les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

lundi 8 juillet 2019

sortir rentrer


SORTIR / RENTRER



Même si elle commence en janvier pour se terminer en décembre, les années pour moi n’ont jamais fonctionné ainsi. Quand je faisais le prof, je commençais en septembre pour finir en juillet, quand avant je faisais l’élève, c’était pareil, et à la retraite je suis resté sur ce schéma. Et je remarque, maintenant que je fais le journaliste que pour la vie politique, sociale, culturelle c’est pareil. Il y a une sortie et une rentrée. En général une sortie qui fait du bien à tout le monde, devant le cumul des emmerdements et une rentrée que l’on sait, que l’on espère, que l’on voudrait chaude, riche, pleine de promesse.


Rappelez-vous

Rappelez-vous la dernière rentrée, septembre 2018 ! Il a fallu affronter les choix politiques et économiques de Macron qui, tout à sa gloire jupitérienne, ne pouvait pas concevoir qu’ils puissent être remis en cause.

Et que je te réduise tes droits, ton pouvoir d’achat, ton espoir de mieux vivre. Et que je t’alourdisse les impôts et que je t’invente de nouvelles taxes. Et que je te méprise tant et plus, et que je t’insulte à l’occasion. Et qu’à l’Elysée je me  permette et je permette n’importe quoi, à la bande à Benalla. La souffrance sociale, connais pas. La justice sociale encore moins. Les nantis, les riches, les opulents, les premiers de cordée : tout pour eux et puis ça ruissellera bien un jour, et un peu, sur les riens qui ne savent que quémander.


Révolte

Les syndicats (pas tous) faisaient le boulot, le Macron et sa bande méprisaient commedab ... Jusqu’à un mois d’octobre où des gilets jaunes ont fleuri tant et plus sur les carrefours, certes avec des discours disparates, pas toujours d’une limpidité idéologique renversante, avec plein de gens qu’on n’avait pas trop l’habitude de voir là. Mais avec une volonté commune de dire leur colère, leur révolte devant leur situation difficile, de plus en plus difficile et devant l’arrogance du pouvoir.

Ils sont venus, revenus pendant des semaines, des mois. Ils ont bravé les interdits et fait connaissance avec la violence policière. Ils se sont rendu compte que les syndicats et les syndiqués étaient dans la même galère et que sans doute des convergences pouvaient être utiles. La police fut pendant de longs jours la seule réponse d’un pouvoir enfermé dans ses certitudes... Jusqu’au jour où ayant enfin compris que ce peuple en colère ne lâcherait pas le morceau, quelques miettes lui furent jetées pour le calmer.


Tournant ?

Laisser passer l’orage, préserver un pouvoir secoué et continuer presque comme avant. C’est ce que des éditorialistes bien en cour ont appelé le tournant social du quinquennat. On n’a pas tous la même notion du tournant et du social.

Sur un terrain plus politique les européennes ont embrumé la situation. Macron a sauvé la face. Le Pen a rempli son escarcelle. .Et la gauche a volé en morceaux : elle avait tout fait pour, en n’écoutant pas les cocos qui prônaient une démarche unitaire. Le talent de Yan Brossat n’y a rien changé.


La lutte des classes camarades !

Et donc pour la suite et donc la rentrée, on reprendrait le scénario catastrophe.

Les allocations chômages seraient passées à la moulinette. La retraite serait mise au point… mort. Les services publics seraient en voie de disparition. Quant au statut des fonctionnaires, il ne serait plus qu’un souvenir. Ne parlons pas de l’hôpital, il resterait en souffrance ; il est fait pour ça, d’ailleurs. Quant à l’école, au collège, au lycée, au bac ils deviendraient l’école des pauvres et des diplômes qui n’en sont plus. Bien sûr ce sont là des réformes incontournables. Dans la classe dominante on cherche à pourrir la rentrée dès la sortie. Ainsi va la vie chez les puissants.

Dans l’autre classe, celle d’en face, celle de la lutte (des classes, eh oui! ça marche comme ça) celle qui rassemble le peuple et ceux qui luttent en jaune et de toutes les couleurs, la sortie, elle, se fait nourrie des mois de résistance et toujours pleine des volontés de transformer le monde. Quant à la rentrée, elle se fera sous les mêmes auspices, avec une même ambition. Renforcée peut-être.

Peut-on rêver un peu et se dire que l’unité, le rassemblement, la détermination collective, si  les forces qui les incarnent s’y mettent vraiment pourraient changer le climat et les perspectives, il n’y a pas d’autres choix pour faire renaître l’espoir. Là on aurait, on aura (?) une vraie rentrée renforcée.

Jean-Marie Philibert

mercredi 26 juin 2019

Picasso et l'exil


Histoire/peinture/politique

La commémoration du soixante-dixième anniversaire de la retirade a donné lieu à de nombreuses initiatives souvent intéressantes, toujours utiles. Les consciences sont marquées par ce qui s’est passé en Espagne de 36 à 39 : la victoire du Frente Popular, le soulèvement militaire, les fascistes, les franquistes qui s’attaquent à la république, une guerre civile violente, longue, la lâcheté des démocraties européennes, l’engagement de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie aux côtés des franquistes, l’Union soviétique au secours d’une république qui ne parvient pas à dominer ses divisions, les brigades internationales, les résistances du camp républicain, la défaite, l’exil de plus de 500 000 réfugiés dont le plus grand nombre  passe sur nos terres, y est enfermé à ciel ouvert en plein hiver 39, Argelès, Saint-Cyprien, Rivesaltes…, dans une indifférence souvent coupable, si ce n’est les bonnes âmes militantes de ceux qui ont la solidarité chevillée au corps. On a compris un peu tard que se jouait là comme une répétition générale de ce que le fascisme préparait pour l’Europe dans les mois qui allaient suivre.

Picasso et l’exil

Une initiative du musée des Abattoirs de Toulouse, qui dure jusqu’au 25 août est d’un intérêt majeur pour tous ceux qui se questionnent sur ce qui fut une tragique erreur historique, morale et politique. Elle est intitulée « Picasso et l’exil, une histoire de l’art espagnol en résistance ». Elle est née d’un travail conjoint avec le musée Picasso de Paris, et bien sûr s’appuie sur l’œuvre emblématique que reste Guernica. Ayant eu la chance de la parcourir avec les commentaires d’Anabelle Ténèze, conservatrice des Abattoirs et une des commissaires de l’exposition, je tiens à vous faire partager les enseignements et les émotions dont elle est porteuse et à vous inviter à vous y rendre. C’est une rencontre avec des œuvres majeures de l’avant-garde espagnole, avec les échos qu’elles ont engendrés, c’est une leçon d’histoire, avec tous les documents du quotidien, c’est un rappel politique du plus haut intérêt dans un temps où, en jouant la confusion, certains voudraient nous faire perdre notre gauche et l’impérieuse nécessité de l’engagement.

Un instrument de guerre

Là-dessus, Pablo Picasso est des plus clairs : «  Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements, c’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi. » Dans ces temps, les ennemis ce sont les ennemis de la république. Dès le début des événements tragiques, Picasso dit son attachement à la république, lui qui a quitté au début du siècle son Espagne natale pour participer à la grande aventure de l’art moderne dont Paris est le centre, une sorte d’exilé artistique, garde un attachement indéfectible à son pays, la République espagnole fait appel à sa notoriété pour présider aux destinées du musée du Prado. C’est un temps où son engagement reste discret, mais il accepte de servir l’Espagne, comme il accepte une commande du Front Populaire en France en 1936, un rideau de scène pour la présentation d’une pièce de Romain Rolland intitulée « Le 14 Juillet ». Ce rideau de scène est aux Abattoirs, il est intitulé « la dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin », on y voit le Minotaure aux mains d’un oiseau de proie, symbole fasciste s’il en est, avec en perspective ceux qui veulent sauver le minotaure. Les commentateurs de l’œuvre de Picasso voient, avec raison, dans ce travail une démarche que l’on retrouve avec Guernica.

Guernica

En 1937 Picasso reçoit la commande du gouvernement espagnol d’un panneau qui doit rendre place dans le Pavillon espagnol, à Paris,  de l’exposition universelle de 37, la commande est de janvier, l’œuvre sera terminé le 7 Juin  Guernica est bombardé le 26 avril. Lui, le peintre de la couleur et de la vie, il fait une œuvre en noir et blanc pour dire la mort, l’horreur du massacre des civils, un jour de fête. Elle deviendra l’emblème de tous les cortèges d’atrocités dont les barbares de notre siècle seront les auteurs. Elle s’inscrira dans la conscience collective comme un cri de révolte devant l’inhumanité. L’œuvre voyagera pour défendre la république, elle voyagera pour en perpétuer le souvenir, Picasso fera le nécessaire pour qu’elle ne revienne en Espagne que lorsque les libertés démocratiques y seront rétablies, il faudra attendre. L’œuvre est fragile, elle ne voyage plus. Vous ne la verrez pas à Toulouse, vous en verrez des duplications avec des proportions similaires.

Et le frigo

Elle est un point d’ancrage de l’engagement du peintre pour participer, soutenir, financer, organiser aussi la lutte des artistes aux côtés des républicains, dans la guerre civile. Des pièces d’archives en montrent le quotidien. La victoire franquiste fera de Pablo, un exilé politique volontaire, fidèle à la mémoire de l’Espagne républicaine, membre du parti communiste. Pour tous ceux qui combattront le franquisme, il restera un acteur de la lutte contre la dictature, refusant tous les rapprochements possibles. Le retour de Guernica à Madrid ne lève pas toutes les interrogations. Comme s’il y avait encore un cadavre dans le placard : ainsi une œuvre contemporaine nous montre derrière la vitre d’un frigo un caudillo congelé, mais observateur d’une évolution qui n’a pas l’air de lui agréer. Tant mieux !

Jean-Marie Philibert.

mardi 25 juin 2019

De l'oxygène


De l’oxygène !

Les temps sont troubles. Et le trouble vient du sommet de l’état, qui veut être à la fois de droite beaucoup et de gauche un peu. On n’a jamais eu un président aussi jeune et des politiques aussi vieilles. Les partis politiques ex-dominants, sont ultra-dominés au point de ne plus savoir où ils couchent. La gauche, celle dont on pourrait penser qu’elle est vraie, ne cesse de conjuguer le verbe « éclatons-nous ! » Le Rassemblement/Front/Ramassis national attend son heure. Les gilets jaunes attendent le samedi pour se compter. Beaucoup de consciences politiques (dont la mienne) sont perplexes. En ces veilles de vacances, la tentation du repliement pourrait faire l’affaire : on verra bien plus tard.

Où ?

Plus tard, quand la réforme de l’Unedic aura asséché les poches de ceux qui n’ont que les allocations chômage pour vivre, quand la retraite par point aura détruit un système pas idéal, mais où on savait au moins ses droits, pas une loterie avec pleins d’inconnu, quand les plans sociaux auront allongé la cohorte de ceux qui basculent dans la misère ou la précarité. Plus tard quand les coups portés aux services publics les auront détruits. Plus tard quand les services hospitaliers des urgences ressembleront à une cour des miracles. Plus tard quand l’école publique sera un champ de ruines pour occuper les enfants des pauvres. Plus tard quand l’état policier tapera encore plus fort sur tous ceux qui ont le tort de regimber.

Au Bocal du Tech

Les engagements citoyens surgissent souvent là où on ne les attend pas, et aussi parfois à des moments où on ne les attend plus .La fête du travailleur Catalan rassemble régulièrement  beaucoup de ceux qui gardent l’esprit clair tourné vers une petite lumière qui s’appelle le progrès et qui se situe du côté gauche. Ils ne pensent pas tous pareil, mais ils aiment la démocratie, ils savent qu’elle se nourrit du débat, ils savent aussi et surtout qu’elle a besoin de l’engagement  de plus grand nombre, surtout si l’on veut y donner l’orientation sociale qui est l’oxygène de la vie. IL fera sans doute chaud au Bocal du Tech ce week-end, mais les équipes du Travailleur Catalan, comme du Parti Communiste ont prévu toutes les quantités d’oxygène nécessaire. Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

JMP

lundi 10 juin 2019

Respect !


Respect !

La philosophie ??? Mal de cap !!! La force de Michel Serres, et ce n’est pas rien, a été de rendre la philosophie aimable, au sens plein du terme. A l’écouter, pas besoin d’aspirine, de froncements de sourcils, de questions inquiètes à son voisin immédiat : « Qu’est-ce qu’il dit ? ». On comprenait !

Ah si tous les philosophes avaient pu passer par la même école que lui, sans doute qu’en France on dirait moins de bêtises et on aurait une image moins rébarbative de la discipline. Comme si une malédiction réactionnaire voulait que parler philosophie, écouter de la philo, lire de la philo ne pouvaient être que des épreuves presque hors de la portée du commun des mortels. Il faut dire que certains philosophes y ont mis du leur. Pas seulement avec le contenu du discours, mais aussi avec le comportement.

De la vérité absolue..

Ainsi un philosophe, souvent de service, qui peut dire des choses intéressantes, qui a une trajectoire personnelle forte (l’Université populaire de Caen est une initiative intéressante apte à sortir la philo de son ghetto), Michel Onfray, pour ne pas le nommer, me donne de l’urticaire à chacune de ses apparitions à cause de l’attitude péremptoire, cassante, sans nuance de celui qui détient une vérité absolue que le couillon que je suis doit impérativement avaler. Quoi qu’il s’en défende ; c’est une caricature de philosophe aux  avis sans limite.

aux terrains de la vie…

Avec Michel Serres, nous sommes dans un autre monde, et cela nous fait du bien, cela fait du bien à la philosophie aussi. Et dieu sait qu’elle en a bien besoin ! Mais pourquoi donc j’invoque dieu : il n’a rien à voir là-dedans. La raison et la foi n’occupent pas le même terrain. La philo occupe le terrain de la vie, dans la variété de ses composantes, y compris les plus abstraites, et c’est à ces questions que tout bachelier moyen est confronté à la fin de son passage au lycée, comme point d’orgue de sa formation, un point d’orgue parfois un peu douloureux et dissonant.

Michel Serre a le souci constant que ça dissone le moins possible. Pour le prouver je m’appuierai sur un de ses derniers opuscules. « C’était mieux avant ».  Grand-papa ronchon veut faire la leçon à Petite Poucette,  la convaincre que son monde à lui est sans comparaison possible avec les déchéances, les turpitudes, les horreurs du monde d’aujourd’hui que, dans son innocence, Petite Poucette ne voit pas. C’est le discours maintes fois entendu, proféré, répété, en tous lieux et en toutes circonstances, et pas seulement par des pépés et mémés dont on pourrait penser qu’ils parlent de ce qu’ils savent, mais aussi par de jeunes sots qui jouent les perroquets de service.

et aux chances de Petite Poucette…

Ce titre est bien sûr à prendre avec toute l’ironie philosophique dont Michel Serres est capable. Une ironie pleine d’humanité. Il rappelle les guerres, les dictatures, les racismes, les sacrifices imposés à la nature, les maladies, les morts précoces, le manque d’hygiène, le sort réservé aux femmes, les outils désuets qui étaient les nôtres, la dureté du travail paysan, les difficultés de communications… Il ne pousse pas le paradoxe jusqu’à nous faire croire que nous vivrions aujourd’hui des temps de délices, mais il  veut convaincre sa Petite Poucette que quelques-unes des évolutions les plus récentes lui ont grandement facilité la vie, et qu’à l’échelle de notre espèce, à la différence des dinosaures, elle a avec ses semblables quelques chances de s’en sortir.

« Les progrès… produisirent une forte espérance de vie, qui produisit des vieillards, détenteurs de fortunes, non encore héritées. Nombre d’entre d’eux accèdent au pouvoir pour y installer le refus du progrès. En causalité circulaire, le progrès se freine lui-même. »,  écrit-il en conclusion de son ouvrage.

Il nous invite à ouvrir les yeux, à œuvrer lucidement pour le progrès et retrouve un peu la leçon du Candide de Voltaire. Sans doute, l’agité marxisto-chronique que je suis pourrait lui reprocher de ne pas faire la part assez belle aux luttes des femmes, des hommes. Encore que je me souviens avec délectation de son « j’emmerde les riches », lancé avec un sourire très sérieux lors d’une émission de télévision que visiblement il perturbait de son insolence. Michel Serres, respect !

Jean-Marie Philibert.

mercredi 29 mai 2019

et maintenant


Et maintenant

Et maintenant… Les résultats sont connus, qu’ils fassent plaisir ou pas ne change rien à l’affaire. Il est surtout important d’en tirer les leçons qui s’imposent. En particulier en pensant aux échéances prochaines. Il y en a une qui se rapproche à grands pas : les municipales. Et puis les retombées de ces résultats sont aussi à examiner en relation  avec la politique menée par le pouvoir pour la période à venir.

C’est d’autant plus utile que du côté du gouvernement il semble avoir déjà annoncé la couleur : les réformes que personne ne veut…se feront et même en pire ; on continue comme avant et même on accélère. Les miettes jetées dans les réponses aux gilets jaunes semblent être le maximum de ce que ce pouvoir réactionnaire puisse envisager.

Alors l’urgence absolue me semble être dans la constitution d’une union crédible des forces qui ambitionnent de travailler ensemble à une transformation sociale, écologique, politique, pour des progrès conséquents, pour répondre aux difficultés du plus grand nombre, pour élargir, renforcer les droits, pour le pouvoir d’achat de tous et plus particulièrement de ceux qui n’en ont pas ou peu, pour préserver la planète. Les bons résultats des écologistes ont du sens, la jeunesse y est sans doute pour quelque chose. On ne reprendra pas les recettes du passé, il faut faire du neuf, en dépassant des clivages mortifères, en cherchant à être les meilleurs artisans de cette union à construire pour répondre politiquement à la situation d’aujourd’hui.

Du tangible, du concret à gagner dans l’action.

Les menaces des dérives vers l’extrême droite n’auront plus cours à partir du moment où les espoirs du  peuple ne seront plus voués à s’écraser sur les murs « des calculs égoïstes » des possédants d’ici et de partout. Il n’y a pas d‘autres portes de sortie que celle d’une gauche unie.

JMP

mardi 28 mai 2019

Mémé, Cannes et le cinéma


Mémé, Cannes et le cinéma

Il y avait longtemps que je n’avais pas évoqué ma mémé ; elle m’a fait savoir qu’elle n’était pas contente, qu’elle avait encore beaucoup de choses à dire et qu’elle comptait sur moi pour les dire. Non pas pour parler de politique, ce n’était pas sa priorité. Par contre tout ce qui concernait la couture, la mode, la parure  réveillait en elle la couturière émérite et mal payée qu’elle avait été et lui autorisait des jugements admiratifs. En ces temps de festival de Cannes, de montée des marches quotidiennes sous l’œil des caméras, je l’imagine scotchée au « poste », comme elle disait, et répétant à satiété : « Mon dieu, que de la toilette ! Que de la toilette ! Qu’ils sont bien mis ! C’est vraiment très-très beau ! Mais pour aller au travail, c’est difficilement mettable… »

Supercherie

En effet la caissière du supermarché, l’infirmière de l’hôpital, la chauffeuse de bus ne seraient pas très à l’aise en robe longue moulante, le dos dénudé, la poitrine aérée : la tenue officielle de toutes les actrices prétendant à la gloire du tapis rouge de Cannes. Toutes plus belles les unes que les autres, mais toutes différentes, charmantes, surnaturelles. Aux bras d’acteurs, certes plus sobrement vêtus, mais d’un chic absolu, d’une classe prodigieuse, au sourire ensorceleur, à la plastique irréprochable. Ma mémé le sentirait bien, tout cela est trop beau pour être vrai, trop artificiel pour être crédible tout cela sentirait un peu la supercherie, le rêve vendu au populo.

Le cinéma, ce serait donc ça, de l’artifice à l’état pur, très-très loin des vicissitudes du quotidien. Il faut dire que le quotidien nous offre si souvent la médiocrité la plus médiocre qu’il peut sembler utile et nécessaire d’aller chercher ailleurs de quoi rêver. Le cinéma : une image inversée du réel. De la beauté, de l’amour, des destins extraordinaires, des fantasmagories absolues, de la fiction sans limite, bien sûr dans des décors de rêve.

Troubles

Mais il arrive incidemment, plus souvent qu’on ne le pense, que ce monde artificiel produise des images, des histoires, des aventures qui nous troublent par leur vérité, leur sincérité, leur ancrage dans un réel qui est le nôtre (et nous nous y reconnaissons). Le festival de Cannes  m’en offre une démonstration sans faille.

La palme d’or revient au film coréen « Parasite » qui croise les destins de très riches et de très pauvres, ceux qui l’ont vu en relèvent le réalisme, nourri d’incidents dignes des journaux ou des réseaux sociaux. « Les Misérables » de Ladj Ly, qui a eu le prix de la mise en scène est de cette veine-là. Pourquoi les « Misérables »,  parce qu’on est à Montfermeil, que les Thénardier y ont vécu, que Cosette y a souffert, que Ladj Ly y est né de parents venant du Mali. Parce qu’on est dans le 9.3., qu’une bavure policière en 2008 a été la cause de graves débordements. C’est un film « vrai ». De même pour Mati Diop, pour « Atlantique », la franco-sénégalaise nous raconte l’histoire de ces jeunes africains qui prennent la mer pour fuir la misère, elle a obtenu un grand prix. Et c’est tant mieux, pour elle, pour le cinéma, pour son engagement dans le réel.

La douleur et la création

Cet ancrage n’est pas que social, il peut aussi concerner les souffrances d’un créateur et charger les images de la puissance d’un vécu douloureux. Dans ses films Almodovar nous parle souvent de lui. Dans le film « Douleur et Gloire », présenté à Cannes, plus que jamais, il parle de la création impossible, de l’enfance, de la mère. D’une douleur, à l’image de Baudelaire « sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille », qu’il faut impérativement maîtriser, dominer, y compris par les paradis les plus artificiels. Dans le rappel inopiné d’un souvenir d’enfance, il (re)découvre ce qu’il est, renoue avec le pouvoir créateur et peut enfin nous donner la clef du film qu’il est en train de tourner, « en direct live » pourrait-on dire, et qui nous touche par sa vérité.

Social, réel, vérité, vécu… Tu vois, Mémé, le cinéma, ce n’est pas que la toilette. Et c’est tant mieux.

Jean-Marie Philibert






jeudi 23 mai 2019

les pièges d'une réforme des retraites


Les pièges d’une réforme des retraites

Le point de vue de Gérard Gironell, professeur d’économie :

A en croire le Haut-Commissaire à la réforme des retraites Jean Paul Delevoye, il n'y a aucune urgence: "nous n'avons pas le couteau sous la gorge". On se demande alors pourquoi réformer encore une fois ? Aujourd'hui on dépense 316 milliards d'€ pour les retraites, globalement les comptes sont à l’équilibre, et si on ne change rien en 2022 il ne manquerait selon le COR que 5,5 milliards d'€ pour financer les retraites, autant dire rien…

Cynisme…

Les précédentes réformes ont mis à jour tous les leviers, allongé la durée de cotisation et repoussé les bornes d'âge (62 ans pour l'âge de départ à la retraite, et 67 ans pour l'âge maximal), et désindexé les pensions des salaires … quel que soit le scénario de croissance, les dépenses de retraite resteront sous contrôle. C'est tout le cynisme de ce pouvoir qui s'exprime dans cette volonté réformatrice, La population vieillit, l'espérance de vie s'allonge, ça c'est plutôt une bonne nouvelle, pas pour le gouvernement qui veut se servir de la retraite comme variable d'ajustement de sa politique de réduction des dépenses et déficits publics.

Le discours dédramatisateur qui voudrait voir dans le réforme Macron, la mise en œuvre d'un système universel plus juste et qui garantirait les mêmes droits à tous pour chaque € cotisé, n'est qu'argutie dilatoire.

Les points

L'idée part d'une analyse de la situation française actuelle, où coexistent 42 régimes de retraites différents, entre régime général, régimes spéciaux, régimes particuliers de la fonction publique, régies des indépendants. C'est l'idée d'un système plus juste, qui garantisse  les mêmes droits à tous qui est vendue, en contrepartie de ce système "à bout de souffle".

Le principe est donc de remplacer un système de droits définis, où l'on connaît le montant de sa retraite au moment de partir, puisque la pension est calculée sur un salaire référence (les 25 meilleures années dans le privé, au lieu de dix avant, et sur les six derniers mois dans la fonction publique), par un système où le montant de la pension sera calculé sur le nombre de points accumulés, un système plus contributif…

Et voilà le coefficient de conversion…

Chacun cotisera dans sa phase d'activité par l'achat de points, cela  crée l'illusion que chacun cotise pour soi, et que chacun pourra décider de la date de son départ à la retraite, les bornes d'âge en soi n'ont plus de sens, l'âge de 62 ans restera un âge pivot, donc on ne touche pas à un droit, sauf que l'on envisage de mettre en place un système d'incitation au départ différé. Le nombre de points accumulés au moment de la liquidation sera multiplié par un coefficient de conversion qui devrait prendre en compte l'espérance de vie de la génération des retraitables et l’âge de départ à la retraite. Ainsi tout allongement de l’espérance de vie se traduira mécaniquement par une diminution de la pension, et l'obligation de travailler plus.

Que faire…

Nous dirons simplement qu'il faut reprendre, le terrain idéologique que la gauche de transformation sociale a perdu. Démystifier le discours qui donne à croire que le débat est technique et complexe et qu'il n'y a pas d'autre alternative que celle d'accepter la régression sociale, réforme après réforme. Finalement reconquérir ce terrain est à la fois facile et complexe, il faut d'abord se convaincre que tout est politique et que l'enjeu est démocratique, c'est facile et complexe à la fois et nous ne comprenons pas que l'unité nécessaire des forces syndicales sociales et politiques soit si difficile à reconstruire.

 Propos recueillis par JMP