les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

lundi 18 juillet 2016

la politisation de l'intelligence


La politisation de l’intelligence

Nice : une nouvelle fois la course effrénée à la surinformation, immédiate, totale, savante, surchargée d’experts en tous genres, avec les images chocs qui vont avec, avec le pathos incontournable, et les envoyés très spéciaux ou spécieux, comme vous voulez qui, en boucle, vous disent qu’ils en savent bien peu.

Face à la mort aveugle, aux victimes innocentes, à l’incompréhension devant la barbarie, je reste persuadé que les discours les plus utiles sont les plus sobres : la compassion n’a pas besoin d’hyperboles et les donneurs de leçons pourraient avoir la décence d’attendre que les sanglots de ceux qui vivent une tragédie s’apaisent quelque peu. Je reste estomaqué des tentatives de récupération à chaud d’un événement de la part de « responsables » politiques qui ne font qu’y projeter leur fantasmes réactionnaires et racistes. Ils donnent une image calamiteuse de leur incompétence. La solidarité populaire qui s’exprime là, comme elle s’est exprimée lors des tragédies précédentes devrait pourtant les inciter, au moins,  à un peu plus de retenue. Ne parlons pas de l’impossible : les signes visibles de l’intelligence d’une situation, certes compliquée et lourde de menaces. Cette situation s’inscrit néanmoins dans tous les désordres du monde dont il serait peut-être temps que l’on prenne toute la mesure.

Continuer comme avant ?

Le pouvoir « socialiste » s’en tire en jouant la carte de l’urgence, du quadrillage sécuritaire, en alimentant les peurs. Mais pour tout le reste on continue comme avant, on détruit le droit du travail, on s’acoquine avec le patronat, on promet une embellie sur le front de l’emploi pour la saint glin-glin … On manœuvre serré pour tenter d’éviter la catastrophe annoncée pour 2017 en espérant que la peur du front national permettra de sauver les meubles. Réécoutez le discours de Hollande le 14 Juillet : le vide sidéral.

L’antidote ?

Il est des moments où l’actualité ne semble plus rien offrir que désolation, où nous percutons de plein fouet une adversité qui semble nous dépasser. La fatalité, le fatum, comme ils disaient, les anciens, dont nous serions les jouets impuissants et irresponsables. Il nous reste les mots pour dire nos plaintes, notre effroi, et tenter de trouver quelque chose qui serait comme une bouffée d’oxygène. Ce que j’ai retenu de propos de Pierre Laurent pourrait peut-être nous y aider. A Avignon quelques heures avant la tragédie de Nice, il parle de théâtre et de culture, mais pas seulement. Je cite en vrac. « Le théâtre une parole qui doit nous réveiller… Il doit nous aider à questionner la vie…la place de l’homme et ses responsabilités… La culture un endroit pour faire respirer…La politique une autre manière de dire la culture …La place de l’échange difficile à conquérir dans la politique transformée par le marketing… Pour reconquérir le politique : la politisation de l’intelligence… »

La double exigence

Certes, la formule peut sembler d’une obscure clarté, et pourtant à bien l’écouter, elle est riche de sens, elle n’est certainement pas univoque, elle est ouverte à la pluralité de ce que nous sommes, de ce que nous pensons, de ce que nous espérons. Elle est porteuse d’une double exigence, une exigence politique qui nous concerne au premier chef, puisqu’il s’agit de notre vie collective et de ses enjeux bien malmenés, et une exigence intellectuelle de compréhension d’un monde où l’irrationnel le dispute au magique, au surnaturel, au mystère insondable de l’humain. Nous ne transformerons pas le monde si nous renonçons à le comprendre. Pour éviter d’autres Nice !

Nous ! Nous ! Ensemble, dans le débat, la confrontation, dans l’action, dans la solidarité, dans l’écoute. Aux antipodes des petits chefs de tout acabit qui n’ont atteint leur but que lorsqu’ils ont confisqué tous les pouvoirs pour jouer au mieux les histrions.

Nous ! Nous ! En nous réappropriant, il vaudrait mieux dire en nous appropriant enfin, la chose publique, la chose politique. Celle qui nous constitue. Avec toute l’intelligence nécessaire.

Jean-Marie Philibert.

lundi 11 juillet 2016

la rocardite


La rocardite : la-les-une-deux-trois gauche(s)





La disparition d'un membre éminent de la deuxième gauche, comme on le dit dans les tablettes,  Michel Rocard, peut nous conduire, au-delà de la trajectoire politique de celui qui a animé plusieurs moments importants de notre histoire récente, à nous interroger sur la multiplication des gauches, sur la prolifération de ceux qui s'en réclament, sur le sens à donner à leur démarche.

Regardez le paysage actuel, nous avons le chantre de la deuxième gôche Valls qui se réclame du défunt, et nous avons une nouvelle pousse passée par la banque Rothschild, un dénommé Macron, qui nous fait comprendre qu'à côté de la deuxième il serait possible d'en trouver une troisième et peut-être d’autres encore. Le président, lui, comme si tout allait bien, continue à croire qu’il n'y en a qu'une, la sienne, alors que dans son propre parti, comme dans l'opinion publique, beaucoup sont convaincus qu’elle a disparu des écrans radar, et personne ne sait où elle se trouve et à quoi elle ressemble. Perdue corps et bien.

Les rendez-vous manqués

Plusieurs signes qui ne trompent pas : le code du travail, qui symbolisait une politique sociale sensible aux intérêts des travailleurs, passé à la moulinette  de la loi El Khomry, et l'utilisation frénétique du 49/3 pour étouffer la démocratie parlementaire contribuent à faire disparaître la gauche du paysage et à rogner les espoirs qu’elle peut fonder.

Heureusement pour la gauche, elle n'a pas que le PS pour la servir. Si c'était le cas elle serait depuis quelques lustres dans les oubliettes de l'histoire.

La disparition de Rocard permet de réactiver une histoire qui donne avec Manuel Valls l’impression de bégayer et nous offre l‘occasion d’évoquer le nombre considérable de rendez-vous manqués que les progressistes, multiples et divers, attachés à des transformations sociales concrètes, ont espérés en vain.

Unitaire ?

Je fis partie de ceux qui avaient un regard sympathique pour un mini parti politique aujourd’hui disparu qui incarnait ces transformations sociales avec d’autres dont le PCF et un nombre importants d’organisations que l’on qualifierait aujourd’hui d’ultragauche, il portait le nom de PSU, le U étant une référence implicite à la nécessité de mettre en œuvre une démarche unitaire. Rocard en était un des dirigeants. C’était un autre temps, dans la mouvance de mai 68. L’aspiration « révolutionnaire » et unitaire de l’époque (je mets des guillemets parce que rétrospectivement j’y vois quelques raisons d’en douter) traversait des couches larges de la société : le monde salarié, les intellectuels, les syndicalistes (CGT et CFDT ensemble, et oui !) une jeunesse en recherche d’émancipation, la tutelle du gaullisme devenue insupportable. Rocard donnait le sentiment d’en être.

A lire les bio, à l’occasion de sa disparition, on se rend compte que se joue à ce moment-là la prise de pouvoir sur toute la gauche non-communiste, avec une constante : tenter de phagocyter les cocos, au mieux de les utiliser en leur laissant quelques strapontins. La référence à l’unité servait à ça. Rocard et Mitterrand jouant chacun une partition différente mais avec un même objectif. La palme de la tartufferie étant à mettre à l’ordre de Mitterrand,

Deux cultures

Rocard s’est gargarisé de mots pour brouiller les pistes, en multipliant les gauches : « deux cultures » structureraient la gauche, la présentable, l’acceptable et l’autre, celle qui manque de réalisme, de rigueur, de crédibilité. Vous avez compris de qui il s’agit et c’est une constante rocardienne que d’avoir une allergie pour le drapeau rouge, et de préférer faire entrer dans son gouvernement en 1988 des personnalités d’ouverture (traduire de droite). Au cours de son mandat il va se montrer le champion absolu de l’utilisation du 49/3 et ainsi faire la preuve comme son poulain Manuel de son attachement fragile à la démocratie.

Cela ne le gênera pas pour poursuivre son ambition sur la piste d’un pouvoir qui lui échappera, son rêve de devenir président de la république  restera en l’état de rêve. Il lui restera les mots pour nous expliquer que le monde est au moins aussi compliqué que la gauche (et que ses discours) et qu’il ne faut pas la laisser entre toutes les mains. Parait-il qu’il faut y voir les signes d’un esprit supérieur ?

Il a fait des émules, des qui se prennent pour des cadors. Ils  pratiquent tous le brouillage des pistes qui passent par la multiplication des gauches : observer le Macron de service, mais il n’est pas seul. …Une gauche, deux gauches, trois gauches… Une gauche pour chacun à son service. Une gauche éclatée et des hommes providentiels partout: y aura-t-il quelque chose à sauver ? Il n’est pas réjouissant que Mélenchon y succombe. Le rocardite aiguë l’aurait-elle atteint ?

Ce n’est pas tout à fait l’idée que se font de la gauche tous ceux qui savent qu’elle ne peut véritablement jouer son rôle transformateur que plurielle, diverse et en même temps unie, rassemblée. Cette bataille, c’est la nôtre.



Jean-Marie Philibert 


dimanche 3 juillet 2016

les thuriféraires et les ploucs


Les thuriféraires et les ploucs

Je suis toujours surpris d’entendre les thuriféraires de l’Europe s’étonner de la réaction des peuples face à une machine qui en l’espace de quelques décennies leur a fait toutes les misères du monde sans tenir compte de leurs réactions, de leurs votes, de leurs réserves.

Ce mot de « thuriféraire » ne pouvait pas mieux convenir pour désigner ceux qui ne cessent de chanter les louanges d’une institution que le Brexit secoue :  les thuriféraires sont dans la liturgie chrétienne ceux qui sont chargés de porter l’encens qui va brûler en répandant une odeur pénétrante pour nous donner le sentiment de ne plus être tout à fait dans une ambiance terrestre, mais de toucher un tant soit peu au surnaturel et au sacré. Et avec l’Europe, à la sauce social-libérale on tente de nous faire croire que la terre promise n’est pas loin, que les fruits de l’union vont bientôt tomber, que les sacrifices paieront, que le nirvâna est à portée de main, que le ciel est au coin de la rue.

Patience

Certes il faudra encore un peu patienter, attendre que la Merkel veuille bien partager un peu de sa croissance, convaincre les Grecs, les Portugais, les Espagnols de ne plus vivre à crédit, pourchasser sans relâche tous ceux qui ne peuvent pas vivre sans déficit, s’enliser toujours un peu plus dans la dérèglementation, casser chaque jour davantage les services publics. Et surtout ne jamais empêcher les plus riches et les plus puissants de l’être encore plus et dans le même temps accepter que nos salaires et nos retraites stagnent lamentablement. La liberté du loup dans la bergerie est un des principes fondateurs d’une Europe qui a fait de la loi du marché, « the principe absolu ».

Ce ne sont là que billevesées. L’apothéose de l’Europe est au bout du chemin et vous la rencontrerez un jour, vous, ou vos enfants, ou vos petits-enfants, ou vos arrière petits-enfants, ou à la Saint glin-glin qui est un saint très européen.

Trop compliqué pour le populo

En attendant la saint glin-glin les peuples en bavent ; ils ne n'en veulent plus. Ils l'ont dit très souvent, chaque fois que la question européenne leur fut posée : rappelez-vous le référendum constitutionnel ! Ce fut non ! Avec le traité de Lisbonne vous avez eu droit à la même marchandise, mais on ne vous a pas demandé votre avis.

De toutes les façons, l'Europe c'est trop compliqué pour le populo, il ne faut surtout pas le laisser décider de quoi que ce soit. Et pour que vous en soyez convaincu, on a mis en place des institutions pour lesquelles vous voterez le moins possible : on vous fait une petite fleur pour le Parlement européen, mais on ne sait pas trop à quoi il sert. La Commission, elle, est au centre de tous les pouvoirs ; ses responsables n'ont aucun compte à vous rendre. Ne parlons pas des institutions financières : c'est blocus à tous les étages. C'est votre argent, mais il vous a totalement échappé pour aller dans les mains de Mario Draghi, le grand mamamouchi de la banque centrale européenne qui en fait ce que veulent les fortunés qu’il sert aveuglement.

Le péché de populisme est un péché mortel

Si vous regimbez, si vous exprimez votre incompréhension, voire votre réprobation, vous serez immédiatement taxé de populiste, populiste, c'est comme populo, c'est dégradant. Le populiste est borné, il ne peut pas comprendre. Il a l'avantage de mêler la gauche contestataire et la droite réactionnaire de telle sorte que plus personne ne reconnaît ses petits et qu'il est plus facile de vous faire passer pour un imbécile. Le populiste est sans conscience, prisonnier de ses instincts et de ses égoïsmes. Son opinion est sans valeur, comme lui.

Le dessus et le dessous du panier

Que vous soyez sincèrement de gauche, que vous soyez attaché au progrès social, à une juste répartition des richesses, à une politique de l'emploi qui donne à chacun de quoi vivre décemment, que la nation, l'état, la démocratie, représentent encore pour vous quelques valeurs, que la solidarité, la justice, le respect des identités, des libertés aient du sens, ne changeront rien au jugement que nos eurocrates savent intangible : vous n'avez pas compris que les peuples et l'Europe n'appartiennent pas au même monde, qu'aucune communication n'est possible entre le dessus et le dessous du panier, entre le sacré et le profane, entre les thuriféraires et les ploucs.

Mais parce que le plouc que vous êtes reste convaincu que l'Europe sera sociale et démocratique ou ne sera pas, vous continuerez à agir pour un monde fraternel.

Ploucs, oh pardon, prolétaires de tous les pays unissez-vous, et secouez le dessous du panier.

Jean-Marie PHILIBERT

lundi 27 juin 2016

on lâche rien


On lâche rien

Il est difficile quand on a le nez sur les événements de les saisir dans la plénitude de ce qu’ils sont, de lire les mutations dont ils peuvent être porteurs, d’y voir la vie en train de se faire, d’y voir le monde tel que les femmes, les hommes tentent de le façonner. Le plus souvent on projette sur le cours de choses des considérations toutes faites, ou pessimistes, si on est phase descendante, ou plus rarement, on peut afficher son optimisme,  si l’on a un trop plein de magnésium. Avec les mouvements sociaux la tâche est encore plus difficile, d’autant que l’issue n’est jamais écrite à l’avance, que les commentateurs peuvent tout dire et son contraire, que les média vous emmènent en bateau, que les puissants en tous genres  veulent que vous rentriez à la niche le plus rapidement possible, bien sûr bredouilles, et encore une fois désespérés.

Un « work in progress »

Les mois de bataille autour de la loi El Khomry peuvent-ils servir d’illustration à ce besoin de dépasser les apparences du mouvement ? A  l’heure où j’écris, rien n’est fini, le « work est en progress ». Des signes peuvent s’y lire, sur les modifications de comportement qui s’y jouent, sur les enjeux politiques qui n’y sont pas étrangers.

Politiques, c’est sûr ! Parce qu’au TC nous avons le virus, tout cela est politique, bien sûr, et  sans l’ombre d’un doute.

Les efforts déployés par la bande de zozos qui nous gouvernent pour nous inciter à ne voir dans ce projet de loi que modernisation, allègement, réforme salutaire et indispensable, toilettage de lois désuètes ne pouvaient que nous mettre la puce à l’oreille. La puce est devenue mouvement social d’une ampleur inégalée depuis 95 (plan juppé) et les années 2000 (retraite, cpe…).

Les formes et le fond

 La mayonnaise a pris et elle monte avec des formes retrouvées et différentes: les manifs qui font le grand tour de Perpignan, la gare bloquée, le pont Arago désertifié, la place de la république transformée en AG, des initiatives toujours renouvelées, des têtes nouvelles dans les défilés, beaucoup de colère et de joie à la fois, des jeunes, des moins jeunes, avec un même souci d’unité, avec une même volonté d’être entendu, avec une même obstination à ne rien céder. Les manœuvres du pouvoir, le recours aux casseurs, aux provocations, les forces de polices utilisées pour rajouter à la confusion et même parfois aux contusions, les coups de menton de Valls n’ont rien changé au cours de choses. La bataille continue.

Parce qu’elle est démocratique ! C’est une très grande majorité du mouvement social qui rejette la loi Khomry : le renfort apporté par la CFE-CGC serait là pour le prouver s’il le fallait et les absents CFDT et Unsa ont toutes les peines du monde à défendre une loi qui détricote des décennies de droits du travail. Le mouvement est vu de façon très sympathique dans l’opinion publique et la votation citoyenne, comme la pétition d’un million de signatures en atteste.

Des mots disparus…

Le besoin de prendre en main son destin, d’en être un acteur politique, debout, la nuit, le jour, de veiller à être écouté et aussi à écouter. La volonté de retrouver de la démocratie au cœur de l’action. Le mouvement social est un organisme vivant en prise directe avec les ambitions de femmes et de hommes à s’émanciper, se libérer, s’épanouir, en vivant des fruits de leur travail. Ces mots « émanciper, libérer, épanouir, vivre, fruits, travail » semblaient avoir disparu des dictionnaires socialiste, sarkoziste, lepéniste qui ne dessinent l’avenir que dans une vallée de larmes : la version 2017 devait ressembler aux précédentes. Et puis patatrac !

…retrouvés

Il revient au syndicalisme unitaire, écarlate, joyeux tel que l’incarnent les organisations au cœur du mouvement (citons les toutes, elles le méritent, la CFTC, Solidaires, la FSU, l’UNEF, l’UNL, FO, la CGT) d’avoir relevé un défi que des années de mobilisation momolle pouvaient laisser considérer comme aventureux et de dire, répéter, chanter dès maintenant « on lâche rien – on lâche rien ».

Jean-Marie Philibert 




lundi 20 juin 2016

le prochain chapitre


Préparons ensemble le prochain chapitre

La plume, ou ce qu’il en reste, le clavier de l’ordi, c’est comme un muscle, si vous le mettez au repos quelque temps le redémarrage sera difficile, vous aurez des douleurs partout et vos performances seront modestes. C’est ce que je ressens après une petite interruption de ce billet. Par contre si toutes les semaines  vous faites votre exercice d’écriture, si vous exprimez sans retenue les humeurs qui vous agitent sur les puissants du jour et leurs turpitudes, leurs coups fourrés, leur ambitions jamais inassouvies d’éteindre vos espoirs, de désarmer vos solidarités, de vous faire taire, vous aurez le sentiment que cet exercice est salutaire pour les autres comme pour vous. Les plaisirs de l’écriture et ceux de la lecture peuvent se rencontrer.

En piste donc, pour retrouver la force des mots, pour construire les phrases qui vont nous aider à cerner le monde, à comprendre un peu de la vie et, n’ayons pas peur de le dire, à faire de la politique avec tous ceux qui luttent ici et maintenant. Même si la situation est d’un compliqué à décourager Descartes lui-même.

Une issue improbable

Pensez donc, il vous avait dit qu’il était l’ennemi de la finance et que lui président ce ne serait pas comme avec l’autre … et puis très vite vous avez compris que c’était du pareil au même. Le mou-mou et le faux dur nous ont embarqués dans une même galère réactionnaire avec une incapacité absolue de répondre aux besoins sociaux d’une société qui n’en peut plus. Toujours plus d’austérité pour tous, sauf pour ceux qui ont de la tune. Avec une seule perspective pour continuer : nous dire que si ce n’était pas eux ce serait la fasciste d’à côté qui nous en ferait voir des pires. Si là-dessus vous pimentez avec les vieux démons de la gauche de la gauche qui a du mal à fabriquer de l’unité, avec ceux qui, au front de gauche, font dans le cafouillage, avec les ambitions   de celui qui croit avoir raison tout seul, vous risquez de désespérer. C’est un euphémisme de dire que l’issue de tout cela, à quelques mois des présidentielles, est improbable.

Et pourtant

Dans ce maelstrom que le pouvoir tente d’opacifier un peu plus encore par un état d’urgence qui sert surtout à gonfler les inquiétudes et à dégonfler les libertés et les droits, le peuple se rassemble pour défendre un code du travail menacé, de façon tenace et obstinée malgré la surdité du pouvoir, malgré les menaces, en préservant un cadre unitaire qui montre la voie de ce que pourrait être un syndicalisme retrouvé et qui fait plaisir à voir. Tous les adeptes de la résignation qui, du patronat au syndicalisme mou, en passant par nombre d’élus de droite et de « gôche » ont fait les beaux jours des années précédentes jouent les étonnés devant une ardeur retrouvée. Les raisons d’espérer sont dans cette démarche, dans les formes qu’elle se donne, dans sa volonté d’aboutir. Dans le souci de définir ensemble et  lucidement cet avenir de progrès en évitant tout racolage médiatique. Avec le peuple debout. La nuit comme le jour.

Agir et écrire

Les raisons d’agir rejoignent les raisons d’écrire. Au TC l’écriture nous ne l’aimons pas vaine et vide, limitée au pittoresque facile ou aux faits divers qui ne sentent pas bon. Nous l’aimons en prise directe avec  un réel qui ne nous satisfait pas, mais que nous pensons être en mesure de transformer (pas tout seul bien sûr), mais avec tous ceux qui partagent ce qui est à la fois un espoir, une volonté et une solidarité. C’est l’écriture du futur qui s’invente jour après jour : au Bocal du Tech, par exemple dans quelques jours il nous reviendra de rajouter un chapitre « Des 80 ans du journal à l’éternelle jeunesse de la lutte d’aujourd’hui ». En attendant pour vous faire patienter je vous offre ces quelques lignes, ma modeste contribution.

Jean-Marie Philibert.

dimanche 29 mai 2016

les enclumes


Les enclumes

C’est pourtant le B.A.BA, celui que l’on tente d’inculquer aux enfants et que même les plus récalcitrants comprennent pour peu qu’ils aient une once de bon sens. Certes les enclumes avérées restent hors-jeu, mais une enclume ne trouve sa raison d’être que quand on lui tape dessus. Conclusion immédiate : ce sont des enclumes. Mais qui donc ? Je pense que vous avez deviné…

Faire des bêtises ça se soigne

En effet quand on a fait une bêtise, qu’elle est notoire, visible, énorme, la première des choses à faire c’est de tout tenter, et vite, pour la faire oublier, de faire gentil-gentil avec ceux que l’on a essayé de rouler dans la farine, d’en effacer les traces et d’en faire oublier jusqu’au souvenir, pour montrer qu’on a compris la leçon. Les enfants, les jeunes, les élèves, mais aussi les adultes, fonctionnent comme cela. Et après l’engueulade, après le petit moment de bouderie, on aura droit à un retour de flamme, à un regain d’intérêt qui vous montrera que vous avez réussi votre tâche pédagogique. Les bêtises peuvent rapprocher à condition de ne pas s’y enferrer.

Ce principe d’éducation, digne d’un ouvrage qu’on pourrait appeler « la pédagogie pour les nuls » est inconnu à l’Elysée, à Matignon, aux ministères du Travail, des Finances…

Dans ses nuits d’insomnie, j’imagine le François pensant, prostré, paralysé. … « Avec la loi El Khomry on en a fait une grosse, les syndicats le disent, le peuple ne cesse de la répéter, le pays se paralyse, les députés socialistes ont eu honte et peur de perdre leur siège, on me dit au fond du trou. Pour 2017, c’est râpé !!! Comment en est-on arrivé là ? J’ai tout raté… » Puis dans un sursaut d’orgueil : «Le ratage généralisé serait-il devenu ma raison d’être ? Non ! Je ne reculerai pas », affirme-t-il dans sa molle dignité. Sottise…

Face au taureau CGT

Pas très loin du côté de l’hôtel Matignon, l’atmosphère est aussi tendue, mais le Manuel, lui, trompe son anxiété en bougeant, en engueulant son monde, en convoquant les chefs de police pour leur dire de taper encore plus fort, en crachant sur le poste qui lui montre des images de manifestations. Des flashes lui traversent la tête : un taureau, avec à chaque corne un badge de la CGT, et lui la muleta à la main qui tente de dompter l’animal. «  Olé ! On ne recule pas ! » Sottise…

Dans les entourages, c’est la consternation. A la CFDT, c’est la cata. A droite on est partagé : « Laissons les faire le sale boulot et puis banco ! Mais il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps. » Chez Gattaz, brusquement on se réveille : « Mais le peuple ça existe donc ! » Chez les financiers on se demande si au bout du compte on ne va pas y laisser quelques plumes : « On en avait perdu l’habitude ». La sottise a un coût.

Tourneboulé

Le propre de  la bêtise (il n’y a rien de propre dans la bêtise, elle est même plutôt crade, c’est juste une façon de parler), est d’être excessivement facile d’accès, y compris chez les puissants, ou ceux qui se croient tels, de ne pas apparaître à première vue pour ce que l’on est, d’être facilitée par des flatteurs et des flagorneurs sans scrupule, de s’incruster comme une maladie incurable, de devenir une seconde nature qui imprègne tous vos comportements.

Elle emporte  tout sur son passage. Vous oubliez le peuple, vos promesses, votre haine de la finance, votre engagement à gauche. Vous ne savez plus ce qu’on appelle le code du travail. Vous n’avez plus aucun souvenir de ce que sont les travailleurs, la grève, les mouvements sociaux. Vous êtes dans l’incapacité absolue de retrouver le chemin de la raison. La bêtise vous a tourneboulé les neurones, les fastes du pouvoir et l’idéologie de la résignation, version PS, ont fait le reste. Vous êtes devenu une enclume.

Et on tapera dessus autant de fois que nécessaire jusqu’à ce que l’enclume retrouve enfin un brin de lucidité…

Jean-Marie Philibert.