaire est souvent utile dans l’action sociale : l’ambition de ceux qui luttent (ils savent qu’on ne gagne jamais tout seul) est de créer de la solidarité, de l’engagement, c'est-à-dire de rassembler du monde pour obtenir satisfaction. ET ce n’est jamais la génération spontanée, il faut que ça monte, comme pour la mayonnaise il faut des ingrédients, et il faut touiller, touiller, et puis ça prendra, ou pas.
Avec les conflits précédents des retraites, on a le souvenir de mayonnaises qui avaient largement débordé de tous les bols et qui avaient donné des soucis aux différents pouvoirs.
Tous les ingrédients sont là
Là, avec le projet de Macron de nous voler un peu de notre retraite, on se doutait que la mayonnaise avait de beaux jours devant elle, d’autant que tous les ingrédients, je dis tous, même l’huile CFDT, étaient disposés à faire péter le bol. Eh bien l’art culinaire qui est parfois hasardeux, comme l’activité syndicale, un certain 19 janvier est presque devenu une science exacte.
Le 19 janvier, une mayonnaise de tous les diables. Du monde comme très rarement, les habitués, les nouveaux, les jeunes et les moins jeunes, tous les syndicats, les organisés et les moins organisés, une ville, des villes paralysées. Un plaisir manifeste de se retrouver. A PERPIGNAN, le grand tour des grands boulevards. Une conscience sociale en éveil comme jamais. Le pouvoir est interloqué, en général il n’aime pas la mayonnaise, mais là il ne peut que reconnaître qu’elle a prise, qu’elle rassemble, quantité et qualité, que même si elle n’est pas à son goût, il va falloir faire avec.
Le peuple dans la rue
Macron qui se doutait de quelque chose était allé faire un tour à Barcelone pour ne pas assister à ce qu’il n’apprécie pas du tout : le peuple dans la rue !
Les contorsions des ministres, le « même pas peur » du Président Freluquet,(pardon, Macron), les journalistes aux ordres qui emberlificotent les consciences, les « Républicains » qui s’interrogent, des élus de la majorité qui ont des états d’âme, même le Rassemblement national, pourtant opposé à la réforme qui se tait ( le jour de la manif Marine était, elle, au Sénégal ), les syndicats qui programment une nouvelle montée de mayonnaise unitaire pour le 31 janvier : tout cela dessine un paysage qui fait plaisir à voir pour tous ceux qui ont le progrès, la justice sociale chevillés au corps
Il va donc falloir touiller à nouveau pour faire que les mayonnaises à venir soient d’une force encore plus grande, qu’elles restent toujours aussi fermes, unitaires et déterminées pour faire comprendre à un pouvoir réactionnaire qui visiblement ne les digère pas bien qu’il doit donc éviter de les provoquer, qu’elles ne lui appartiennent pas, qu’elles sont la chose du peuple, comme son droit à la retraite.
Jean-Marie Philibert
dimanche 15 janvier 2023
LA RETRAITE MA COPINE
La retraite… ma copine
Depuis presque 20 ans on copine sec, du matin au soir à glandouiller, à palabrer, à aller au café, au cinéma, à faire encore un peu le syndicaliste et donc à militer, à lire la presse et le reste, à écrire pour le TC, à aller un peu plus souvent chez le toubib, à m’occuper de ceux que j’aime, à faire aussi les commissions, à peindre, dessiner et visiter ma muse, à mettre les pieds dans le plat de temps à autres… j’oubliais, à faire de la gym ( par devoir), à me souvenir, sans regret, que pendant des décennies j’ai fait le prof, avec beaucoup de sollicitude, mais de temps à autres avec le regard dur (pour avoir la paix). Enfin à digérer mes peines, à cultiver mes joies et à partager avec elle, Miss retraite, les visages qui m’ont marqué.
A l’insu de mon plein gré
Elle est une copine et même plus, alors qu’au départ elle n’était rien pour moi. Lorsqu’à la fin de l’été de 1968, j’ai rencontré mes premiers élèves, elle était une totale inconnue dont je me désintéressais absolument et pourtant miracle du droit du travail, je mettais déjà pour elle des sous de côté, à l’insu de mon plein gré. Le passage de la gauche au pouvoir en 81 m’a permis de croire que dès les 60 ans je pourrais me jeter dans ses bras, mais cela me laissait froid. Les urgences étaient ailleurs, dans les batailles quotidiennes pour le service public, pour une éducation de haut niveau, de qualité pour tous…
Serrer le quiqui
Le temps passant, les évolutions socio-économiques et les chantres du capital trouvant que payer les gens à ne rien faire n’était pas moral, ni normal, les puissances financières européennes s’organisèrent pour serrer le quiqui aux retraités et aux travailleurs qui prétendaient le devenir le plus tôt possible. Et après les années 80, la retraite s’est mise à occuper les esprits. Les socialistes ont traîné les pieds. La droite en a fait son cheval de bataille. ET Lulu Berlu que je suis a dû s’y mettre, à combattre un discours éculé. On meurt plus tard. On coûte trop cher. Tous les pays travaillent plus longtemps. On n’aura plus de sous pour payer ces fainéants.
A l’attaque
A l’attaque, à l’assaut contre les couillonnades du plan Juppé, en 1995, les projets de Fillon en 2003 pour allonger la durée de cotisation, celui d’Eric Woerth en 2010, pour repousser de deux ans l’âge minimun de liquidation des pensions, celles de Marisol Touraine ( 43 ans) en 2013, et ça continuera jusqu’à Macron avec son projet de retraites à points.
Avant donc de profiter de ses bienfaits, j’ai dû donc consacrer beaucoup de mon temps, à défendre, connaître, m’enrichir de son histoire, de son sens, de son apport incommensurable au droit du travail, à la santé des travailleurs et illeuses et à me dire qu’il serait bien que j’en profitasse moi aussi.
Et donc sans réserve, je profite, mais pas les pieds dans mes pantoufles, actif, déterminé et solidaire dans une démarche syndicale qui se doit de combattre le piège de l’individualisme dans lequel le pouvoir veut nous enfermer. Certes vous perdez deux ans, mais regardez ce que vous allez gagner. Et des calculs d’apothicaire pour faire croire qu’il n’y aura plus de petites retraites, que la pénibilité sera prise en compte, que les carrières longues seront étudiées attentivement et que, grâce à votre silence, le système sera sauvé ad vitam aeternam.
Mensonges ! Le système vit et vivra de nos luttes. Malgré ses insuffisances et ses injustices, il fait des heureux depuis des lustres, dans une période de la vie qui n’est pas toujours facile. La retraite est une copine universelle pour le peuple dans sa richesse et sa diversité, il y tient. Et j’ai honte pour tous ceux qui tentent de la réduire, avec des arguments d’un autre âge.
Cette copine-là, les mouvements en cours vont montrer qu’elle est toujours jeune et vigoureuse ; j’aimerais qu’elle puisse infliger, à ces réactionnaires de tous poils, dont beaucoup veulent sa perte, la correction qu’ils méritent.
Jean-Marie PHILIBERT
lundi 19 décembre 2022
DIALOGUE PRESIDENTIEL
DIALOGUE PRESIDENTIEL
Nos grandes oreilles indiscrètes qui traînent souvent dans les couloirs élyséens entendent, en ce début décembre, des propos qui traduisent un certain énervement dans les plus hautes sphères.
-Ma chère Liza, cessez de faire la gueule, avec cette retraite, il va falloir en finir… Je m’énerve ! Je m’énerve !
-Mais mon Manu il faut quand même un peu manœuvrer pour s’éviter une explosion sociale…
Vazi Manu
-Explosion ! Explosion, Martinez ne pense qu’à exploser, mais en retardant les échéances, on lui montre qu’on a la trouille… Et moi je n’ai peur de rien… si ce n’est des colères de ma Bribridamour. Ma bribri elle m’a dit Vazy Manu, tu es le plus fort…
-Certes, Bribri a toujours raison… Mais il y a un mécontentement visible sur le fait d’avoir à travailler jusqu’à 65 ans, les esprits sont échauffés et le résultat du Mondial n’y changera rien. Ils sont dans les starting-blocks de la grève. Tous les ministres le savent mais ils ont peur de vous le dire pour ne pas vous faire de peine. Ils ne veulent pas contredire Bribri…
-Mais Liza, vous ne savez pas ce que c’est, moi j’ai la barrakkkka, rien ne me fait peur, être Jupiter c’est un destin et je ne vais pas me laisser arrêter par une année de travail supplémentaire pour des travailleurs qui, à mon humble (enfin pas tant que ça!) avis, n’aiment pas trop le travail. Je ne vous ai pas choisie comme première ministre pour me savonner la planche. Vous me décevez.
Je fais tout le sale boulot
-Fan de chichoune, comme on dit à l’ENA, je vous déçois et je fais tout le sale boulot de 49.3 en 49.3, je rattrape toutes vos bêtises pendant que vous vous allez faire le Kéké de par le monde. Ce n’est pas juste…
-Juste… pitié ! Pas ce mot entre nous. Rien n’est juste en ce bas monde et encore moins derrière les murs de l’Elysée. Vous n’allez pas faire dans la sensiblerie, ce n’est pas votre genre. Gouverner, c‘est du culot, du culot et encore du culot et des gugus qui font semblant d’y croire. On ne va pas demander aux Français ce qu’ils en pensent de la retraite, il est fou ce Roussel. Coupons la poire en deux, attendons le 10 janvier pour les assommer avec les 65 ans, qu’ils puissent passer les fêtes tranquilles et après vlan, le conseil des ministres, le parlement, la loi et cet été ils ont les 65 ans dans le buffet. Au boulot tas de fainéants, vous n’allez pas me pourrir la vie plus longtemps. Les syndicats, les cortèges, nous ont fait perdre trop de temps. L’ancien monde n’a que trop duré, dans la nov’ langue que je leur prépare des mots disparaîtront, revendication, droit du travail, négociations, augmentations salariales. Que des travailleurs propres sur eux et bien policés comme les huissiers de l’Elysée et payés avec le seul critère efficace : la côte d’amour. Elle me l’a toujours dit ma Bribridamour qui s’y entend en la matière…
-Monsieur le Président, il ne m’appartient pas de commenter des propos à la hauteur de vue insoupçonnable, c’est hors de ma portée. Mais je vous sais gré du petit délai que votre grandeur m’accorde avant d’aller au charbon.
Jean-Marie Philibert
mercredi 30 novembre 2022
DEMOCRATIE SYNDICALE
Faisons parler la démocratie syndicale
Du 1° au 8 décembre, élections professionnelles dans les services publics
La situation politique et sociale dans laquelle nous évoluons, saute de 49.3 en 49.3, elle s’assied sur nos droits (retraites et indemnisation chômage), elle insiste sur la flambée des prix et termine pour nous angoisser sur les sérieuses promesses de coupures de courant (comme aurait dit ma mémé). Elle n’a pratiquement laissé aucun espace à une question qui me semble importante, elle devrait faire l‘actualité: les élections professionnelles qui vont se dérouler dans la fonction publique du 1° au 8 décembre.
C’est d’abord un moment démocratique important ; les résultats ne seront pas sans effets sur la situation sociale. Et c’est aussi une occasion de donner aux syndicats, institutions qui structurent et organisent le monde du travail, une place essentielle dans la société à bâtir. Au-delà de tous les faux fuyants qui parasitent les discours médiatiques sur les syndicats, divisés, politisés, peu représentatifs, gentils ou méchants, bien élevés ou pas, il importe de rappeler le poids qu’ils pèsent dans un pays où la fibre sociale reste très vivace. L’aura émancipatrice qu’ils peuvent dégager donne de l’urticaire à tous les réacs qui rêvent de les mettre au pas.
Les preuves
La preuve : tous les pouvoirs publics (de toutes les couleurs), tout au long de ma carrière syndicale, n’ont eu de cesse de prendre la température … sociale… à chaque initiative mise en place. Autre preuve tangible : la tête inquiète des préfets à chaque action réussie, les querelles de chiffres… Il faut laisser les syndicats dans leur guitoune et éviter que le virus se propage. Le mot même « syndicat » semblait faire peur à presque tous les recteurs que j’ai côtoyés, ils n’utilisaient que la formule plus neutre et plus policée d’ « organisations professionnelles. »
Donc des millions de Français vont voter, mais silence radio.
Les coups portés
Parce qu’entre temps, depuis Sarkozy en particulier, les tentatives pour étouffer les capacités à revendiquer se sont multipliées, préavis de grève, se déclarer ou non gréviste, coups réguliers portés au paritarisme, tentatives récurrentes de division, mise sous le boisseau des organisations les plus récalcitrantes, intimidation et répression des fortes têtes, difficultés à faire reconnaître les organisations représentatives, copinage sans réserve avec les plus bisounours et remise en cause régulière de la représentativité de chacun.
Les élections qui se déroulent actuellement s’inscrivent dans ce climat, on va dire de suspicion entre un pouvoir, pas neutre du tout, qui ne veut rien lâcher au monde du travail, en particulier en terme de pouvoir d’achat et de droits, qui veut même en rajouter (en réduire faudrait-il dire) sur le droit à la retraite et une classe laborieuse consciente, souvent mobilisée et en attente d’un rapport de force favorable.
Les signes attendus
Cela passe par les luttes en cours, au TC nous essayons de n’en manquer aucune et aussi par les élections dans la fonction publique. Une forte participation, des choix clairs pour un syndicalisme exigeant, de lutte et de transformation sociale, serait une très bonne nouvelle et le signe que la société est traversée par une vraie volonté de contestation, d’émancipation que l’on subodore, que l’on devine, que l’on souhaite et attend. Ne pourrait-elle pas avoir le visage de la justice sociale. ? Le monde syndical qui fut, qui reste, le mien, n’en demande pas plus, pas moins.
Jean-Marie Philibert.
lundi 7 novembre 2022
petit maladroit ou gros raciste
Petit maladroit ou gros raciste
Tout cela ne serait que des paroles malheureuses, maladroites et il ne faudrait pas en faire tout un plat. D’ailleurs, disent-ils, les gens du RN, beaucoup pensent tout bas ce que le député RN de Gironde dit tout haut, que chacun doit rester chez soi, les africains en Afrique et les bons Français en France. Que ça suffit de nous embêter avec ces histoires de migrants qui ne cessent de migrer à la recherche d’un port qui voudra bien les empêcher de se noyer.
Patatrac
Pour Marine Le Pen l’heure n’est plus à un énième feuilleton de sa saga raciste, l’heure est à la dédiabolisation achevée, à la dernière étape de sa conquête de la respectabilité, au brouillage des cartes politiques (elle vote même les motions de censure de la gauche). Elle se paye même un jeune loup, en apparence domestiqué, comme président de son parti. Et patatrac un gros balourd de sa horde ne sait plus se retenir pour cracher son venin raciste, en pleine assemblée nationale, sous l’œil des caméras, à la face d’un député de couleur, mais pas de la sienne.
Une injure au genre humain
Le gros balourd en question ne peut prétexter qu’une confusion entre le singulier et le pluriel pour expliquer un propos qui au singulier ou au pluriel est une injure au genre humain dans son ensemble. Le racisme est un délit, encore plus sans doute quand il est proféré dans l’enceinte d’une assemblée censée faire, et donc défendre et promouvoir, la loi. L’exclusion de quinze jours de cette assemblée est une sanction certes. Mais l’élu en cause y laisse sa dignité, sa conscience et dévoile sa crasse intellectuelle absolue.
Faut-il que des électeurs soient atteints des mêmes symptômes pour voter pour eux, et ici, nous ne pouvons pas critiquer les autres, nous avons notre dose de ratatinés de la cervelle qui ont envoyé au Palais Bourbon quatre députées RN. Pour le moment elles se taisent ; il semble que par précaution on leur a coupé la langue. Mais il faut se méfier avec le naturel, il réapparaît quand on l’attend le moins.
Repatatrac
Ainsi observez le comportement du grand manitou local de la horde, Aliot : depuis son élection il nous fait la pédale douce et il fait beaucoup pour faire oublier le fond nauséabond dont il est issu. IL gère et il fait même appel aux époux Klarsfeld qu’il médaille aux couleurs de la ville pour bien montrer que le pétainisme, l’antisémitisme et tout le toutim c’est fini. Et repatatrac les démons reviennent et il nous baptise du nom de Sergent, dirigeant de l’OAS condamné à mort par contumace, puis amnistié, une place de la ville ; son conseil municipal d’approuver et même son ancien rival Pujol de le rejoindre dans la mythification de l’histoire coloniale.
Ces gens-là sont dangereux pour la démocratie ; le fascisme est leur horizon, même s’ils font tout pour le faire oublier ils sont porteurs des orientations les plus liberticides. La solidarité, la justice sociale et l’autre aussi, ne les concernent pas le moins du monde, même si parfois ils s’en servent. Comme ils se servent d’un électorat qui a perdu en même temps le nord et le sud pour préparer le terrain pour l’avenir le plus pire.
Le cordon sanitaire est plus que jamais nécessaire. Faisons le vœu que le reflexe démocratique ne soit pas sans lendemain et qu’un électorat captif retrouve ses esprits et une boussole. Au TC nous nous y emploierons.
Jean-Marie Philibert
mardi 1 novembre 2022
Avecv Soulages, le noir a la parole
Avec Soulages, le noir a la parole
A 102 ans, Soulages nous a quittés, mais il ne nous laisse pas seuls. Le propre des artistes est de nous laisser en partage un héritage, héritage pour toutes les générations futures, et un témoignage pour tous ceux qui, de son temps, l’ont suivi, regardé, admiré, critiqué, ignoré, peu ou mal compris. Témoignage et héritage qu’il n’est pas inutile d’interroger parce qu’il suscite plus de questions que de réponses : c’est la force de l’art de notre temps que de nous laisser souvent pantois devant des silences qui nous échappent.
Chercher
Avec la plus grande simplicité, et avec une économie de couleurs rare, Soulages s’est complu dans une démarche faite plus pour nous surprendre que pour nous séduire. Avec du noir, du noir et du noir, il a poussé la peinture dans ses ultimes retranchements, aux antipodes de toute représentation académique et bien plus loin que toutes les fantaisies de l’art non figuratif. Dans l’obscurité de ses tableaux, il a inventé une lumière paradoxale qui brillait des mille feux intérieurs d’un artiste riche, profond et humain à la recherche de lui-même. Le paradoxe n’est pas seulement dans la lumière : il est aussi dans la puissante spiritualité émanant d’œuvres qui la transfigurent dans un « outrenoir » comme il dit, qui fut sa marque de fabrique, après avoir été l’objet de recherches inlassables sans compromission avec l’air du temps et les modes en cours.
Ecoutons Soulages
Sa peinture est un « champ mental »… « Il n’y a rien à raconter sur mon tableau, il y a à ressentir… »
« Ce que l’on voit devant mes toiles, c’est de la lumière transformée, transmutée par le noir. Une lumière qui vient du mur vers celui qui regarde. Du coup l’espace de la toile n’est plus sur le mur, comme dans la peinture traditionnelle, ou derrière comme dans une perspective. Il est devant »
J’ai envie d’ajouter devant nous comme un être vivant.
Allez à Rodez
Si vous faites le voyage de Rodez, ville natale de Soulages, où la générosité de l’artiste et de son épouse a permis que soit créé un musée à son nom, dans une bâtisse en acier Corten qui est à l’image de son œuvre, vous pourrez rencontrer ces êtres et participer d’un dialogue qui enrichit, multiplie nos vies, sans les limiter à une image figée. Vous verrez aussi l’élaboration par l’artiste des vitraux qui lui avaient été commandés pour l’abbatiale de Conques, il ne se sert plus du noir pour y fabriquer sa lumière, il se sert du verre, travaillé et retravaillé, pour y faire disparaître toutes les couleurs et en multiplier les sens.
Pour que votre illumination soit complète, allez jusqu’à l’abbatiale de Conques, vous nourrir d’une clarté à nulle autre pareille. Rassurez-vous, elle ne tient pas du surnaturel, elle est œuvre humaine. Elle est l’œuvre d’un homme qui a su aussi participer aux combats de son temps, qui a su faire partager les capacités de son pouvoir créatif. Elle est une richesse qu’il veut nous faire partager.
Jean-Marie Philibert
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