les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

lundi 1 avril 2019

repression/contorsion/subvertion


Répression/Contorsion/Subversion

Du quartier Saint Jacques à  Londres, de Paris à Bruxelles, de samedi en samedi, des gilets jaunes aux gilets rouges, verts et arc-en-ciel, le déficit qui nous plombe est toujours le même : une maladie démocratique chronique qui rend les états et l’Europe sourds à l’expression des besoins sociaux, avec toutes les contorsions politiques qui les accompagnent et avec les entreprises de répression qu’il faut pour que l’ordre règne (presque !).

Répression

La répression ! En France, dans la dernière période, la police de notre cher pays a dû balancer, en quelques semaines, plus de grenades, de balles (en caoutchouc pour le moment), de coups de matraques que pendant les dernières dix années. Et que je te crève un œil, et que je t’arrache une main, et que je t’empoisonne à la lacrymo. Je suis très surpris que beaucoup de ceux qui se réclament de la démocratie aient la langue coupée, le regard ailleurs (vers le Vénézuela par exemple). Comme si ce qui se passe ici ne relevait pas des mêmes exigences démocratiques. Une dernière remarque locale sur la répression, elle est très locale, mais a du sens. Dans ma vie d’avant, celle de prof, j’ai connu, accompagné, « canalisé », même parfois, nombre de manifs de lycéens et étudiants, à Perpignan, pendant trente ans je n’y ai vu aucun coup de matraque ; il faut atteindre l’ère de la Macronie, au mois de décembre dernier, pour voir des robot-cop taper, ici,  sur des jeunes, les gazer pour éviter qu’ils aillent grossir les rangs des gilets jaunes. Même la police municipale de la ville dont ce n’est  pas le rôle avait été réquisitionnée. C’est dire l’urgence ! Je reste persuadé de l’inefficacité de la méthode et de ses effets boomerang, voir l’affaire Geneviève Legay, retraitée pas sage.

Contorsions

Ensuite, pour faire passer la pilule, pour laisser croire que l’on maîtrise la situation, pour défendre la démocratie et pour avaliser l’espérance d’une république en marche vers un monde nouveau, nos grands hommes locaux nationaux, internationaux, usent et abusent de la contorsion. Il y a les toutes- petites contorsions risibles, Jean-Paul Alduy qui reproche à Pujol de vouloir détruire Saint-Jacques, comme s’il n’avait pas sur les bras, en tant qu’ancien maire,  quelques coups de pelleteuses malheureux. Et il y a la méga contorsion, celle de Jupiter lui-même, qui, dans le même temps qu’il bave sur son peuple, d’imbéciles gaulois ou de retraité(e)s exité(e)s qui n’ont pas la sagesse de se retenir de manifester, se présente en grand chef des progressistes, en apôtre de la modernité face aux méchants populistes d’ici et d’ailleurs. IL enlise la France et il prétend sauver l’Europe. Comprendra qui pourra ! La contorsion est aussi internationale, Theresa May en fait quotidiennement la démonstration, Brexit, no Brexit, deal, no deal… elle fait peine. En descendant par millions dans les rues de Londres les citoyens lui ont rappelé que le peuple existe et qu’il serait bon de l’écouter.

Subversion

Ecouter le peuple…pas seulement par les arcanes étroits d’institutions représentatives que des pratiques dilatoires, bureaucratiques, qu’un trop plein de manœuvres politiciennes ont rendues en grande partie inopérantes et peu crédibles. Pas seulement par un grand débat où la seule vérité admise est celle qui tombe du ciel. Pas seulement dans les opinions manipulées par la téloche ou internet.

Beaucoup plus simplement dans le monde du travail, dans les services publics, dans le quotidien des communes, aux portes des écoles, dans les services sociaux, dans les manifestations publiques, sur des gilets jaunes aussi, dans la rue, dans les mots du quotidien.

Le peuple et les citoyens qui le composent expriment une inextinguible soif de vivre décemment avec la juste part de richesses produites et le respect qui va avec.

Il est plus qu’urgent de l’assouvir.

Mais c’est une subversion !

Jean-Marie Philibert.




lundi 25 mars 2019

ecoute moi bien


Ecoute-moi bien !

Qu’il soit grand ou petit, le débat suppose, je dirais même, impose un échange. Dis-moi ce que tu penses… Exprime ton point de vue… En toute franchise… Je te dirai ce que je pense de mon côté… On pourra argumenter, contre-argumenter, s’opposer, se convaincre, s’énerver, se trouver des points communs, mesurer nos divergences, se faire la gueule ou s’apprécier. Le débat peut enrichir nos relations d’une dimension personnelle indéniable où on ne se sent pas obligé d’acquiescer à une opinion qui ne nous plaît pas, où on peut être soi-même, mesurer la responsabilité de dire ce que l’on pense et être accepté pour ce que l’on est.

Dans la vraie vie

Il peut toucher tous les domaines, de la philosophie et de la morale à l’actualité sportive, de la politique à la gastronomie, des arts à la médecine, du réchauffement climatique  au projet de rénovation du quartier Saint Jacques… Il revêt toutes les formes possibles, il peut être violent, policé, caricatural, comme la télé sait les proposer pour faire spectacle. Il peut révéler des caractères séduisants comme il peut dézinguer des mastuvus prétentieux. Il est rarement anodin. Il nous intéresse très souvent.

Sans doute parce que sachant que la vérité est souvent fragile, cachée, compliquée, dialectique aurait dit Karl, nous ne nous satisfaisons qu’à moitié des certitudes sommaires que nous véhiculons. Par le débat nous pourrons avoir le sentiment de franchir un palier supérieur si nous rencontrons des accointances. Nous saurons que la vérité est l’objet d’une recherche inlassable, rarement gravée dans le marbre, et que le doute n’est pas un crime.

En politique, il est la pierre angulaire de la démocratie, le creuset où se construisent les majorités, la seule voie possible vers la prise de décision collective. Nous nous inscrivons dans cette tradition inhérente à toute république qui se respecte. Tout ça, c’est dans la vraie vie !

En Macronie, c’est un peu différent 

Quand englué dans la colère des gilets jaunes, Macron ouvre un large débat, on suspecte, certes, un subterfuge pour se sortir d’une crise profonde, mais on se dit que demander aux citoyens de donner leurs opinions, c’est un peu mieux que d’envoyer des robots-cops leur taper dessus, que la vox populi dans sa toute-puissance saura se frayer un chemin.

Les opinions s’expriment, disons plutôt, qu’elles répètent ce qu’elles ne cessaient d’exprimer depuis le début du mouvement, inlassablement, sur la misère sociale, sur les fins de mois difficiles, sur la précarité insoutenable, sur la démocratie malade, sur les inégalités sociales, sur l’impérieuse nécessité de réponses rapides, tangibles, sur l’obligation pour un pouvoir quelconque d’écouter son peuple.

Le mot qui tue

Ecouter ! Le mot qui tue ! Pourtant sans écoute, il n’y aura ni débat, ni rencontre, ni confrontation, ni avancée. L’absence d’écoute est mortifère pour la vie sociale, politique, mais pas seulement, pour la vie tout court. Macron, dans sa verticalité jupitérienne, dans sa vertigineuse sottise, a décidé que son débat ne dirait que ce qu’il a envie d’entendre, que la vox populi, c’est lui et personne d’autre, que cause toujours tu m’intéresses… La caricature vivante de cette démarche fut donnée lors de la rencontre à l’Elysée avec une bande d’intellectuels  patentés…et sans doute naïfs. Ils ne sont pas là pour donner leurs avis, exposer leurs points de vue, leurs visions de la société, du monde… Ils sont là pour poser promptement, succinctement quelques questions, pour se montrer à la téloche, pour servir la soupe à Jupiter qui se réserve tout le temps de parole, pour répéter ce qu’il dit depuis le début, qu’il ne changera rien, qu’il continuera à lécher les bottes des riches, qu’il est là pour « réformer », c’est-à-dire casser, la fonction publique, les retraites, l’école, l’assurance chômage, la constitution, la vie politique. Et qu’il n’est surtout pas là pour écouter… quiconque a une opinion, puisque l’opinion, c’est lui.

Avec le grand débat, la cinquième république dévoile un peu plus ce que nous pressentions déjà, qu’elle n’a plus de république que le nom, qu’elle est la forme actualisée d’un absolutisme qui refuse d’écouter.

Et pourtant n’est-ce pas ce que l’on apprend aux enfants dès leur plus jeune âge.

Ecoute-moi bien…Emmanuel… Tu dérailles… Ecoute-moi bien !

Jean-Marie Philibert.

lundi 18 mars 2019

UNE FORCE !


Une force !

La situation faite par les pouvoirs publics aux personnes âgées  est indigne et scandaleuse. Elle est inversement proportionnelle aux progrès de la médecine, aux avancées sociales  qui ont permis les progrès considérables de  l’espérance de vie.

Espèces de vieux, vous allez vivre plus longtemps, mais vous allez en baver.

Ne croyez pas que les lois sociales, les régimes de retraite mis en place, leur augmentation régulière en fonction des salaires des actifs, les pensions de réversion qui permettent aux veuves ou aux veufs de poursuivre une vie digne et convenable après avoir perdu le compagnon de leur vie, une sécurité sociale généreuse, ne croyez pas que tout ça, ça allait durer, maintenant  vous êtes bien trop nombreux. On n’a plus de sous ! Vous voulez vivre ? Vous devrez vieillir pauvres ! Encore plus pauvres que maintenant !

Mais pensez donc aux autres !

Avez-vous pensé aux millions de chômeurs ? Avez-vous pensé aux jeunes ?

Alors on rogne… Pardon on réforme… Pour plus de justice, de clarté ! Pour mettre fin aux privilèges et pour vous inciter à aller voir ailleurs. Et d’ailleurs, cela commence à produire ses effets puisque l’on assiste à un ralentissement dans la progression de l’espérance de vie. Dans la tête de tous les « réformateurs », de droite et un peu plus, qui ont porté des coups aux droits à la retraite, le cynisme le dispute à l’hypocrisie, et la malveillance à l’égoïsme. Le tout pour cacher le visage de leurs maîtres, et la logique financière capitaliste qui n’en a jamais fini avec la soif d’amasser les richesses produites très-très loin de ceux qui les ont produites, qui les produisent, qui les produiront. Le recours aux paradis fiscaux dans des îles enchanteresses est utile pour cacher le pognon détourné, mais il est emblématique d’une volonté de le sortir de la vraie vie.

Un vol légal

Et on bloque les retraites, on augmente la CSG, on réduit les droits, en clair on les ampute. En trois ans un mois de pension a été pris dans la poche du retraité : un vol légal !

Mais ça ne suffit pas : on prévoit pire. On s’organise pour répondre à la dépendance en ponctionnant un peu plus le monde du travail. La retraite par points est la nouvelle machine de guerre. La réversion est dans le collimateur.  Les pensions d’un niveau acceptable sont présentées comme des luxes inconsidérés dans un monde qui va mal, parce qu’on fait tout pour qu’il aille mal. On va même jusqu’à casser l’idée que la pension serait un droit, pour la remplacer par la  référence à une allocation …de survie… avant le grand départ sans doute.

Les atermoiements au rancart

Une seule réponse s’impose pour les retraités d’aujourd’hui et demain : une réaction saine, salutaire, indispensable. Se battre, lutter, combattre, résister, s’unir et ne jamais lâcher prise. Certes, il y a l’âge, la fatigue, parfois la maladie, il y a un monde difficile à affronter. Il peut y avoir aussi la solitude. Parfois l’incompréhension des générations suivantes. Elles comprennent vite, elles comprendront vite que c’est d’elles aussi qu’il s’agit dans ce marasme organisé qu’est la situation faite aux vieux.

Finissons-en avec les périphrases, les euphémismes et les atermoiements : des millions de vieux-vieilles dans ce pays, près de cent soixante mille dans le seul département. Une force ! Vieilles et vieux, unissez- vous ! Notre avenir nous appartient. Avec courage et lucidité. IL n’y a pas d’autres choix.

Jean-Marie Philibert, vieux lui-même.

lundi 11 mars 2019

de l'art du théâtre


De l’art du théâtre

Comédie… Tragédie … Tragi-comédie … Farce ? Peut-être ? Il se joue un ultime ( ?) spectacle sur la scène du théâtre municipal de Perpignan, avant qu’on casse tout. Comment le caractériser ? A vous de juger.

Il s’inscrit dans une saga interminable au centre de laquelle nous retrouvons sur scène nos deux bouffons italiens Pujolino et son acolyte Laurentino qui vont répétant :

«  Vous allez voir ce que vous allez voir ! Vous allez assister à un miracle ! Une ville séculaire réinventée ! Une ville de vieux rajeunie ! Un quartier de pauvres enrichi ! Des rues propres ! Des étudiants partout ! Des commerces florissants ! Grâce aux magiciens de la parlotte, grâce aux impôts de nos concitoyens, grâce aux béni-oui-oui qui nous soutiennent ! Vous avez déjà vu ce qu’on a fait à Saint-Jacques, des trous béants ! Vous avez vu ce qu’on a fait à la CGT, à la porte de la Bourse, un siècle d’histoire sociale effacé d’un trait de plume ! Vous allez voir ce qu’on va faire aux protestants : un temple, fût-il consacré à dieu, ne peut rien contre Pujolino.

On n’a peur de rien

Pujolino et Laurentino, deux ouragans capables de complexer la pire des tramontanes. Rien ne leur résistera. Le théâtre municipal sera leur dernière œuvre. Vous ne le reconnaîtrez pas. Il n’existera plus. On ne vous y invitera plus !  Laurentino veut le garder pour lui et sa petite troupe d’étudiants. A l’intérieur, on casse tout, on bétonne. Nous, les plus grands acteurs du théâtre italien, on n’a peur de rien, on a le courage de mettre un terme violent à l’histoire théâtrale locale, on a l’outrecuidance de détruire une acoustique exceptionnelle, on a même le culot de fermer un lieu de convivialité, de vie artistique, pour inventer la nouveauté du siècle à laquelle personne n’avait pensé avant nous : la métamorphose du théâtre en amphithéâtre. Pour votre bien, bonnes gens, que nous seuls acteurs géniaux sommes capables de connaître. C’est notre idée de la démocratie !

L’absurdie

Perpignanais et Perpignanaises, vous avez compris que nous ne sommes pas de votre monde, nous sommes, avec Dali, des membres éminents du Centre du monde, nous nous inscrivons dans sa filiation directe : plus les projets sont fous, plus ils nous plaisent. Nous allons souvent nous inspirer à la gare de la ville. L’absurdie est notre planète. Nous n’avons plus besoin de théâtre, car notre vie est un théâtre permanent !

Ce n’est pas un figurant de ving-cinquième catégorie du nom de Pinellino, qui croyait avoir des compétences culturelles, le pauvre, qui nous fera reculer. S’il veut quitter la municipalité, bon vent. Nous ne voulons pas être mauvaises langues, mais il se dit qu’une autre troupe de théâtre lui a fait des propositions alléchantes. Il pourra jouer les rôles de traitre.

Mathonito, le sauveur ?

Quant à Mathonito et sa troupe de théâtre de rue, la bien nommée « L’as part », elle n’a aucune chance d’arriver à nous impressionner : elle n’a plus la carte maîtresse. Ils gesticulent sur les places publiques, mais le vrai théâtre ce n’est pas cela. Nous seuls, Pujolino et Laurentino, savons qu’il ne peut être qu’amphithéâtre et rien d’autre. »

Quand ce billet d’humeur paraîtra, une manifestation appelée par l’ASPHAR aura rassemblé, le mardi 12 mars, devant le théâtre,  les citoyens de Perpignan qui veulent préserver leur patrimoine. Pujolino et Laurentino auront-ils compris leur bêtise ?

Jean-Marie Philibert

lundi 4 mars 2019

retirade


Ce qui aurait dû être dit

Nos plages de sable fin qui attirent les hordes de touristes et les autochtones que nous sommes pendant la belle saison ont vu déferler  en février 39 un peuple chassé de chez lui par un gouvernement fasciste, fuyant la barbarie et cherchant refuge. Ils ont trouvé le sable, les barbelés, l’armée française, mais aussi quelques bonnes volontés solidaires. Ils étaient  républicains, avaient défendu cette république jusqu’au bout.

Le passé présent

Ce passé taraude encore l’histoire de l’Espagne qui n’en a pas fini avec les douleurs et les horreurs qui y ont proliféré pendant la guerre civile. Les forces politiques qui ont permis une transition démocratique à la mort du dictateur ont choisi le voile « pudique » pour permettre ce processus. Les gouvernements successifs de l’Espagne s’étaient tus sur cet exil, s’étaient tus sur le rôle des républicains espagnols, sur ce dont il fut porteur.  Quels qu’en soient les sous-entendus, les circonstances, il y a des moments où la portée historique de certaines paroles incite à ne voir que l’essentiel : l’hommage à la mémoire démocratique de l’Espagne, à ceux qui en furent des emblèmes, Machado et Azana. Ce qui ne veut pas dire que l’on oublie, ne serait-ce qu’un instant, la lutte pour défendre les prisonniers politiques actuels injustement accusés, ni les arrière-pensées politiciennes. La lutte politique est souvent complexe. Dans ce numéro du TC, nous en montrons la difficulté, les interrogations et les aléas.

Une faute

En ce qui me concerne je voudrais mettre l’accent sur ce que je considère comme une faute du gouvernement français à cette occasion où il ne semble pas qu’il y ait eu un grand débat pour savoir s’il fallait « y aller ou ne pas y aller » et accompagner Pedro Sanchez à Montauban, Collioure et Argelès dans ce qui était démarche mémorielle et politique forte où notre gouvernement aurait pu avoir des choses à dire.

Le pouvoir exécutif français est resté à la maison et cela a du sens… peu glorieux.

Macron, en choisissant de laisser la casquette du Préfet des P.O. comme seul emblème de l’état français, à ces cérémonies, est resté fidèle à ce qui a été l’erreur tragique du gouvernement français au moment de la guerre civile : la non-intervention et le cortège lugubre et sinistre d’horreurs qui en ont découlé, pas seulement pour les Espagnols, mais pour tous les Européens, pour tous les démocrates.

Imaginons une parole forte

Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce qu’auraient pu être, en ce mois de février 2019, les paroles fortes d’une république digne sur cette plage d’Argelès.

« Nous ne pouvons pas laisser les représentants du gouvernement espagnol seuls à cette occasion d’hommage et de pardon à ceux qui n’ont eu de cesse de croire à la république, à ses valeurs, et aux combats légitimes qu’elle imposait. D’autant plus que nous fûmes aussi responsables d’un « accueil » indigne des civils que nous avons traités de façon inhumaine, que nous avons parqués, sans abri, derrière des barbelés, à l’écart bien sûr des bons français qu’il ne fallait pas laisser contaminer par un attachement trop fort aux valeurs de la république. La peur des rouges fut fratricide. Puissions-nous nous en souvenir ! Quant aux combattants républicains qui ont franchi la frontière, au lieu de les désarmer, de les humilier, c’est une haie d’honneur qu’il aurait fallu leur faire.

Nous aussi nous avons à demander pardon. Les années qui ont suivi ce premier exode massif du siècle, vont nous confronter à l’immensité de nos erreurs. La non-intervention porte les germes des victoires nazies, de l’Europe déchirée et de ses morts. Et, ironie de l’histoire, ce sont quelques-uns de ceux que nous avons désarmés en 39 qui ont contribué à notre libération en 45.

Dans les temps agités qui sont les nôtres, gardons la mémoire des erreurs à ne plus commettre. »

Voilà ce que le gouvernement français tout au vide sidéral de  son grand débat était dans l’incapacité de dire.

Jean-Marie Philibert

mardi 26 février 2019

Benalla


Une drôle d’odeur !



On avait coutume de dire que les sénateurs ne servaient pas à grand-chose, qu’ils avaient dans le cadre agréable des jardins du Luxembourg une rente de situation lucrative, peu d’obligations, et des responsabilités minimes, puisque dans les conflits avec les députés ils n’avaient jamais le dernier mot. Tant et si bien que des sénats se sont depuis des lustres développés dans nos villages où, sur une place ombragée, des retraités se réunissent quotidiennement pour débattre des affaires du monde, pour le faire, le refaire … sans aucun effet sur ce monde qui tourne de moins en moins rond. Jusqu’à donner l’image d’une institution qui a surtout le souci de perdurer sans faire de vague et sans faire de peine au pouvoir.



Le sénat met le feu aux poudres

Avec l’affaire Benalla, c’est fini. Le sénat met le feu aux poudres, c’est d’ailleurs pour cela qu’après avoir nécessairement évoqué la sortie du rapport de la commission d’enquête sénatoriale, les média complaisants (presque tous) sont passés à autre chose et n’ont pas épilogué. Circulez ! Il n’y a rien à voir !

Il n’y  a rien qu’une affaire d’état !

Le cœur du pouvoir occupé par des aventuriers sans vergogne, sans foi, ni loi, sans contrôle, sans expérience, sans formation, mais pas sans ambition. En particulier celle de s’en mettre plein les poches. Avec toutes les complicités, au plus haut niveau. Et les relations troubles qui vont avec.

Quand le mensonge et la prévarication atteignent un tel niveau, l’inquiétude est de mise quant à la nature de notre démocratie. Les gilets jaunes, rouges, verts, multicolores n’ont pas fini d’en dénoncer les tares.

Les faits

Rappel des faits : l’homme de confiance du président, Benalla,  en charge de sa sécurité,  déguisé en policier, avec un acolyte, fait le coup de poing sur des manifestants le 1° mai, place de la Contrescarpe. Une mission officielle ? L’affaire devient publique, il est sanctionné. Mais entretemps on  lui a donné un logement de fonction, une voiture avec gyrophare, des passeports diplomatiques comme s’il en pleuvait, des téléphones ultra secrets, et même des armes (on ne sait jamais ce qui peut arriver).

La sanction : quelques jours de vacances. Sans doute pour prendre contact avec les oligarques russes et signer de lucratifs contrats pour leur sécurité. Des sous ! Des sous ! Entre temps, il fait toujours le toutou d’Emmanuel : on le repère à la panthéonisation de Simone Veil, on ne voit que lui lorsque l’équipe de France, championne du monde, est reçue à l’Elysée. La rumeur indique même que c’est lui qui aurait fait accélérer le bus pour qu’il arrive au Palais au moment du journal télévisé. Mais ça n’est pas un délit, seulement le signe d’une toute puissance et d’un dévouement exemplaire.

De la magie à la cabane

Quand il est mis en examen, le 28 Juillet 2018, on lui laisse tous les attributs de son pouvoir. Des négligences ? Elles lui permettent d’aller faire le cador en Afrique, sans doute pas pour des actions humanitaires, ce n’est pas le genre de la maison. Il a tout le loisir de poursuivre ses activités lucratives avec les oligarques russes et dautres. Convoqué par les commissions d’enquête de l’Assemblée nationale et du Sénat, il ment comme il respire. Un homme de confiance, je vous dis ! Et magicien en plus : il fait disparaître au moment d’une perquisition un coffre-fort de chez lui qui aurait contenu des « choses » compromettantes. Il continue à se moquer du monde et ne respecte pas les obligations que la justice lui impose, comme s’il était très au-dessus des lois. Il a pourtant cinq affaires judiciaires en cours sur la casaque… De la toute-puissance à la cabane le passage est direct. C’est bien fait ! Y restera-t-il ?

L’affaire d’état demeure. Le nouveau monde de Macron sent déjà le vermoulu. Une drôle d’odeur se dégage des ors du pouvoir.

Jean-Marie Philibert.


lundi 11 février 2019

L'essentiel


L’essentiel

Le propre des mouvements sociaux, c’est d’être comme la vie, jamais totalement identique, et jamais totalement différente. Cela en fait la saveur. Cela explique aussi qu’à chaque fois, nous devons mettre notre conscience à jour avant d’être en mesure de bien comprendre ce qui se passe. Chaque jour apporte son lot de nouveautés et d’inventions. L’imagination populaire serait donc d’une richesse insondable. Le peuple imaginatif ? Vous n’y pensez pas !

On ne peut pas en dire autant des mainteneurs de l’ordre, policiers et pouvoirs qui leur font face. Ils ne savent que cogner. Ils compensent sans doute leur incapacité à comprendre ce qu’ils ont en face d’eux par le déversement d’une violence d’état qu’ils pensent aptes à faire taire les récalcitrants. Ils ne se souviennent même pas que les récalcitrants, les engagés, les contestataires, les résistants ne se sont jamais tus, même si parfois ils peuvent donner le sentiment de lever le pied.

Assoupi ?

Les mouvements que nous vivons donnent du grain à moudre à mes commentaires. En effet, il y a quelques mois,  on avait le sentiment que le vent de la révolte s’était assoupi, que Macron pouvait proférer sans retenue ses horreurs et son mépris pour ceux qui ne sont pas de son monde, que le patronat pouvait dormir tranquille pendant qu’il pompait toujours plus de plus-value, qu’il suffisait de taper comme des brutes sur n’importe qui, que les syndicats étaient divisés, que, parmi eux, celui que l’on dit premier (la Cfdt, vous avez devinez) est comme définitivement ramolli du bulbe. Comme si le ménage avait été fait et que la bande à Macron pouvait tout se permettre… Cela reste leur ambition.

Eh bien patatrac !

De la France profonde, des femmes, des hommes, des jeunes et des vieux ont envahi les ronds-points pour dire leur colère, leur révolte, pour les faire partager. Ils l’ont fait de leur propre chef (expression à prendre dans tous ses sens, c’est-à-dire sans leader, mais pas sans jugeote), dans une cacophonie sympathique. Même si cela perturbe ! En montrant que plus ils avançaient dans le mouvement, plus ils étaient au parfum de l’injustice qui ronge nos vies, de l’inégalité criante  dans la répartition des richesses qui la gangrène, de la caricature de démocratie dans laquelle nous vivons. Ils ont dit tous les besoins sociaux et démocratiques énormes. Et là, patatrac ! L’opinion publique que d’habitude on manipule du matin au soir, les a crus.

Des commentateurs patentés et bien en cour, prenant leurs désirs pour des réalités, ont vu avec une joie certaine une mise à mal des organisations syndicales non ramollies, les préjugés qui les animent les ont empêchés de voir que ces jaunes-là n’avaient rien d’antisyndical, qu’ils pouvaient prolonger, enrichir l’intervention sociale. La fécondité du peuple est telle qu’il peut produire tous les contrepoisons contre les misères et les maladies qu’on lui impose, qu’il est capable de tous les contre-pieds, qu’il y met le temps qu’il faut, qu’il choisit la ou les  forme(s) qu’il faut. Rien n’est écrit à l‘avance. Inventif, vous dis-je !

Convergence

Et il a été de la responsabilité des organisations syndicales de voir croître et proliférer ses expressions nouvelles, d’inscrire leurs actions en convergence avec elles : la semaine dernière les trois mille manifestants de Perpignan faisaient plaisir à voir. Et l’on sentait aussi qu’ils avaient plaisir à se montrer ensemble, non pas comme dans un aboutissement, mais comme sur un tremplin en mesure de les faire rebondir tous et loin.

D’autant mes camarades jaunes, rouges, verts, même roses et même un peu décolorés, il y a de la marge, il y a du monde à gagner, il y a encore des esprits à éclairer, il y a les naïfs à déniaiser, il y a des endormis à réveiller. Ici. Comme ailleurs. Il y a tout un peuple à rassembler. Ne serions- nous pas sur cette voie ?

C’est là l’essentiel. Tout le reste est accessoire.

Jean-Marie Philibert.