les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

mercredi 20 mars 2013



Ite missa est ?
Après la démission de Benoît XVI et l’élection rapide et surprise de François, peut-on dire que la messe est dite, que tout redémarre comme avant, qu’il n’y a rien à ajouter… et pas de commentaire à faire. Ite missa est ? Je ne crois pas.
La permanence de l’institution.
Je suis convaincu qu’il ne faut que rapidement s’intéresser aux formes que cette transition papale a revêtues. Beaucoup de traditions… La fumée noire, puis blanche… Le cortège des mitrés… L’onctuosité des visages et l’impassibilité des attitudes… L’attente, la joie des fidèles … Les commentaires enfiévrés  des responsables catholiques. Nous sommes dans le déjà vu, ça ne mange pas de pain et ça permet de montrer  la permanence forte de l’institution. Ces images d’un monde qui bouge peu sécurisent et rassurent dans des temps d’incertitudes  comme ceux que vit actuellement la vieille Europe.
Le silence assourdissant qui caractérise l’attitude du cardinal argentin pendant la période de dictature féroce de son pays, ne peut que nous interroger.
Les points de vue du futur François sur la contraception, le mariage gay, qui lui ont valu quelques polémiques avec les autorités de son pays sont bien dans la lignée papale. Faut pas rêver… Un futur pape se doit d’être un peu réac…
Des signes potentiels.
Mais quand même un pape qui vient du bout du monde, qui n’est pas européen, qui est le premier disciple d’Ignace de Loyola à accéder à cette fonction, qui représente un continent en effervescence , qui a le souci de garder le contact avec les plus humbles, qui ne semble pas apprécier l’or des palais, pourrait être perçu comme un signe potentiel  de changement. Encore qu’il ne suffise pas de se mettre sous la protection de Saint-François d’Assise pour apparaître comme un apôtre de la révolution sociale que l’on n’est pas. D’autant plus que le même prélat argentin n’a jamais été un chantre de la théologie de la libération qui pendant un temps avait enflammé l’aile gauche de l’église sud-américaine.
Tous ceux qui sont attachés à la nécessité de voir s’opérer des changements majeurs dans une Europe en crise où les peuples sont soumis à la dure loi de l’austérité voudraient pouvoir s’accrocher à ces signes qui vont dans le bon sens.
Parce que l’Italie et au-delà l’Europe en ont, en auront bien besoin de bon sens  pour sortir de l’ornière les millions de citoyens  qui sombrent tous les jours plus nombreux dans les souffrances de la précarité, du chômage, de l‘inquiétude du lendemain, de l’absence d’espoir … au nom du fric-roi, des diktats du FMI, des impératifs de la commission européenne, de la concurrence libre et non faussée, de la survie de sa sainteté … l’euro.
Une église, les églises, même si elles se disent au-dessus, ne peuvent pas tourner le dos à ces douloureuses redites qui font le quotidien d’un monde injuste et inhumain ; l’espoir dont elles veulent être porteuses, pour avoir quelques crédibilités  ne doit pas être renvoyé à un temps hors du temps.

Et l’aspiration au changement ?
L’aspiration à la justice, à la démocratie, au respect de la dignité est une aspiration immédiate et tangible. Elle n’est pas nécessairement dépendante d’une quelconque foi religieuse, mais elle n’en est pas non plus obligatoirement et irrémédiablement coupée.
La construction du nouveau monde, sur les ruines  d’une société sclérosée qui ne fonctionne qu’à l’exclusion, l’ouverture et le dépassement des limites, l’utopie pratique d’un monde meilleur et la certitude qu’il n’y a pas d’aliénation supportable n’appartiennent à personne en particulier, mais à l’humanité en mouvement dans sa diversité, dans sa complexité,  à ceux qui croient au ciel, comme à ceux qui n’y croient pas, à ceux qui croient à la fois à la solidarité et à la lutte qu’elle impose.. Pour cela il faudra rassembler sans limite tous les oubliés des richesses, tous les exclus de la prospérité et ils sont le plus grand nombre. Mais il y faudra encore et toujours l’engagement des hommes, ici et maintenant.
Quant au rôle de l’église catholique, la réponse est peut-être dans les monuments d’Assise. 
A Assise, la Basilique Sainte Marie des Anges, a été construite  autour d’une toute petite cabane-chapelle où Saint François priait.  La petite chapelle, toute pauvre et toute modeste a été préservée, et elle est là toute incongrue,  au cœur de l’immense nef de l’église.  Il fonda là le premier couvent franciscain voué à la pauvreté évangélique. Mais les dimensions et les richesses de la basilique qui entourent la petite chapelle semblent comme en étouffer la portée symbolique. L’église d’aujourd’hui aura-t-elle l’ambition d’être du côté de ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose ? Le pontificat de François devrait nous apporter une  réponse.
Jean-Marie PHILIBERT.

mardi 12 mars 2013

le doute ?



Le doute ?
« Le Président Hollande à l’heure du doute … Hollande le grand doute…. » Ce sont les titres d’un grand quotidien du soir,  le week-end dernier. Est-on véritablement, ici, dans le doute ? N’y aurait-il pas, comme souvent dans la presse bien-pensante, une petite tromperie sur la marchandise ? Comme, par exemple, le souci de faire passer la politique d’austérité avec la confiture du doute.
On dit de quelqu’un  qu’il doute quand il a du mal à mettre en œuvre une décision, quand il ne sait pas, ou ne sait plus, quelle est la bonne option à choisir, quand ses faits et gestes sont empreints d’incertitudes et d’atermoiements, quand il n’hésite pas à confier son désarroi, quand il cherche à prendre conseil, à écouter ce que les autres pensent et disent pour tenter de se construire une opinion plus solide et un jugement plus sûr.  Rien de tout cela ne correspond à Hollande. Il dit qu’on n’a pas le choix et qu’on doit faire comme il dit. Il faut se méfier des allures par trop patelines…
De la pure rhétorique.
Le doute, c’est comme les grandes tirades sur la dette ou sur  les déficits publics, c’est comme notre attachement  à un euro qui ne doit pas couler,  c’est de la pure rhétorique  pour tenter de rendre l’inacceptable acceptable, pour essayer de cacher un modèle social qui s’escagasse, pour protéger des marchés financiers dont on a fait notre puissance tutélaire.
Parce que dans ces domaines là nous sommes à des années-lumière du moindre doute : faut-il augmenter les salaires pour réactiver une économie complètement raplapla ? Aucun doute : non ! Faut-il élargir, renforcer les droits de travailleurs dans les entreprises en particulier pour lutter contre les licenciements boursiers ? Vous n’y pensez pas. Faut-il augmenter les prestations sociales ? C’est tout le contraire, il faut les taxer. Faut-il améliorer l’assurance-maladie ? Impossible, on vit déjà trop vieux. Faut-il augmenter les retraites, comme le prévoit la loi, du montant de l’inflation ? Mais vous croyez au Père Noël. Faut-il mettre en œuvre une vraie justice fiscale où chacun paierait en proportion de ce qu’il gagne et possède ? C’est doublement impossible parce que les possédants n’y survivraient pas et les pauvres le seraient toujours. ON DOIT  FAIRE COMME IL DIT… SANS AUCUN DOUTE !
Une allergie congénitale.
La rencontre fréquente d’élus, lors d’une carrière syndicale bien remplie, m’a toujours confronté à cette allergie congénitale des responsables socialistes à affronter le moindre doute, comme s’ils allaient y perdre toute crédibilité et tout pouvoir. Ils se doivent de donner le sentiment que ce qu’ils disent ne peut être que de l’ordre de la certitude. N’est-ce pas le meilleur moyen, pour imposer à ceux qui n’ont pas le pouvoir, de se soumettre à des impératifs qui les dépasseraient ? Et de ne rien changer au désordre dominant et à leur parcelle de gloriole.
Nos doutes à nous.
Les seuls doutes qui les inquiètent ne sont pas leurs doutes à eux, mais nos doutes qui peuvent naître, croître et proliférer dans les urnes, dans les rues, dans les usines, dans les services.  Les doutes de la mobilisation sociale, sur des choix économiques et sociaux trompeurs, sur des politiques qui tournent le dos à toutes formes d’espérances.
Ces doutes sont dans nos têtes et ils concernent directement la capacité que nous leur octroyons à mettre en marche une vraie politique de transformation sociale.
A moins que les socialistes ne  comprennent qu’ils font fausse route : certains dans leur camp ont quelques doutes.
Jean-Marie PHILIBERT

mercredi 6 mars 2013

littéraire ?



De la littérature...
Marcela Iacub… Ce nom ne vous dit rien… Mais oui ! Faites un effort : ces derniers jours vous en avez immanquablement entendu parler. De sa liaison ces derniers mois avec DSK, et du livre qu’elle en a fait ; il porte le titre de « Belle et bête ».  Tout un programme ! Mais dans le livre DSK  n’est jamais nommé, il est l’amant qualifié d’ « être double, mi-homme, mi-cochon », elle y narre par le menu, paraît-il, je n’ai pas eu l’honneur (c’est vraiment une façon de parler) de lire le livre qui n’est pas encore officiellement sorti. Le Nouvel Obs en a fait son scoop, en a publié des extraits… et a accompagné le tout d’une interview  de l’auteure  qui avoue qu’il s’agit bien de DSK dont elle aurait été la victime consentante, amoureuse, mais peut-être pas si innocente que ça puisque prête à faire quelques sous en écrivant un livre qui fait scandale. Pourquoi s’en priver ?
Ramassons.
Les temps sont durs pour tout le monde et l’argent n’a pas d’odeur. Dans l’opération elle ne sera pas la seule à ramasser : le Nouvel Obs a multiplié ses ventes, l’éditeur a augmenté les tirages et même DSK a obtenu des dommages et intérêts de la part du Nouvel Obs pour atteinte à sa vie pas si privée que ça. Tout le monde est content au royaume du pognon sans vergogne. Comme disait ma mémé : «  Tout est bon dans le cochon, on ne regrette jamais de s’en rassasier… ». Et si la morale des journalistes, des éditeurs, des auteurs, si la morale tout court, est un peu bousculée, on pourra mettre en avant que tout cela n’est pas vraiment sérieux, que l’on est plus dans la fiction que dans la réalité, dans la métaphore porcine que dans le documentaire animalier.  La littérature serait la justification ultime.
En pleurer ? En rire ?
Faut-il en rire ? En pleurer ? Je ne sais plus. Je sais cependant que venant de la part d’une certaine presse, de gauche (paraît-il), qui  se répand  en, leçon d’engagement citoyen donnée à son lectorat, la démarche peut avoir de quoi surprendre ceux-là qui la prennent au sérieux. Mais la parade est toute trouvée : ce n’est pas du racolage, du voyeurisme, ce n’est pas le plaisir malsain qu’il y a à se barbouiller de toute la boue des caniveaux du monde ; c’est de la littérature, voyons. Nous serions face à une oeuvre littéraire de tout premier ordre dans la lignée des autofictions qui occupent actuellement les tables des libraires. Christine Angot s’en étrangle. Baudelaire dans sa tombe s’est-il retourné ? Aragon, l'auteur du "Mentir Vrai" se gondole de rire. Il paraît que Dédé la Saumure, un spécialiste, fait parti des rares à reconnaître la valeur littéraire de l’ouvrage. .Mais tous ceux qui connaissent du livre plus que les bonnes pages publiées restent affligés de tant de médiocrité.
La littérature en a vu d’autres : elle sait bien qu’il est à la portée du premier imbécile venu de qualifier de littéraire ce qu’il veut. La littérature est bien placée pour dire que la création se nourrit  d’incertitudes, de recherches, de nouveautés, d’invention en décalage par rapport à la morale dominante. Mais il ne suffit pas de s’asseoir sur la morale et de rechercher le tapage pour faire œuvre littéraire.
L'argent et la morale.
Ici la vulgarité rejoint la platitude dans une opération de communication de bas étage, comme notre époque en est friande. Et en plus, ça pue !  Vous pensez ! C’est tout bénef pour tous ceux qui veulent nous entraîner très loin des sujets qui fâchent. C’est emblématique d’une société en crise dont les dominants ne sont pas mécontents de perturber le système de valeur. C’est une occasion de plus de montrer que l’argent est plus fort que toutes les références morales réunies. Certains rêvent de voir en marche la décadence de notre société avec derrière la tête l’ambition de réduire à néant toute aspiration au changement. Ils trouveront tous les relais possibles, mais ils se casseront peut-être les dents sur des femmes et des hommes qui aiment la vie, le progrès, la justice et la vraie littérature.
Jean-Marie PHILIBERT.

mercredi 27 février 2013

le retour


Il revient…
La droite bruisse de mille rumeurs. Après le KO debout de la présidentielle, après l’affrontement des deux sous-chefs et des deux faux frères, heureusement qu’il y a eu « le mariage pour tous » pour se refaire un semblant d’unité sur le dos d’une homophobie congénitale. Mais l’incertitude demeure, l’inquiétude est palpable, le vide de ses initiatives est sidéral. Heureusement que la politique d’austérité du capitaine de pédalo lui permet de dire que ce n’était pas pire avant. Mais les fastes du bling-bling, les folles aventures du Fouquet’s, les tripatouillages avec la mère Bettencourt ne sont plus d’actualité. La droite souffre donc et s’interroge : ah ! s’IL revenait. Vite  ! Vite ! Vite ! 2017 !
Ces derniers temps les troupes de droite se sont organisées pour faire monter la pression et chercher à construire les conditions d’un retour gagnant.
Et revoilà à la manœuvre des visages connus, et déjà presque oubliés,  Hortefouille, Juppé, la mère Morano, Copé, Guéant. Même François Fillon  qui en a plus que bavé avec lui fait semblant de le regretter.
Nous sommes en mesure de révéler le plan d’ensemble élaboré chez ces grands stratèges.

Première étape de la reconquête : se faire désirer,  jouer à celui qui n’en a plus rien à cirer d’être président, donner le sentiment que faire des conférences très lucratives aux quatre coins de la planète fait tout votre bonheur, montrer ostensiblement qu’on a vraiment changé de vie et que l’on est heureux et plein de tunes et surtout ne pas se montrer, ne pas parler, ne pas hanter les petites lucarnes. C’est bien connu, l’amour naît de l’absence ! Créer un grand vide, susciter une grande frustration chez vos partisans et de grandes douleurs. Paraît-il que Mach souffre, que Calvet ne va pas bien, que Pujol est en plein délire, que Sanchez-Schmit pleure tous les jours. Alduy, lui, de désespoir sans doute, est parti à la recherche d’une nouvelle casquette. L’UMP locale est tellement triste qu’ils n’ont même plus l’énergie de s’engueuler.

Deuxième étape pratiquement concomitante de la première: s’organiser, répartir ses troupes aux endroits stratégiques, mettre des hommes de confiance aux postes clefs, leur promettre tout et n’importe quoi et leur laisser le moins d’oxygène possible pour ne pas  leur permettre de prendre trop de place et de s’émanciper. Si d’aventure ils essayaient de vous faire de l’ombre, leur couper immédiatement  l’herbe sous les pieds , leur savonner la planche et les amener à se déchirer, pour apparaître comme le seul recours possible, le sauveur prêt à se sacrifier une nouvelle fois. On a déjà une petite idée de ce que ça peut donner avec la guéguerre Copé-Fillon.

Troisième étape : (elle a déjà commencé), travailler à la réhabilitation de votre héritage. Cette tâche ne vous incombe pas personnellement. Vous ne seriez pas crédible.  Faites intervenir vos fidèles serviteurs et tous les journalistes bien pensants qui sont légion à adorer cette tambouille. Vous êtes parti avec des casseroles aux fesses grosses comme des lessiveuses, mais le temps peut les faire disparaître surtout si l’on trouve  dans votre entourage  des incapables qui vous ont mal conseillé. Bien sûr il faudra rappeler que vous avez, à de multiples reprises, sauvé le monde, qu’avec vous la Merkel était moins dure qu’avec Hollande, et surtout, surtout, que c’était moins pire que maintenant.

Quatrième étape donc : utiliser au max la politique menée par le gouvernement actuel.  J’ose à peine écrire que le Hollande de début 2013 est votre meilleur allié. J’ose et  je l’écris parce que je pense malheureusement que c’est vrai. Comme vous il n’a d’yeux que pour les patrons, comme vous il adore l’austérité surtout pour les autres, comme vous il est impuissant devant les contraintes des marchés. Comme vous il pratique avant tout la vaselino-thérapie.  Comme vous il oublie que des millions de Français souffrent et aspirent à de vrais changements.  En cherchant à apparaître plus réaliste, plus pragmatique, plus efficace, plus volontaire que lui, vous pourrez sans doute donner l’image de celui qui peut une nouvelle fois tout changer sans rien changer : cela s’appelle l’alternance et fait depuis quelques lustres notre malheur. 

Tout cela ne me fait pas trop sourire. A quand une petite perturbation ?  Un trouble sérieux ? Un bouleversement  sans compromis ? Un renversement intempestif ? Un grand « cop d’escoumbre » ?
Il faut pousser, pousser, pousser, camarades.
Jean-Marie PHILIBERT.

jeudi 21 février 2013

non habemus papam...


Non habemus papam, sed hominem habemus.

J’ai dû réactiver mes connaissances latines fort anciennes pour trouver à mon billet d’humeur un  titre à la hauteur de l’événement. « Habemus papam » c’est le cri de liesse des catholiques qui voit la fumée blanche s’échapper de la chapelle Sixtine et qui annonce aux chrétiens la bonne nouvelle, « Nous avons un pape ». Cela signifie que les cardinaux en ont fini de s’écharper, dans la clôture de leur conclave, pour décrocher la timbale. Ils ont désigné celui qui sera le chef de leur église, celui qui, comme Dieu, sera infaillible, celui qui  succèdera à Saint Pierre, celui qui a priori va voir grandes ouvertes toutes les portes  de la sainteté et du paradis. Puisque, quand il arrivera devant Saint-Pierre justement, il sera en pays de connaissances et pourra discuter d’égal à égal avec le compagnon de Jésus. C’est un petit avantage sur le commun des mortels. C’est dire que sur terre déjà le pape participe de la divinité, il la représente, il l’incarne, il en est pour nous pauvres Terriens l’image à la fois magique et vivante. Il lui faut un cadre à la hauteur pour cela, la basilique Saint Pierre, les ors du Vatican. Il lui faut une cour : tous les mitrés qui l’entourent avec sollicitude. Il lui faut des adorateurs, tous les pèlerins qui viennent devant la basilique tout au long de l’année recevoir la bénédiction de sa sainteté. Sa sainteté !
Ras la mitre.
Eh bien Benoît XII, la sainteté, il a l’air d’en avoir ras la mitre,  puisqu’il vient d’annoncer  au monde entier une nouvelle exceptionnelle : il démissionne. Le dernier pape à démissionner l’avait fait au 15° siècle. Nous vivons donc un événement plus que rare.
Un événement où la réalité rejoint la fiction.
Rappelez-vous le dernier film de Nanni Moretti intitulé justement « Habemus papam », il nous raconte le destin d’un cardinal qui lors d’un  conclave chargé de désigner un nouveau pape  et dont il est un membre relativement obscur se trouve à la surprise générale élu par ses pairs qui manifestement ne veulent pas de la patate chaude du pontificat pour continuer dans les coulisses du pouvoir à tirer toutes les ficelles.  Et c’est là que Michel Piccoli qui joue le rôle du malheureux élu,  dans un moment de lucidité et de révolte, prend la fuite dans les rues de Rome pour goûter à une liberté  dont il sent qu’elle va lui échapper. Il veut rester un homme parmi les autres.  Quand on sait  les ambitions réelles,  les intrigues avérées, les enjeux de pouvoirs, la grandeur de la fonction censée représenter le couronnement  ( dans tous les sens du terme) de toute une vie, on se dit que ce ne peut être là que de la fiction. Quand on décroche le gros lot, on le prend sans tergiverser.
De la fiction au réel.
Eh bien avec la démission de Benoît XII la réalité rejoint la fiction : le pape redevient homme, « Hominem habemus ! ». Nous avons un homme !
Comme le plus simple titulaire d’un CDD ou d’un CDI qui considère que le boulot qu’on lui impose ne lui va plus, il rend son tablier, il rentre à la maison, il laisse tous ses ennuis aux petits copains. Et il met ainsi un terme symbolique à une forme de théocratie de moins en moins répandue, mais cependant vivace dans certains esprits pour qui les pouvoirs naturels et surnaturels participent d’un même mystère, bien au-delà de l’humanité souffrante et trébuchante.
En démissionnant, ce pape qui m’apparaissait profondément antipathique rejoint pour moi le camp de cette humanité et se pare d’une aura dont le sens pourrait ouvrir la voie à une véritable aggiornamento de l’église catholique si …. si…. si….. les traditions accumulées,les conservatismes incrustés, les scléroses séculaires  étaient en mesure de laisser passer un peu d’air frais et humain. Ce dont je doute fortement.  Compte tenu de ce que je sais de l’institution.
Cela ne préjuge en rien  du respect  que j’ai pour ceux  que leur foi  inscrit dans les valeurs des religions chrétiennes qui peuvent être empreintes d’humanité. L’exemple du pape le prouverait si nécessaire, lui qui n’hésite pas à quitter la sainteté pour l’humanité.
Jean-Marie PHILIBERT.

mardi 19 février 2013

lettre à Manuel Valls


Lettre à Monsieur Manuel Valls…..



Cher Camarade et cher Ministre ou cher Camarade-Ministre ( Comme tu veux)

Je te demande de bien vouloir excuser ma prétention de parler en même temps au camarade et au ministre et même de placer le camarade avant le ministre. Par instinct je préfère les camarades aux ministres ; quand les camarades deviennent ministres ils ont tendance à oublier ce qu’ils ont été, je pense qu’il est utile de le leur rappeler. Voilà pour les préambules

Tu ne connais pas bien ton ministère.
Mon camarade donc, le ministre que tu es  aussi a fait une belle boulette, la semaine dernière, une  boulette qui montrait au vu et au su  de tout le monde que tu ne connaissais pas bien ton ministère, que tu ne savais pas ce qu’il s’y faisait depuis des dizaines d’années. Une boulette qui si elle avait un peu de jugeote aurait pou te valoir une déculottée de la part de l’opposition. (j’ai comme le sentiment qu’elle te  ménage un peu ) . Une boulette qui a dû bien faire rire dans les services, en particulier dans les services  de renseignements.
Tu leur as demandé à grands renforts de relais médiatiques ( ils s’y sont tous mis, journaux, radio, télé, sont-ils aux ordres pour relayer sans sourciller tes boulettes ), tu leur as demandé de « faire une analyse fine … des mouvements sociaux… » Parce que  tu as peur d’une implosion ou d’une explosion .
Mais qu’ont-ils fait pendant des lustres et des lustres, que font-ils chaque jour, que  regarder les manifestants qui passent, les compter ( mal), écouter aux portes et ailleurs et rapporter aux ministres et aux préfets le moindre petit soubresaut  dans les entreprises, les syndicats, les associations. Tout ce qui bouge les intéresse. Ils ne le font pas toujours avec la discrétion souhaitable, il leur arrive d’être lourds et ridicules.
Le ridicule et la provocation.
Parce que tu veux que je te dise , les salariés, les chômeurs actuels ou futurs, les syndicalistes, les précaires, les jeunes et les vieux qui manifestent, ça les gonfle un peu d’être pris pour des excités incontrôlables ou des délinquants quand ils défendent leur gagne pain. Le type d’annonce que tu fais ajoute au ridicule la provocation… et elle sera d’une inutilité absolue le jour où le peuple le voudra et tu n’y pourras rien.
Je sais que tu n’es pas complètement stupide, tu as compris qu’il y a comme un malaise dans la société. Tu l’as dit toi-même : «  La colère sociale avec les conséquences de la crise économique et financière, la précarité, le chômage, les plans de licenciements, elle est là, elle gronde depuis des années ».
Tu  ne dis pas que des bêtises, mais tu n’a pas compris que la colère sociale n’a pas besoin de garde chiourmes, que tous les soporifiques du monde ( fussent-ils socialistes n’y pourront rien), que tous les faux fuyants, les leurres sociétaux lancés dans le paysage ne changeront rien au sentiment de gâchis, d’impuissance et de révolte lisible chaque jour dans le corps social. Pas besoin de SDIG, de RG,  de policiers super compétents, de services super équipés, de patins et de coufins pour savoir que l’étincelle n’est pas loin … qui risque de faire boum.

Camarade, sors du ministère, écoute la rumeur du peuple qui monte… et arrête de dire des bêtises.

Jean-Marie PHILIBERT.         a