les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

mercredi 6 mars 2013

littéraire ?



De la littérature...
Marcela Iacub… Ce nom ne vous dit rien… Mais oui ! Faites un effort : ces derniers jours vous en avez immanquablement entendu parler. De sa liaison ces derniers mois avec DSK, et du livre qu’elle en a fait ; il porte le titre de « Belle et bête ».  Tout un programme ! Mais dans le livre DSK  n’est jamais nommé, il est l’amant qualifié d’ « être double, mi-homme, mi-cochon », elle y narre par le menu, paraît-il, je n’ai pas eu l’honneur (c’est vraiment une façon de parler) de lire le livre qui n’est pas encore officiellement sorti. Le Nouvel Obs en a fait son scoop, en a publié des extraits… et a accompagné le tout d’une interview  de l’auteure  qui avoue qu’il s’agit bien de DSK dont elle aurait été la victime consentante, amoureuse, mais peut-être pas si innocente que ça puisque prête à faire quelques sous en écrivant un livre qui fait scandale. Pourquoi s’en priver ?
Ramassons.
Les temps sont durs pour tout le monde et l’argent n’a pas d’odeur. Dans l’opération elle ne sera pas la seule à ramasser : le Nouvel Obs a multiplié ses ventes, l’éditeur a augmenté les tirages et même DSK a obtenu des dommages et intérêts de la part du Nouvel Obs pour atteinte à sa vie pas si privée que ça. Tout le monde est content au royaume du pognon sans vergogne. Comme disait ma mémé : «  Tout est bon dans le cochon, on ne regrette jamais de s’en rassasier… ». Et si la morale des journalistes, des éditeurs, des auteurs, si la morale tout court, est un peu bousculée, on pourra mettre en avant que tout cela n’est pas vraiment sérieux, que l’on est plus dans la fiction que dans la réalité, dans la métaphore porcine que dans le documentaire animalier.  La littérature serait la justification ultime.
En pleurer ? En rire ?
Faut-il en rire ? En pleurer ? Je ne sais plus. Je sais cependant que venant de la part d’une certaine presse, de gauche (paraît-il), qui  se répand  en, leçon d’engagement citoyen donnée à son lectorat, la démarche peut avoir de quoi surprendre ceux-là qui la prennent au sérieux. Mais la parade est toute trouvée : ce n’est pas du racolage, du voyeurisme, ce n’est pas le plaisir malsain qu’il y a à se barbouiller de toute la boue des caniveaux du monde ; c’est de la littérature, voyons. Nous serions face à une oeuvre littéraire de tout premier ordre dans la lignée des autofictions qui occupent actuellement les tables des libraires. Christine Angot s’en étrangle. Baudelaire dans sa tombe s’est-il retourné ? Aragon, l'auteur du "Mentir Vrai" se gondole de rire. Il paraît que Dédé la Saumure, un spécialiste, fait parti des rares à reconnaître la valeur littéraire de l’ouvrage. .Mais tous ceux qui connaissent du livre plus que les bonnes pages publiées restent affligés de tant de médiocrité.
La littérature en a vu d’autres : elle sait bien qu’il est à la portée du premier imbécile venu de qualifier de littéraire ce qu’il veut. La littérature est bien placée pour dire que la création se nourrit  d’incertitudes, de recherches, de nouveautés, d’invention en décalage par rapport à la morale dominante. Mais il ne suffit pas de s’asseoir sur la morale et de rechercher le tapage pour faire œuvre littéraire.
L'argent et la morale.
Ici la vulgarité rejoint la platitude dans une opération de communication de bas étage, comme notre époque en est friande. Et en plus, ça pue !  Vous pensez ! C’est tout bénef pour tous ceux qui veulent nous entraîner très loin des sujets qui fâchent. C’est emblématique d’une société en crise dont les dominants ne sont pas mécontents de perturber le système de valeur. C’est une occasion de plus de montrer que l’argent est plus fort que toutes les références morales réunies. Certains rêvent de voir en marche la décadence de notre société avec derrière la tête l’ambition de réduire à néant toute aspiration au changement. Ils trouveront tous les relais possibles, mais ils se casseront peut-être les dents sur des femmes et des hommes qui aiment la vie, le progrès, la justice et la vraie littérature.
Jean-Marie PHILIBERT.

mercredi 27 février 2013

le retour


Il revient…
La droite bruisse de mille rumeurs. Après le KO debout de la présidentielle, après l’affrontement des deux sous-chefs et des deux faux frères, heureusement qu’il y a eu « le mariage pour tous » pour se refaire un semblant d’unité sur le dos d’une homophobie congénitale. Mais l’incertitude demeure, l’inquiétude est palpable, le vide de ses initiatives est sidéral. Heureusement que la politique d’austérité du capitaine de pédalo lui permet de dire que ce n’était pas pire avant. Mais les fastes du bling-bling, les folles aventures du Fouquet’s, les tripatouillages avec la mère Bettencourt ne sont plus d’actualité. La droite souffre donc et s’interroge : ah ! s’IL revenait. Vite  ! Vite ! Vite ! 2017 !
Ces derniers temps les troupes de droite se sont organisées pour faire monter la pression et chercher à construire les conditions d’un retour gagnant.
Et revoilà à la manœuvre des visages connus, et déjà presque oubliés,  Hortefouille, Juppé, la mère Morano, Copé, Guéant. Même François Fillon  qui en a plus que bavé avec lui fait semblant de le regretter.
Nous sommes en mesure de révéler le plan d’ensemble élaboré chez ces grands stratèges.

Première étape de la reconquête : se faire désirer,  jouer à celui qui n’en a plus rien à cirer d’être président, donner le sentiment que faire des conférences très lucratives aux quatre coins de la planète fait tout votre bonheur, montrer ostensiblement qu’on a vraiment changé de vie et que l’on est heureux et plein de tunes et surtout ne pas se montrer, ne pas parler, ne pas hanter les petites lucarnes. C’est bien connu, l’amour naît de l’absence ! Créer un grand vide, susciter une grande frustration chez vos partisans et de grandes douleurs. Paraît-il que Mach souffre, que Calvet ne va pas bien, que Pujol est en plein délire, que Sanchez-Schmit pleure tous les jours. Alduy, lui, de désespoir sans doute, est parti à la recherche d’une nouvelle casquette. L’UMP locale est tellement triste qu’ils n’ont même plus l’énergie de s’engueuler.

Deuxième étape pratiquement concomitante de la première: s’organiser, répartir ses troupes aux endroits stratégiques, mettre des hommes de confiance aux postes clefs, leur promettre tout et n’importe quoi et leur laisser le moins d’oxygène possible pour ne pas  leur permettre de prendre trop de place et de s’émanciper. Si d’aventure ils essayaient de vous faire de l’ombre, leur couper immédiatement  l’herbe sous les pieds , leur savonner la planche et les amener à se déchirer, pour apparaître comme le seul recours possible, le sauveur prêt à se sacrifier une nouvelle fois. On a déjà une petite idée de ce que ça peut donner avec la guéguerre Copé-Fillon.

Troisième étape : (elle a déjà commencé), travailler à la réhabilitation de votre héritage. Cette tâche ne vous incombe pas personnellement. Vous ne seriez pas crédible.  Faites intervenir vos fidèles serviteurs et tous les journalistes bien pensants qui sont légion à adorer cette tambouille. Vous êtes parti avec des casseroles aux fesses grosses comme des lessiveuses, mais le temps peut les faire disparaître surtout si l’on trouve  dans votre entourage  des incapables qui vous ont mal conseillé. Bien sûr il faudra rappeler que vous avez, à de multiples reprises, sauvé le monde, qu’avec vous la Merkel était moins dure qu’avec Hollande, et surtout, surtout, que c’était moins pire que maintenant.

Quatrième étape donc : utiliser au max la politique menée par le gouvernement actuel.  J’ose à peine écrire que le Hollande de début 2013 est votre meilleur allié. J’ose et  je l’écris parce que je pense malheureusement que c’est vrai. Comme vous il n’a d’yeux que pour les patrons, comme vous il adore l’austérité surtout pour les autres, comme vous il est impuissant devant les contraintes des marchés. Comme vous il pratique avant tout la vaselino-thérapie.  Comme vous il oublie que des millions de Français souffrent et aspirent à de vrais changements.  En cherchant à apparaître plus réaliste, plus pragmatique, plus efficace, plus volontaire que lui, vous pourrez sans doute donner l’image de celui qui peut une nouvelle fois tout changer sans rien changer : cela s’appelle l’alternance et fait depuis quelques lustres notre malheur. 

Tout cela ne me fait pas trop sourire. A quand une petite perturbation ?  Un trouble sérieux ? Un bouleversement  sans compromis ? Un renversement intempestif ? Un grand « cop d’escoumbre » ?
Il faut pousser, pousser, pousser, camarades.
Jean-Marie PHILIBERT.

jeudi 21 février 2013

non habemus papam...


Non habemus papam, sed hominem habemus.

J’ai dû réactiver mes connaissances latines fort anciennes pour trouver à mon billet d’humeur un  titre à la hauteur de l’événement. « Habemus papam » c’est le cri de liesse des catholiques qui voit la fumée blanche s’échapper de la chapelle Sixtine et qui annonce aux chrétiens la bonne nouvelle, « Nous avons un pape ». Cela signifie que les cardinaux en ont fini de s’écharper, dans la clôture de leur conclave, pour décrocher la timbale. Ils ont désigné celui qui sera le chef de leur église, celui qui, comme Dieu, sera infaillible, celui qui  succèdera à Saint Pierre, celui qui a priori va voir grandes ouvertes toutes les portes  de la sainteté et du paradis. Puisque, quand il arrivera devant Saint-Pierre justement, il sera en pays de connaissances et pourra discuter d’égal à égal avec le compagnon de Jésus. C’est un petit avantage sur le commun des mortels. C’est dire que sur terre déjà le pape participe de la divinité, il la représente, il l’incarne, il en est pour nous pauvres Terriens l’image à la fois magique et vivante. Il lui faut un cadre à la hauteur pour cela, la basilique Saint Pierre, les ors du Vatican. Il lui faut une cour : tous les mitrés qui l’entourent avec sollicitude. Il lui faut des adorateurs, tous les pèlerins qui viennent devant la basilique tout au long de l’année recevoir la bénédiction de sa sainteté. Sa sainteté !
Ras la mitre.
Eh bien Benoît XII, la sainteté, il a l’air d’en avoir ras la mitre,  puisqu’il vient d’annoncer  au monde entier une nouvelle exceptionnelle : il démissionne. Le dernier pape à démissionner l’avait fait au 15° siècle. Nous vivons donc un événement plus que rare.
Un événement où la réalité rejoint la fiction.
Rappelez-vous le dernier film de Nanni Moretti intitulé justement « Habemus papam », il nous raconte le destin d’un cardinal qui lors d’un  conclave chargé de désigner un nouveau pape  et dont il est un membre relativement obscur se trouve à la surprise générale élu par ses pairs qui manifestement ne veulent pas de la patate chaude du pontificat pour continuer dans les coulisses du pouvoir à tirer toutes les ficelles.  Et c’est là que Michel Piccoli qui joue le rôle du malheureux élu,  dans un moment de lucidité et de révolte, prend la fuite dans les rues de Rome pour goûter à une liberté  dont il sent qu’elle va lui échapper. Il veut rester un homme parmi les autres.  Quand on sait  les ambitions réelles,  les intrigues avérées, les enjeux de pouvoirs, la grandeur de la fonction censée représenter le couronnement  ( dans tous les sens du terme) de toute une vie, on se dit que ce ne peut être là que de la fiction. Quand on décroche le gros lot, on le prend sans tergiverser.
De la fiction au réel.
Eh bien avec la démission de Benoît XII la réalité rejoint la fiction : le pape redevient homme, « Hominem habemus ! ». Nous avons un homme !
Comme le plus simple titulaire d’un CDD ou d’un CDI qui considère que le boulot qu’on lui impose ne lui va plus, il rend son tablier, il rentre à la maison, il laisse tous ses ennuis aux petits copains. Et il met ainsi un terme symbolique à une forme de théocratie de moins en moins répandue, mais cependant vivace dans certains esprits pour qui les pouvoirs naturels et surnaturels participent d’un même mystère, bien au-delà de l’humanité souffrante et trébuchante.
En démissionnant, ce pape qui m’apparaissait profondément antipathique rejoint pour moi le camp de cette humanité et se pare d’une aura dont le sens pourrait ouvrir la voie à une véritable aggiornamento de l’église catholique si …. si…. si….. les traditions accumulées,les conservatismes incrustés, les scléroses séculaires  étaient en mesure de laisser passer un peu d’air frais et humain. Ce dont je doute fortement.  Compte tenu de ce que je sais de l’institution.
Cela ne préjuge en rien  du respect  que j’ai pour ceux  que leur foi  inscrit dans les valeurs des religions chrétiennes qui peuvent être empreintes d’humanité. L’exemple du pape le prouverait si nécessaire, lui qui n’hésite pas à quitter la sainteté pour l’humanité.
Jean-Marie PHILIBERT.

mardi 19 février 2013

lettre à Manuel Valls


Lettre à Monsieur Manuel Valls…..



Cher Camarade et cher Ministre ou cher Camarade-Ministre ( Comme tu veux)

Je te demande de bien vouloir excuser ma prétention de parler en même temps au camarade et au ministre et même de placer le camarade avant le ministre. Par instinct je préfère les camarades aux ministres ; quand les camarades deviennent ministres ils ont tendance à oublier ce qu’ils ont été, je pense qu’il est utile de le leur rappeler. Voilà pour les préambules

Tu ne connais pas bien ton ministère.
Mon camarade donc, le ministre que tu es  aussi a fait une belle boulette, la semaine dernière, une  boulette qui montrait au vu et au su  de tout le monde que tu ne connaissais pas bien ton ministère, que tu ne savais pas ce qu’il s’y faisait depuis des dizaines d’années. Une boulette qui si elle avait un peu de jugeote aurait pou te valoir une déculottée de la part de l’opposition. (j’ai comme le sentiment qu’elle te  ménage un peu ) . Une boulette qui a dû bien faire rire dans les services, en particulier dans les services  de renseignements.
Tu leur as demandé à grands renforts de relais médiatiques ( ils s’y sont tous mis, journaux, radio, télé, sont-ils aux ordres pour relayer sans sourciller tes boulettes ), tu leur as demandé de « faire une analyse fine … des mouvements sociaux… » Parce que  tu as peur d’une implosion ou d’une explosion .
Mais qu’ont-ils fait pendant des lustres et des lustres, que font-ils chaque jour, que  regarder les manifestants qui passent, les compter ( mal), écouter aux portes et ailleurs et rapporter aux ministres et aux préfets le moindre petit soubresaut  dans les entreprises, les syndicats, les associations. Tout ce qui bouge les intéresse. Ils ne le font pas toujours avec la discrétion souhaitable, il leur arrive d’être lourds et ridicules.
Le ridicule et la provocation.
Parce que tu veux que je te dise , les salariés, les chômeurs actuels ou futurs, les syndicalistes, les précaires, les jeunes et les vieux qui manifestent, ça les gonfle un peu d’être pris pour des excités incontrôlables ou des délinquants quand ils défendent leur gagne pain. Le type d’annonce que tu fais ajoute au ridicule la provocation… et elle sera d’une inutilité absolue le jour où le peuple le voudra et tu n’y pourras rien.
Je sais que tu n’es pas complètement stupide, tu as compris qu’il y a comme un malaise dans la société. Tu l’as dit toi-même : «  La colère sociale avec les conséquences de la crise économique et financière, la précarité, le chômage, les plans de licenciements, elle est là, elle gronde depuis des années ».
Tu  ne dis pas que des bêtises, mais tu n’a pas compris que la colère sociale n’a pas besoin de garde chiourmes, que tous les soporifiques du monde ( fussent-ils socialistes n’y pourront rien), que tous les faux fuyants, les leurres sociétaux lancés dans le paysage ne changeront rien au sentiment de gâchis, d’impuissance et de révolte lisible chaque jour dans le corps social. Pas besoin de SDIG, de RG,  de policiers super compétents, de services super équipés, de patins et de coufins pour savoir que l’étincelle n’est pas loin … qui risque de faire boum.

Camarade, sors du ministère, écoute la rumeur du peuple qui monte… et arrête de dire des bêtises.

Jean-Marie PHILIBERT.         a

samedi 26 janvier 2013

ESPRIT ES TU LA ?



Esprit, es-tu là ?
Là où souffle la tramontane, l’esprit ne souffle pas nécessairement. C’est mon cas ce matin. J’ai mon billet d’humeur à écrire et le souffle de mon esprit est au point mort. J’ai bien quelques petites idées à mettre en avant.
Par exemple les déclarations des élus PS de la Côte Vermeille qui ne pouvaient pas laisser passer la caravane des manifestants du 19 Janvier sans apporter bien sûr leur soutien, mais en omettant de dire que le budget 2013 que leur parti a voté ne fera qu’enfoncer la Côte Vermeille un peu plus dans la crise et l’austérité. Et Pierrot Aylagas, le député-maire d’Argeles, il l’a voté ce budget. Alors il y aurait deux vérités : une à Argeles et l’autre à Paris.
L’art ( ?) de la citation.
Dans la série «  les billets d’humeur auxquels vous avez échappé », il pourrait y avoir le chapelet de vœux pieux (bien sûr, c’est un chapelet) alignés par un grand nombre de maires à l’occasion des cérémonies de la nouvelle année ; ils ont souvent à leur disposition un dictionnaire des citations où ils puisent sans retenue. Le champion toute catégorie, Pujol, le maire de Perpignan. « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts » d’Isaac Newton a fait un tabac, cette année et pas seulement à Perpignan. Et en plus, à Pujol, elle lui va très bien puisqu’il a centré toute son activité municipale sur la construction d’une passerelle piétonnière sur la Têt.  Pendant toute ma carrière d’enseignant, j’ai tenté d’apprendre à mes lycéens qu’il fallait être prudent et modeste dans l’usage de la citation, qu’il valait mieux donner le sentiment que l’on pensait par soi-même plutôt qu’à travers les phrases ronflantes piquées à droite et à gauche. Mais au moment d’écrire leurs discours les maires devaient être comme moi ce matin : le souffle de l’esprit absent !
 Alors on emprunte, on papillonne !
Le train du monde.
Mais le train du monde suit son cours qui n’est pas réjouissant, les difficultés sociales  nous assaillent sans perspective d’issue autre qu’une bataille de tous les instants pour refuser de se laisser enfermer dans le « no future ». Et le déferlement intégriste ajoute son lot de  violences, de folies meurtrières,  dont il n’est pas impossible de penser qu’un peu moins de pauvreté, un peu plus de justice et de démocratie auraient pu briser l’élan moyenâgeux. Mais les grandes puissances, comme on dit, ont-elles eu un jour cette ambition ? Regardez la sollicitude dont bénéficient des monarchies et des régimes d’un autre âge qui font peu de cas de la dignité humaine, mais qui grouillent de pétrodollars. Alors une petite guerre en Afrique peut avoir son utilité… Le train du monde, je vous dis !
Et le Nouveau Roman.
On peut ne pas avoir envie de le prendre pour se réfugier ailleurs. Dans « Nouveau Roman », le spectacle de Christophe Honoré présenté au théâtre de l’Archipel (il nous coûte suffisamment cher ce théâtre, autant en profiter surtout quand le spectacle est de qualité). C’est l’histoire de ce genre littéraire à part que raconte ce spectacle : un genre qui se veut hors des conventions, dans la seule nécessité d’une écriture inventive pour dire sa vérité du monde et des hommes. Une vérité au moins aussi vraie que beaucoup des discours entendus. Une vérité que l’on aurait pu croire démodée, mais qui avait gardé toute sa verdeur. Même s’ils ont aujourd’hui tous disparu, les Samuel Beckett,  Nathalie Sarraute, Claude Simon, Alain Robbe-Grillet … qui revivent sur scène ont encore des choses à nous dire sur les interrogations qui fondent notre humanité, sur le monde qui semble nous emporter, sur la liberté de penser, de créer, sur le souffle de l’esprit qui peut parfois nous animer. Les lycéens nombreux dans la salle, après une écoute très attentive du spectacle ont applaudi sans retenue : sans doute ont-ils été sensibles à un tel souffle de l’esprit, vrai, mais qui ne se prend pas au sérieux.
Ca y est, vous voyez, j’en ai aussi retrouvé un peu de ce souffle de l’esprit et il me permet de terminer ce billet d’humeur qui part dans tous les sens,  qui n’a ni queue, ni tête et qui mélange tout. Comme la vie et le nouveau roman! Merci, la littérature !
Jean-Marie Philibert.

samedi 19 janvier 2013

le lutte des classes



Les mauvaises pensées.
Tant d’efforts pour rien !
Tous ces penseurs convoqués pour annoncer la bonne nouvelle : Marx est mort ! Toutes ces campagnes médiatiques pour nous convaincre que les patrons sont devenus des entrepreneurs humanistes, que les banquiers sont les bienfaiteurs de l’humanité, que tous les ouvriers dorénavant seront chinois ou ne seront pas, n’auraient donc rien donné. Toutes les tentatives pour ringardiser les luttes sociales auraient donc échoué. Tous ces élus socialistes auraient été définitivement transformés en chantres de la concurrence libre et non faussée et en apôtres de l’austérité et l’électeur moyen ne serait pas convaincu. Damnation ! Abomination ! Belzebuth est de retour ! Et avec lui les mauvaises pensées.
L’impensable
Depuis des décennies, on utilise toutes les ressources du vocabulaire pour faire disparaître du terrain social ce qui pourrait faire désordre. Dieu sait et Marx aussi  que la classe ouvrière, ça fait désordre dans le paysage : ça ne porte pas les beaux costumes des beaux quartiers, ça n’a pas les bonnes manières de la duchesse de machin-truc, ça vit dans des immeubles où règne l’insécurité, et surtout, surtout ça manifeste trop-trop souvent, ça revendique, et du boulot et des augmentations et des droits, et même de la justice, de la justice vous pensez ? Mais voyons, c’est impensable. Il faut que ça cesse, il faut que le capital puisse répandre ses bienfaits sur tous. C’est cela l’égalité voyons et ça n’a rien à voir avec le nivellement par le bas qu’ont pu imaginer tous ces révolutionnaires marxistes… Beurk ! Rien que ces mots nous donnent de l’urticaire à nous les thuriféraires de la nouvelle société.
Une réalité.
Eh bien, ma bonne dame, mon bon monsieur, on s’est fatigué pour rien. Il y a une expression sur laquelle tous les efforts avaient été concentrés, qui avait été bannie du paysage, (dans les rédactions des journaux bien pensants son utilisation vous valait un licenciement immédiat et sans indemnisation), c’est … horreur … j’ose à peine l’écrire de peur que cela souille mon ordinateur dernier cri… c’est « lutte des classes ». Eh bien la lutte des classes n’est pas morte : c’est l’huma de mercredi qui nous l’apprend en rendant compte d’un sondage d’opinion réalisé à la demande du quotidien. Et  même que nos concitoyens auraient le sentiment largement majoritaire (56% chez les artisans et commerçants, 59% chez les professions libérales et cadres supérieurs, 57 % chez les employés et professions intermédiaire, 53 % chez les ouvriers et même, pensez donc, chez les inactifs 57 %) d’appartenir à une classe sociale. Et le pire c’est la suite, et là les chiffres sont encore plus éloquents : 62 % des inactifs, 63 % des ouvriers, 68 % des employés et professions intermédiaires, 60 % des professions libérales et cadres supérieurs, 59 % des artisans et commerçants pensent, ouvrez bien vos grandes oreilles, qu’en France, à l’heure actuelle, la lutte des classes est une réalité. U-N-E   R-E-A-L-I-T-E !!!!!!
Imaginez toutes les révisions déchirantes que cela va entraîner.
Je vais vous révéler un secret, à la rédaction du T.C., nous avions fait notre petit sondage depuis longtemps et nous savions que la machine à décerveler n’avait pas bien fonctionné. C’est la raison qui nous incitait chaque fois qu’il y avait un coup de mou sur le terrain social à prescrire un petit coup de lutte des classes. Mais je pense que là les perspectives s’ouvrent et qu’il ne faudra plus se contenter de petits coups par ci par là, mais d’un grand « cop d’escombre » pour redonner du goût à la vie. C’est ce que je nous souhaite pour 2013 !
Jean-Marie PHILIBERT.

mercredi 9 janvier 2013

parenthèses



(Parenthèses)
La ponctuation a des ressources insoupçonnées et du sens, ainsi des parenthèses et des guillemets. Ce sont dans notre langue les deux seuls signes de ponctuation qui sont à double détente : ils s’ouvrent et se ferment. Dans le cas des guillemets, c’est normal, on ne peut pas parler sans fin, tout discours même le plus long et le plus pénible a un début et une fin qui peut être parfois perçue comme libératrice. Dans le cas des parenthèses, la logique n’est plus la même. Il y a  un changement de registre, de perspective, de regard, un moment de respiration, une remarque de moindre importance, un complément d’information,  quelque chose qui n’est pas tout à fait dans la norme attendue que l’on  tente d’inclure dans le discours sans y mettre fin.
Respirer enfin !
C’est un peu la même chose dans la vie, après des mois de travail ou de chômage, après des périodes tristounettes, après la monotonie du quotidien, dont on sait qu’ils vont continuer, on s’accorde comme une parenthèse pour respirer, pour penser à autre chose. Le temps social est scandé par ces périodes et la période de Noël en fait partie pour les croyants, comme pour les incroyants. Le goût de la fête et des plaisirs a le pouvoir de dépasser l’esprit de chapelle est c’est tant mieux. Mais les parenthèses se referment toujours et il faut revenir aux choses sérieuses.  C’est fini. N.I.N.I. On reprend le boulot, les emmerdes, le pôle-emploi, l’école, le train-train du quotidien, avec les poches un peu vides, ou complètement vidées. Les parenthèses n’arrêtent pas le temps.
On peut garder un œil sceptique devant ces périodes de festivités normalisées, rituelles et consensuelles ( ?): elles existent, elles nourrissent l’imaginaire des enfants, elles rassemblent. Elles sont utiles, dans un monde qui oppose, qui divise, qui rend les plus fragiles tous les jours un peu plus fragiles, qui ne sait plus quoi inventer pour nous rogner chaque jour un peu plus les ailes, dans une société qui trouve tous les prétextes possibles pour remettre en cause les avancées sociales chèrement conquises et qui parfois nous  promet des reculades  pires encore. La parenthèse en se fermant nous confronte au monde tel qu’il est et à ses acteurs pas toujours drôles.
Sourire.
Encore que l’observation attentive des faits et gestes, pendant cette parenthèse, de notre président normal et de son gouvernement moumou puisse inciter à sourire quelque peu. Il fallait montrer que l’on reste au turbin, que le pédalo continue à être piloté de main ferme au milieu de la tempête, alors à l’Elysée on a fait dans la sobriété, on n’est pas parti pour des vacances somptuaires sur des yachts de luxe appartenant à de riches copains. Le premier ministre s’est autorisé une escapade dans les Pyrénées catalanes, en toute discrétion, et même le peloton de gendarmerie qui l’accompagnait avait la consigne de rester discret et de laisser l’uniforme au vestiaire pour avoir l’air d’un vacancier moyen. Comme s’ils sacrifiaient leurs parenthèses.  Comédie du pouvoir pour les uns et aggravation continue de la situation pour les autres : n’y a-t-il pas d’autres perspectives à proposer ?
Par exemple, tenir les promesses faites ; par exemple ne pas laisser les salariés désarmés devant les décisions des patrons ; par exemple renforcer le droit du travail ; par exemple investir dans les services publics de façon à les rendre mieux à même de remplir leurs missions de formation, de santé, de protection…  Par exemple en finir avec la misère qui gangrène nos villes et nos banlieues. Par exemple donner un toit à tous ceux qui n’en ont pas !
Ouvrons une parenthèse sur le toit : le maire de Perpignan vient de décider de chasser de l’école Jeanne Hachette les familles de sans papiers qui l’occupent, la lutte se poursuit et s’organise. Fermez la parenthèse. Plus de toit !
C’est un signe de plus que pour ouvrir de nouvelles parenthèses de progrès, pour construire un avenir qui ressemble à l’avenir et pas à un champ de ruines, nous ne pouvons compter que sur notre maîtrise de la ponctuation et sur notre volonté indéfectible de nous battre pour un monde meilleur. Ouvrons grand les parenthèses !
Jean-Marie PHILIBERT.