les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

mercredi 21 février 2018

le bac nouveau: un chiffon ?


Le bac nouveau : un chiffon ?

Une des grandes acrobaties à laquelle se livre le gouvernement et plus particulièrement son ministre de l’éducation est de mettre en œuvre des réformes, qui sont censées améliorer une situation déficiente avec le souci que le grand public, comme on dit, y voit des améliorations tangibles par rapport à ce qui existe et, sous ces apparences flatteuses, comme un mauvais commerçant qui ne pense qu’à se débarrasser de ses vieux rossignols, de fourguer une marchandise frelatée, qui traîne dans les poubelles du ministère depuis des lustres, et qui enfoncera toujours un peu plus le service public dans les difficultés et l’austérité.

 Ce qui se prépare pour les lycées et le baccalauréat est de cet ordre-là.

Un formidable besoin de formation

Il y a un formidable besoin de formation dans le pays, pour beaucoup de familles et de jeunes, elle est l’arme essentielle pour asseoir un avenir qui échapperait un peu aux incertitudes de la précarité. Aujourd’hui la mixité sociale, le vivre ensemble, la démocratisation, la réussite pour le plus grand nombre, le maintien et le renforcement d’enseignements de haut niveau, en prise directe avec les réalités d’aujourd’hui, la mise en œuvre de méthodes de travail modernes et adaptées, la force et la valeur des diplômes obtenus pour favoriser toutes les poursuites d’études supérieures possibles, l’élitisme républicain devraient être les soucis majeurs d’un ministre conséquent. Avec l’ambition de s’attaquer à l’opacité d’un système, à ses divisions, ses ségrégations, ses lourdeurs. Comment un ministre, qui, de plus, a connu l’institution à différents postes éminents de responsabilité, peut-il oublier qu’il faut y mettre de la clarté, de la stabilité… et aussi des moyens humains et matériels.

Il fait le contraire.  Il est le roi de l’esbroufe !

Ça a commencé avec le supérieur dont on se sert pour bien faire comprendre aux futurs bacheliers que le bac n’est plus le sésame qui ouvre les portes de l’université. Le droit d’entrer à l’université avec le bac, c’est fini. « Parcoursup » est fait pour ça : le bac n’ouvre aucun droit. Il pouvait donner le sentiment d’avoir perdu de sa valeur. Là il a tout perdu. Il n’est rien.

Blanquer attaque son caractère national, général, anonyme, juste, clairement identifié, aux disciplines équilibrées (le plus souvent). En le découpant en tranche, du français en fin de première, des épreuves de spécialités au milieu de la terminale, plus le contrôle continu toute l’année, enfin, la philo, et le grand oral (la grande nouveauté !) en juin, on fabrique une usine à gaz qui contraindra les enseignants à passer leur temps en évaluation au détriment de la formation.  Les notes des disciplines hors examen intervenant pour 40 % : le bac deviendra un diplôme local et accroîtra les discriminations entre les lycées. Les bahuts « populaires » le seront un peu plus, les élitistes le seront toujours plus et les établissements privés  utiliseront tous les subterfuges pour attirer la clientèle fortunée.

Librement vers l’incohérence

De plus dans un monde où la part de la science est de plus en plus grande quelle aberration que de sortir du tronc commun, dès la première, les maths, la physique, la SVT. Mais les lycéens auront librement ( ?) choisi eux-mêmes un enseignement à la carte, modulaire, comme on dit, où les séries auront disparu, où le futur bachelier picorera de ci de là des embryons de savoirs et de formations dont la cohérence risque de poser problème. Malheur à ceux qui auront fait les mauvais choix. Une architecture telle qu’elle ne sera comprise que par les initiés. Il va sans dire que tous les lycées n’auront pas la possibilité d’offrir tous les choix : il y aura les riches et les autres. Avec à l’arrivée, pour tous,  moins d’heures d’enseignements, donc des postes en moins et le contrat rempli pour le ministre de réduire le nombre de fonctionnaires.

Il commence dès 2018 en diminuant le nombre de postes aux concours.

Une des clefs pour juger la réforme est là. Toujours rogner sur les dépenses tout en faisant croire qu’on fait le maximum et ripoliner la façade au nom d’une réforme in-con-tour-na-ble. Dont la jeunesse de ce pays fera les frais. Rien que cela !

Jean-Marie Philibert.

mardi 13 février 2018

to be or not to be


To be or not to be

To be or not to be social ?

To be or not to be moral ?

To be or not to be pauvre ? riche ? capitaliste ?

To be or not to be craputaliste ou crapulatiste, comme vous voulez ?

Nous ne cessons d’être confrontés aux alternatives dans un monde où ils sont nombreux à tenter de nous faire croire que toute alternative a disparu, qu’il n’y a qu’une voie à prendre celle de la soumission,  de l’admiration pour les génies qui nous gouvernent, et du remplissage des poches pour ceux qui nous exploitent.  Comme ils ont le pognon, ils utilisent tous les moyens à leur disposition pour nous bourrer le crâne, en distribuant de grasses prébendes à leurs serviteurs les plus zélés qui répètent à satiété : Shakespeare a dit des bêtises, to be or not to be est un « énaurme » mensonge, vous n’avez pas le choix, vous ne l’avez jamais eu, vous ne l’aurez jamais.

Pas le choix

L’objectif ? Toujours le même nous empêcher de voir le monde tel qu’il est, la lutte des classes telle qu’elle se perpétue, la société éclatée telle qu’elle prolifère. Nous faire croitre à la bienveillance des pouvoirs qui ne sauront que toujours nous échapper. Mais ce n’est pas grave ils sont bienveillants. Quand ils seront discrédités, ils trouveront les subterfuges pour nous convaincre d’une possible résurrection de la bienveillance chez des sbires qui ont les mêmes ambitions : nous faire suer le burnous et nous faire taire, sans autre espoir que de continuer à suer. De Sarkozy, à Hollande et jusqu’à Macron, ça roule toujours comme avant. Vous n’avez pas le choix !

Les mauvaises graines

Et ils vont dézinguer avec une constance inébranlable et une cuistrerie sans limite tous ceux, socialistes, utopistes, philosophes, intellectuels lucides, hommes/femmes en lutte… Tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils veulent enterrer l’espoir de ne jamais voir le retour de ceux qui ont semé les mauvaises graines. Ils vont les baigner d’une telle sauce qu’on n’y comprendra plus rien jusqu’à nous perdre dans un embrouillamini où la gauche et la droite, c’est kif-kif, ou  ni-ni, où l’extrême droite n’est plus si extrême que ça.

Et bien sûr dans le burnous vous suerez toujours autant et même un peu plus, quant aux SDF, ils seront de plus en plus nombreux à se les geler, les sans-papiers, ils seront toujours traqués sans répit. C’est la crise, il n’y a plus d’argent, on ne peut pas nourrir toute la misère du monde… Par contre on peut réduire les impôts des plus riches.

Un système grippé ?

Mais le système n’est pas si bien organisé que cela. Il peut arriver qu’il se grippe et que des éclairs de lumière viennent de lieux inattendus, de temples de la réaction. Ainsi chez nos « amis » les banquiers, Natixis pour ne pas les nommer, voilà ce qui circule dans une note dont l’auteur Patrick Artus n’est pas connu dans la sphère RRRRRévolutionnaire. Il est responsable des études économiques de la banque.
 Il voit quelque chose qui l’inquiète : « une baisse de l’efficacité des entreprises des pays de l’OCDE », (le Monde du 6 Février) en clair une réduction du rendement du capital qui pour éviter de perdre des sous s’attaque aux salaires et aux salariés, mais avec une limite, ne pas les affamer totalement… Comme cela ne suffit pas, on est contraint de spéculer sur n’importe quoi. Jusqu’à ce que le système explose. Le petit Patrick rejoint le grand Karl (Marx, bien sûr !).

Le choix

Capitalistes, tremblez la crise est devant vous !

Il y aurait donc des alternatives : le désordre capitaliste établi ou l’espérance d’une répartition équitable des richesses, la justice sociale ou l’injustice, un peu de morale dans un monde de brutes ou pas de morale du tout, la lutte ou la docilité, la liberté ou la servitude… Etre ou n’être pas. Le choix !

Jean-Marie Philibert.

vendredi 2 février 2018

A vos plumes


Mai 68 : A vos plumes !



Un billet d’humeur précédent, celui consacré à la commémoration du cinquantenaire de Mai 68, a eu quelques échos ; nous a été suggérée l’idée de ne pas en rester là et de profiter de l’occasion pour donner la parole à tous ceux qui estiment avoir un témoignage à apporter, un souvenir à faire revivre, des éléments d’analyse à proposer à la lumière de ce qu’ils ont vécu, vu, entendu au cours de ce qui reste comme un mouvement social exceptionnel. L’espace d’une vie n’en offre pas  à profusion : il faut donc profiter de ceux que l’on a pour en tirer les enseignements politiques aptes à éclairer les évolutions, celles d’hier, comme d’aujourd’hui.

Pourquoi pas, pour nous qui avec Marx n’avons pas seulement l’ambition de comprendre le monde, mais aussi de le transformer, ne pas saisir le moment pour évoquer ce qui est en germe dans une société, gangrénée par les inégalités, l’exclusion, la souffrance sociale, où une petite minorité de nantis voudraient faire croire que l’horizon du désordre dominant actuel est plombé et indépassable.

Mai 68 est apte à réveiller les consciences : elles en ont besoin. A revivifier l’esprit de liberté et d’utopie, sans lesquelles l’humanité vraie ne serait pas ce qu’elle est.

A vos plumes donc, pour nous parler de votre expérience, du regard porté, du moment dans ses exubérances, comme dans ses doutes et ses déceptions. La forme : celle que vous souhaitez.

On prend tout, textes, photos, documents, souvenirs … Pour des raisons pratiques évitons les documents trop longs. De quelques lignes à quelques pages tout nous intéresse. On souhaite bien sûr qu’elles soient signées. Elles peuvent être d’ici ou d’ailleurs. Elles peuvent être gaies, tristes, traiter  de la grève, des manifestations, des AG, des débats, des peurs, des espoirs, de la vie quotidienne, du pittoresque d’un temps exceptionnel où un peuple prend la parole.

Cette prise de parole populaire, vous pouvez être sûrs que tous les bonimenteurs officiels, tous les habitués de la petite lucarne, les soixantehuitards bien en cour qui ont investi les sphères du pouvoir pour un plat de lentilles, et parfois un peu plus, vont tout faire pour qu’elle soit détournée, occultée, au profit d’une vision mythique d’un temps définitivement passé.

La récupération de la mémoire, de la mémoire vraie, est une tâche politique d’ampleur. Allons-y sans retenue. A nos-vos-leurs plumes !

Jean-Marie Philibert.


lundi 29 janvier 2018

faut-il brûler la Charte d'Amiens


Faut-il brûler la Charte d’Amiens ?

Mon camarade Roger Hillel, à qui je dois beaucoup, et vous aussi d’ailleurs puisqu’il m’a converti à l’écriture journalistique, en particulier aux billets d’humeur dans le TC., a dans une tribune publiée sur son blog, posé une question qui me semble au cœur de la problématique sociale d’aujourd’hui : quand sera-t-il possible de lutter ensemble ?  Dans un contexte de plus en plus radicalisé, il s’attaque aux suspicions toujours vivaces qui empêchent  le rassemblement : il cherche des voies pour les réduire, en particulier en levant les réticences  que les organisations syndicales et associatives ont à accepter, es qualité,  dans leurs rassemblements les forces politiques. Selon lui la Charte d’Amiens qui fonde l’indépendance syndicale ne correspondrait plus à la nécessité de l’heure.  Il m’invite au débat. Faut-il brûler la Charte d’Amiens ?

Se défendre et transformer

Je n’ai pas de fétichisme particulier concernant la Charte d’Amiens, même si je reconnais que le syndicalisme que nous avons connu s’y est nourri, dans sa double dimension de défense des intérêts des travailleurs et en même temps de lutte pour une transformation sociale qui doit permettre leur émancipation. Depuis plus d’un siècle ! Cela implique pour le syndiqué de ne pas introduire dans l’action sociale unitaire toutes les opinions philosophiques, politiques ou autres qu’il est en droit d’avoir, mais qui seraient autant de ferments de désunions dans une bataille qui ne sera gagnée que par le rassemblement du plus grand nombre : respectons l’indépendance du syndical et du politique !

A une approche théorique de la question, je préfère le pragmatisme et l’expérience, et elle fut longue et riche de soubresauts divers.

Les questions

De l’expérience… C’est un chapitre des Essais de Montaigne… Jouons donc au Montaigne du syndicalisme. Que nous apprend-elle ? Dès que l’on intervient sur le terrain social, les questions surgissent : que faire ? Mais la première question entraîne souvent une seconde, une troisième… Comment faire ? Pour quoi faire ? Et pourquoi faire ? Avec qui faire ?

Et là bien sûr, il sera question de l’autonomie, de l’indépendance de l’organisation sociale, de sa nature, de sa liberté à intervenir sur le terrain choisi.

Répondons dans le désordre. Pour quoi ? Pour quoi se battre ? Mais c’est élémentaire, pour sa dignité, pour pouvoir se regarder en face et se dire : je ne suis pas la sous-merde qu’ils imaginent et qu’ils sont prêts à priver du nécessaire. Pourquoi ? Parce que je suis libre, je décide de mon avenir, de mes droits, de mes désirs et  personne n’est en mesure de le faire à ma place. Parce que ma faim, ma soif, mes besoins ne sont pas de simples variables d’ajustement d’une économie boiteuse, mais des éléments vitaux sans lesquels je ne suis rien. Que faire et comment ? Tout ce qui est légitime, et si l’on veut que les noix de coco tombent, il est légitime de secouer le cocotier. Il ne s’agit pas de conversations mondaines : la seule vertu de l’action, c’est de donner des fruits et il faut insister jusqu’à ce que les fruits soient là. On n’est pas fatigué dans l’action sociale ! Et on ose !

Avec qui ?

Ultime question : avec qui ? Avec tous, partis, syndicats, associations, jeune et moins jeunes, à l’exclusion de ceux qui ont la haine, l’exclusion, l’injustice, l’inhumanité, en bandoulières.

Avec tous ceux qui fabriquent de la plus-value, mais pas avec ceux qui s’en nourrissent grassement.

Avec toutes les victimes innombrables d’un désordre organisé qui veut nous isoler.

Je reste cependant persuadé que même s’il donne parfois un visage éclaté, même si les stratégies suivies peuvent parfois tenir de manœuvres politiciennes, même s’il a perdu de son emprise sur le salariat, le pole syndical reste, à condition d’être porté par un mouvement de masse et de classe unitaire, le meilleur vecteur d’une riposte d’envergure apte à faire reculer les pouvoirs . Il est au cœur du processus d’exploitation qu’il dénonce collectivement. Et on peut mesurer ce qu’il gagnerait en étant plus uni. Mais il se mutilerait en se coupant des forces politiques  qui le reconnaissent pour ce qu’il est, retour à la charte d’Amiens : un outil de transformation de la société et le terme de l’exploitation capitaliste en perspective.

Chacun dans son rôle. La pantalonnade de Mélenchon se prenant pour le chef de la rue contre la loi travail devrait nous inciter à ne pas confondre vitesse et précipitation.

Jean-Marie Philibert

lundi 22 janvier 2018

50 ans et toutes ses dents


50 ans et toutes ses dents



C’est le cinquantenaire, compte tenu de mon avancée en âge, le centenaire, il n’est pas sûr que je puisse le fêter, alors n’attendons pas plus longtemps, dès ce début janvier, certes avec quelques semaines d’avance, allons-y gaiement, avec toute la nostalgie nécessaire, commémorons MAI 68 !

Vanitas vanitatum

Ce sera chose faite, on n’aura plus à y revenir. Tous les réacs en tous genres pourront disserter en long en large et en travers sur ce qui fut un des derniers moments de trouille gigantesque pour les possédants, sur ce qui se passe quand l’imagination prend  un peu le pouvoir, sur la convergence de l’action syndicale, sociale, culturelle, politique quand elle sort des cadres préétablis. Ils auront pratiquement toute l’année pour nous expliquer que VANITAS VANTATUM tout n’est que vanité, y compris Mai 68, qu’il fallait être bien naïf pour y croire. Et que les grands prêtres  des barricades reconvertis dans la souplesse d’échine, dans les petits fours et dans tous les visages de la réaction ont eu raison de le faire… au moins pour leurs portefeuilles et pour leur gloriole. A quoi bon rester fidèle à ses idéaux de jeunesse, tout le monde a le droit de devenir un vieux con !

Comprendre Mai 68 ne peut pas faire l’impasse sur une dimension essentielle : la référence incontournable à la jeunesse, à la jeunesse du monde.

La vraie vie

Et charité bien ordonnée commençant par moi-même, partons de ma jeunesse, à moi-même bien sûr… L’humeur c’est toujours un peu personnel… 68, la fin des études universitaires, brillantes certes, mais sinueuses, les premiers contacts avec la vie professionnelle, mes premiers élèves, les fondements d’une famille et vue rétrospectivement une insouciance généralisée. Comme dit ma maman « Tu n’en as pas beaucoup dans le ciboulot ! Sois un homme, mon fils ! » Et 68 représente pour moi, un contact sans doute salutaire avec la vie sociale, politique, avec les soubresauts du monde, avec la vraie vie, quoi !

Mais le paradoxe de ce contact tient à ce qu’il s’opère dans une société où la jeunesse subit la sclérose d’années de pouvoirs gaullistes, où le poids des idéologies rétrogrades et moralistes semble condamner les issues, où sur tous les continents la révolte, la soif de liberté, de démocratie grondent, où, référence à un article prémonitoire, « la France s’ennuie ».

Cette jeunesse a envahi les amphis, la démocratisation des enseignements supérieurs a commencé ses « dégâts », la révolte des étudiants va parachever la fin d’un monde où le désordre dominant est contesté, où le rôle d’héritiers bien-pensants d’une bourgeoisie en mal de repères ne fait plus recette. L’aspiration à être entendus sera décuplée par la sottise du pouvoir et de ses charges policières.

Les luttes

Depuis des mois, le monde du travail bruit de luttes multiformes. Le feu couve, et sans que l’on comprenne exactement pourquoi, même 50 ans après, les petites étincelles  deviennent un grand incendie : le mouvement voit se rejoindre dans la grève les étudiants et le monde ouvrier, non pas sur la base d’un ralliement, mais sur le besoin d’en finir avec la souffrance sociale, de sortir d’un ras-le-bol généralisé. En effet les inégalités sociales restent fortes, la croissance soutenue n’a pas eu pour effet de les lisser (vous savez qui tire toujours les marrons du feu).  Il y a 5 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté, 8 millions qui vivent avec l’équivalent de 700 euro par mois (Ludivine Bantigny, historienne).

L’utopie ?

Les morts (quoi qu’ait dit et fait le préfet « humaniste » Grimaud), la répression, toutes les provinces en branle, les centrales syndicales dans l’unité, la surdité du patronat font prendre au mouvement une ampleur difficile à imaginer aujourd’hui, jusqu’à une paralysie du pays dans une grève générale où apparaissent des  voies nouvelles vers l’autogestion, le contrôle ouvrier, on veut se parler, décider ensemble. On veut vivre l’utopie. Les cultureux sont dans l’action, ou dans l’inaction plutôt. Le gouvernement, le patronat, négocient : les accords de Grenelle acceptent  d’un coup 10 %  d‘augmentation de salaire, une semaine supplémentaire de congés payés, une véritable reconnaissance syndicale…

Cela va sans doute paraître riquiqui à ceux qui rêvent de « jouir sans entrave », mais le syndicalisme est essentiellement pragmatique, et heureusement…

 Nous vivons encore des acquis de 68. Bien loin des bonimenteurs officiels qui se contorsionnent pour nous détourner des combats de l’histoire.

Ce sont ces deux visages de conquêtes ouvrières soudaines et considérables et d’unité des luttes sociales progressistes qu’il me semble important de mettre en avant dans cette commémoration qui débute. Ces deux visages avec toutes leurs dents ! Des visages vivants !

Jean-Marie Philibert.








dimanche 14 janvier 2018

la science et la magie


C’est magique !



Pendant des décennies vous avez enseigné à des jeunes d’un peu tous les milieux le français : vous avez eu largement le temps de mesurer les difficultés du métier, les obstacles que vous rencontriez, la très grande richesse des adolescents qui vous entourez. Vous avez ressenti l’évolution de la relation pédagogique qui était étroitement dépendante de l’évolution des jeunes et des contextes sociaux dans lesquels  ils étaient engagés à conquérir leur autonomie. Vous avez très vite compris que la crise sociale dans laquelle nous étions embarqués allait compliquer leur vie, leur avenir et vous rendre la tâche plus ardue. Mais un certain sens de votre engagement  vous a incité à poursuivre la tâche, à maintenir votre niveau d’exigence, à ne jamais céder à quelque forme que ce soit de renoncement, même ténu, même partiel.

Vous ne vous êtes pas laissé prendre au chant des sirènes  des ministres successifs qui trouvaient qu’il fallait vous moderniser, vous adapter et en rabattre sur vos ambitions… d’un autre âge.

Vous rendre la vie difficile

Ils ont pourtant tout fait pour vous rendre la vie plus difficile : ils vous ont confié plus d’élèves dans des classes plus lourdes, dans les collèges ou lycées souvent pléthoriques. Ils ont tenté de mettre l’institution au pas en imaginant de petits chefs dociles … pour enseignants indociles. Ce travail n’a séduit que quelques hurluberlus en mal de promotion.

Parce que vous étiez les fauteurs de trouble, ceux qui empêchaient la réussite du plus grand nombre, ceux qui bloquaient la démocratisation de l’école, ceux qui ne savaient pas suffisamment dialoguer avec les parents, parce que vous étiez corporatistes, fonctionnaires et même parfois, horreur !, syndicalistes, tous les pouvoirs politiques, y compris ceux pour lesquels vous aviez voté ont voulu vous faire la leçon, vous mettre au pas, décider pour vous de presque tout, en multipliant les directives en tous genres qui ne servent à rien… Avec un résultat très mitigé ! Vous êtes parvenus à préserver des pans entiers de l’institution au point d’en avoir protégé le niveau d’exigence et de la garder comme maillon encore tangible de la construction du lien social, y compris dans des zones où il se tend dangereusement.

Les manœuvres vazelinesques

Vous avez eu parfois l’illusion que vous n’étiez pas loin de vous faire comprendre, que certains ministres pouvaient revenir sur les projets les plus nocifs… Vous avez fait l’expérience qu’il ne s’agissait encore une fois que d’une manœuvre vazelinesque : vous cajoler pour… sois correct, Jean-Marie.

Eh bien ! Encore une bonne nouvelle, avec Macron, avec Blanquer et leur premier ministre transparent, ça continue comme avant. On vous zen…tourloupe ! Quelques mesures  qui ne coûtent rien pour revenir sur les bêtises de l’équipe de branques précédente, du redéploiement de quelques postes pour faire croire que l’on va enfin s’attaquer aux difficultés dans les CP des zones difficiles. Avec l’espoir d’endormir la vigilance et puis l’attaque frontale : elle a deux visages, la préparation de la prochaine rentrée avec une nouvelle et massive chasse aux postes (nous aurons l’occasion d’en reparler) et surtout l’arme absolue contre toutes les difficultés que vous avez rencontrées, que vous rencontrez, que vous rencontrerez, le Conseil Scientifique.

La pierre blanche

C’est un truc que le Ministre veut marquer d’une pierre blanche, qui réunit de grands savants, spécialistes des sciences cognitives, qui savent tout sur le cerveau, ses mécanismes, ses forces, ses faiblesses. Ils en savent tellement qu’ils vont régler tous les problèmes, décider des protocoles à suivre en classe, des manuels, de la formation des enseignants, du traitement du « handicap, des inégalités », termes curieusement rapprochés. Il travaillera, ouvrez vos oreilles,  sur la « métacognition », Dehaene dixit. C’est le chef de la bande, la coqueluche du Ministre…et un petit copain de l’Institut Montaigne, officine de droite pour nous empapaouter profond.
Et voilà la messe est dite, l’avenir est à la science… ou au renouveau imparable de la pensée magique.

Vous prenez alors conscience que vous avez été un couillon pendant quarante ans ! Mais vous vous jurez de le rester.

Jean-Marie Philibert