les billets d'humeur de Jean Marie Philibert dans le Travailleur Catalan

Jean Marie PHILIBERT ( c'est moi ) écrit toutes les semaines un billet d'humeur dans le TRAVAILLEUR CATALAN, hebdomadaire de la fédération catalane du PCF.
Je ne peux que vous conseiller de vous abonner à ce journal qui est aujourd'hui le seul organe de presse de gauche du département des Pyrénées Orientales.
J'ai rassemblé dans ce blog quelques uns de ces billets d'humeur en rappelant brièvement les événements qu'ils évoquent

mardi 29 mars 2016

guerre ou pas




La guerre ou pas

La guerre ou pas la guerre… Le premier ministre le martèle : nous sommes en guerre.

Qui ? Nous ? Qui nous ? La France ? L’Europe ? L’Otan ? Le monde occidental ? La civilisation judéo-chrétienne ? Les démocraties ? L’ONU ? Les pays riches ? Les blancs ? Les gentils ?

Et contre qui ? Des méchants bien sûr, mais lesquels, il y en a tant et tant ? Des qui ne sont pas comme nous, bien sûr, mais lesquels ? L’ennemi est insaisissable et pourtant, information prise, parfois il vient de chez nous, après un passage par un ailleurs. Il tient des discours dont la cohérence nous échappe et se prétend l’envoyé d’un dieu qu’il a tellement envie de rejoindre qu’il n’hésite pas à se faire allègrement sauter le caisson, un caisson si plein de produits détonants qu’il répand autour de lui, de façon aveugle et totalement barbare la mort violente sur des innocents qui n ‘en peuvent mais. De simples gens qui boivent au café, qui écoutent de la musique, qui prennent le métro, l’avion, qui passent, qui vivent. Nous ! Folie ordinaire de ce début de millénaire…

La panade

Guerre ou pas ? Ce qui peut nous troubler, c’est qu’elle ne ressemble en rien aux guerres habituelles, connues, identifiées, répertoriées, que le front est partout et nulle part, qu’il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu, mais des morts, des blessés, des meurtris qui ne comprendront pas pourquoi ils l’ont été. Des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, des instruits et des moins instruits qui ne comprendront sans doute jamais pourquoi un tel ciel leur tombe sur la tête à eux qui avaient commencé à prendre leurs distances avec tous les ciels du monde. Faut-il rester ainsi dans la panade et accepter les raccourcis saisissants : c’est la guerre ?

Tentons

Je n’ai aucune envie d’ajouter aux désespoirs qu’ont pu être les assassinats de Paris, ceux de Bruxelles, la désespérance d’une raison qui renoncerait  à tenter (je dis bien tenter) de comprendre un peu (je dis bien un peu) de ce qui nous arrive.

Les désordres du monde n’y sont sans doute pas étrangers, et ils sont légion, désordres économiques, sociaux, financiers, idéologiques : le Proche Orient en a une réserve impressionnante inextricable et les incursions que les occidentaux, avec toutes sortes de casquettes,  ont faites dans le secteur a rendu la situation encore plus opaque et explosive. Il n’empêche que l’argent y est toujours aussi inéquitablement réparti, l’arbitraire triomphant, l’oppression insupportable, et la souffrance sociale, politique de plus en plus prégnante. Elle peut engendrer tous les comportements vengeurs. Les exploités le sont autant qu’ailleurs, avec la terreur en prime et l’absolu impératif de se soumettre aux artifices (dans tous les sens du mot) d’un surnaturel plombé. La démocratie y reste totalement inconnue .La poudrière a été bien conçue et  depuis quelques temps elle tente d’expatrier sa guerre « sainte ».

Satan

A la recherche d’un satan, blanc, riche, prétentieux et méprisant dont le châtiment sera la voie du salut pour ces allumés d’un autre âge. A Paris, à Bruxelles nous sommes ces satans-là, c’est pour cela qu’il tire dans le tas. Sans distinction entre les puissants et les autres. Sans même s’apercevoir qu’ils tuent des gens qui sont comme eux. Avec le secret espoir de nous enfoncer un peu plus encore dans des difficultés sociales où le social-libéralisme nous enlise et de creuser la division dans un monde occidental entre des hommes et des femmes qui n’ont d’autre salut que de refonder la citoyenneté : ils ont beaucoup de mal à le faire, souvent, sans travail, en précarité, pauvres, sans perspectives. Les événements que nous vivons ne sont pas à isoler des conditions sociales qui sont les nôtres : le vivier de nos découragements est là aussi. Et vouloir en rajouter, comme le fait Valls, avec la destruction du code du travail, est criminel. Il a besoin de subterfuge.

Avec le leitmotiv « guerre… guerre…guerre », le gouvernement me donne le sentiment qu’il cherche plus à nous enfumer, qu’à nous éclairer, qu’il cherche à reconstruire une crédibilité perdue, qu’il a complètement oublié qu’il n’y a pas de sécurité sans démocratie, qu’il n’y a pas de démocratie sans justice sociale. Il est beaucoup plus facile de s’enferrer dans l’urgence, dans la peur. La peur devrait nous rendre dociles.

Ce n’est pas dit que ça marche…

Le plus souvent les réactions populaires sont faites de beaucoup plus de lucidité et de solidarité.

Jean-Marie Philibert.

lundi 21 mars 2016

le creuset


Dans le creuset



Les anniversaires sont des occasions intéressantes de retour sur soi, d’auto-évaluation du travail accompli et de réflexion lucide sur la voie choisie. Pour un journal, c’est l’occasion de réexaminer ce qu’il a fait de la matière première que la réalité lui a fournie pour en produire de l’information utile. Les choix opérés, la place accordée, les références  mises en avant, la mise en relation des faits renvoient aussi aux choix idéologiques, politiques d’une rédaction.

Et la presse d’opinion

Et ultime vecteur,  mais certainement pas le moindre,  le poids sur tout cela de celui qui a le pouvoir, c’est-à-dire, dans notre monde à nous, le pognon, et qui tient les manettes, ou les fait tenir par des hommes « de confiance ». La presse participe à la fois de l’activité économique et politique, elle joue nécessairement un rôle de service public dans une démocratie, mais reste une entreprise commerciale, avec les mêmes obligations que toute entreprise commerciale. Ces contraintes-là sont lourdes, d’autant que les capitaux qui s’y sont investis sont dépendants des grands groupes capitalistes et de tous ceux qui leur sont inféodés. Conséquences : uniformisation, disparition de nombreux titres et mise sous le boisseau d’une presse d’opinion qui prétend préserver son indépendance et sa liberté de penser, qui refuse de s’en tenir à la surface des choses pour interroger un réel qui, par nature, échappe par sa complexité, sa nouveauté.

Pour un autre son de cloche

Au moment où au TC nous fêtons un quatre-vingtième anniversaire, nous pouvons légitimement nous dire satisfaits, modestement satisfaits, mais satisfaits d’avoir préservé un titre qui est en prise directe avec le monde du travail de ce département, avec ses luttes, avec l’ambition de défendre sa personnalité, sa culture, son histoire. Autour de nous, « nous en avons tant vu qui s’en allèrent », comme dit le poète : un seul quotidien perdure qui est maintenant entré dans le giron des concurrents d’hier. Adieu le pluralisme : de Toulouse, à Montpellier, en passant par Perpignan et Carcassonne, le même son de cloche (non !non ! ce n’est pas une pique, mais une métaphore).





Une comptine ?

Et pas n’importe lequel ! La preuve dans l’Indépendant de ce jour, où sous le tire « Snap chahut », l’éditorialiste Thierry Bouldoire traite des manifestations étudiantes et lycéennes du 17 mars, Le titre, comme l’incipit de l’article donne le ton : « Non, François t’es pas foutu. Les étudiants et lycéens ne sont pas tous dans la rue… Les conseillers du président lui ont peut-être murmuré cette comptine hier au soir… »… Et de poursuivre en évoquant le relatif échec de l’initiative, son caractère désordonné, son inadaptation à la génération Facebook et Snapchat. La conclusion est évidente : c’est une invitation faite au gouvernement à poursuivre sa réforme et la « délicate opération de déminage ».  Et comme les faits sont quand même têtus dans le même quotidien, en une, en page 3  et en page 20, de longs articles, accompagnés de photos pour montrer les manifestations, puissantes, déterminées… et ordonnées comme toute manifestation. Vous trouverez dans ce numéro du TC des photos de cette initiative qui pour nous tient plus d’un printemps annonciateur d’une embellie pour le mouvement social que d’un chahut inutile …. Et nous, nous prenons parti ! Nous les soutenons !

Nous touchons du doigt, là, l’utilité, la nécessité du TC et de son combat permanent pour accroître son audience. L’information sociale est le plus souvent passée à la trappe, les combats pour la justice, les droits, les libertés sont rarement évoqués. Cela ne fait pas vendre, comme les faits divers peu ragoûtants.

Et pourtant, c’est dans le creuset des luttes d’ici et d’ailleurs que se construit un futur acceptable pour le plus grand nombre. Ce creuset est notre espace vital et il est heureux qu’en ce mois de mars 2016 la jeunesse de notre pays y côtoie un fringant octogénaire.

Cerise sur le gâteau : dans ce creuset, ça continue à chauffer.

Jean-Marie Philibert.

lundi 14 mars 2016

le cop d'escoumbre


Evitez de croire ce qu’ils vous racontent

 Hier, le 11 mars,  à l’écoute du Soir 3  de FR3, je n’ai pas pu m’empêcher d’envoyer à la rédaction de ce journal-feuille-de-propagande un mail d’engueulade : en effet dans le cadre du traitement du projet de réforme du code du travail, la rédaction rendait compte de l’entrevue entre le premier ministre et une délégation de l’Unef qui s’était plutôt mal passée : le syndicat étudiant renvoyait le gouvernement dans les cordes de ses turpitudes. Des propos clairs, nets et sans bavure, difficilement manipulables. Comment faire donc pour manipuler, ne serait-ce qu’un petit peu ? Ces gens de la petite lucarne ont des ressources inépuisables : ils sont allés chercher des jeunes, bien sûr, mais tout ce qu’il y a de plus BCBG, vu qu’ils sont, dit-on, jeunes chefs d’entreprise pour leur faire dire tout le bien qu’il faut penser du projet de loi Khomry : « Le vieux code du travail est archaïsme absolu et il faut, quand on est jeune, vivre avec son temps ». Et notre temps, à nous, ne saurait être que celui du retour à l’esclavage pour faire plaisir à Gattaz et à ses acolytes.

Je vous tiendrai informer de la réponse, si réponse il y a.

Une pure fiction

A chaque mouvement social d’ampleur, et à mon âge j’en ai vécu quelques-uns, je suis toujours surpris de l’incapacité de ceux dont, pourtant, c’est le métier, à rendre compte des événements, de leur sens, de leur ampleur, des forces qui y opèrent, de leur inscription dans une histoire en train de se faire. Ils traitent de la chose comme s’il s’agissait d’une pure fiction théâtrale, sans conséquences sociales. Pour eux, de méchants manifestants crient sans retenue et sans nécessairement comprendre ce qu’ils disent face à des robocops, beaux comme des dieux (je rigole) qui seraient les gardiens du temple de l’ordre établi. Pendant ce temps, des énarques sociaux-démocrates-libéraux-républiquinquins, entourés de patrons fortunés font des prières pour que la crise soit de courte durée et qu’ils aient le moins de choses à lâcher possible.

Messieurs de la bien-pensance…

Messieurs de la bienpensance, vous vous fourrez le doigt dans l’œil une fois de plus.  Vous n’avez pas compris que le trop plein de souffrance sociale déborde. Un trop plein est fait pour ça d’ailleurs. Vous n’avez pas senti que la jeunesse n’est pas sans conscience et qu’elle ne supporte plus le no-future que vous lui imposez. Vous avez complétement oublié que la solidarité est un sentiment humain et partagé. Vous avez cru le syndicalisme rouge et  têtu, comme je l’aime, fatigué, sclérosé, dépassé. Vous avez fait les yeux doux aux syndicalistes mous-mous (en français réformistes et endormis) qui ne vous sont pas d’un grand secours.

La crise est grave, les gens sont fatigués, mais déterminés.

Le cop d’escoumbre…

Vous avez confondu l’opinion publique, celle que l’on sonde à longueur d’années, pour être sûr que la vaselino-thérapie quotidienne fonctionne comme il faut et les courants profonds de valeurs qui nous constituent. Elles sont construites par l’histoire, par le peuple, par l’éducation, par les expériences et les luttes. Dans ces valeurs, vous semblez découvrir qu’il y a le droit social. Quel aveuglement !

Et évitez de croire tout ce que la presse écrite, parlée, télévisée vous dit de la situation. Sa complaisance est généralement coupable. La trop grande proximité avec les pouvoirs, l’argent de ses patrons, le conformisme de ses acteurs sont des tares si profondes qu’il y faudrait un bon cop d’escoumbre.

Ecoutez plutôt la rumeur qui monte des profondeurs du peuple…

PS : Une ultime petite preuve que ce qui est écrit dans le journal tient du fantasme pur jus : l’Indépendant du vendredi 11 mars, à propos d’un article sur les 80 ans de notre hebdomadaire me pare du titre  tant convoité de rédacteur en chef du TC. Il se trompe et il ne se rend compte de rien. Morale de l’histoire, continuez à faire confiance, malgré son âge, à votre-notre Travailleur catalan.

Jean-Marie Philibert

lundi 7 mars 2016

sans


SANS

Ce gouvernement s’est fait une spécialité : multiplier les « sans » en tous genres. François Hollande avait inventé les « sans dents » pour désigner les pauvres.  Depuis le début de son mandat, avec tout son gouvernement il a multiplié les « sans travail ». Dans les subventions aux patrons il s’est lâché « sans retenue ». Dans les projets calamiteux, comme la réforme du code du travail, il fonce sans vergogne. Dans le traitement du dossier des migrants, la seule règle qui compte c’est « sans humanité », tant et si bien que les principaux intéressés, les migrants eux-mêmes, en restent « sans voix » au point de se coudre la bouche et de manifester pour dénoncer le démantèlement de la jungle de Calais, la violence qui l’accompagne, la désespérance dans laquelle on tente de les enfermer.

L’oxygène

Ce que les pouvoirs publics ne veulent pas voir, ni entendre,  c’est la formidable volonté chez ces Syriens, ces Irakiens, ces Afghans, ces migrants, de sortir de l’enfer dans lequel la guerre et des conflits qui les dépassent les ont plongés, c’est de retrouver une  vie digne de ce nom, c’est de  remettre en marche ce qui fonde notre humanité à nous tous, migrants, ou pas, l’espoir et le besoin forcené de reconstruire une vie, quand elle est menacée. La vie a besoin d’oxygène, tout simplement.

Les politiques menées ont fait la preuve de leur incapacité à régler un problème, certes difficile, mais qui, à un moment ou à un autre, trouvera sa solution. Autant ne pas tarder ! Les pays européens font la démonstration que si on est d’accord pour tous les grands marchés possibles, si on veut bien que le pognon circule en toute liberté entre les frontières et entre les riches, si on souhaite que les affaires se fassent sans entraves, il n’en va pas de même avec les hommes et les femmes, avec les enfants qui voudraient passer ces frontières et qui ont une marque d’infamie d’un nouveau genre, mais draconienne, imparable : ils sont sans papiers. Ils menacent l’ordre établi, ils ne sont pas comme nous, ils déséquilibrent l’entre-soi, ils représentent toute la misère du monde et on n’a pas les moyens de nourrir toute la misère du monde, voyons !

Les erreurs à ne plus commettre

Nous vivons sur des terres qui, il  y a quelques décennies, ont vécu des situations similaires à la fin de la guerre civile espagnole : les plaies sont sans doute en grande partie cicatrisées, les enfants de la retirada sont devenus nos frères. Mais les traitements subis, les enfermements dans des camps, l’ostracisme, la peur du Rouge,  l’intervention des militaires pour les encadrer (au moment de la guerre civile, l’armée française et le gouvernement étaient aux abonnés absents) devraient nous enseigner les erreurs à ne plus commettre.

Les plus sauvages ?

Les humains ne sont jamais du bétail (ce qui ne signifie pas qu’il faille tout se permettre avec le bétail), il y a un respect de cette humanité à mettre en œuvre en tout temps et en tous lieux, et encore plus quand c’est au nom d’un état que l’on agit. Je crains que de nombreux services de l’état (la police, mais pas seulement) aient encore des progrès à faire en ce domaine. Les images de la destruction de la jungle de Calais peuvent laisser un doute sur qui sont les plus sauvages. Mais rassurez-vous, Cazeneuve éprouve de la compassion !

A qui fera-t-on croire que nos pays riches (ils le sont même si la richesse y est malheureusement très mal répartie) ne sont pas en mesure d’accueillir ceux qui frappent à la porte ? Que cet accueil soit à organiser, qu’il vise à intégrer ceux qui le souhaitent, qu’il signifie un respect mutuel de ce que nous sommes et de ce qu’ils sont, ce sont là des évidences.

Mais continuer à jouer au jeu de la patate chaude que l’on ne cesse de se refiler, même en payant cher, des Anglais au Français, des Français aux Allemands, des Autrichiens, aux Grecs, des Européens aux Turcs, avec la masse de souffrances que cela entraîne est une honte. Heureusement à Calais, comme ailleurs, il y a des militants qui aident les migrants, qui n’ont pas perdu le sens de la solidarité. Eux, ils ne sont pas sans cœur, et ils sont notre honneur.

Jean-Marie Philibert

lundi 29 février 2016

allégories


ALLEGORIES

Ce n’était pas un mariage d’amour, mais depuis des décennies Madame Ladroiteprésentaple avait uni son destin avec Monsieur Lagaucherésonaple et il gérait tant bien que mal (plutôt mal que bien d’ailleurs) leurs familles nombreuses. Parmi leurs innombrables enfants, ils avaient une très nette préférence pour ceux des beaux quartiers, des bons boulots à qui ils réservaient l’essentiel de leurs soins. Pour eux la carotte et pour tous les autres le bâton. Vous imaginez l’ambiance dans la famille : il y avait du bien, mais la grande majorité en était exclue. Madame de droite et Monsieur de gauche se répartissaient les rôles pour faire croire à presque tous qu’ils faisaient leur possible et même leur impossible pour les rendre heureux, mais ils ne trompaient pas grand monde et beaucoup d’enfants se détournaient d’une famille aussi lamentaple.

Injustice à tous les étages

D’autant que les enfants n’étaient pas les seuls à souffrir de traitements discriminatoires. Les papys et mamies subissaient le même sort : c’était injustice à tous les étages. Entre la mamie de droite, Eugénie Dugrandcapital qui avait droit à tous les égards et le papy de gauche Ernest Ducodedutravail qui souffrait de toutes sortes de maltraitances, il y avait la morgue des puissants affrontant la modestie des humbles dans un laisser-faire général. On avait même le sentiment qu’il n’y avait pas que du laisser-aller, de la négligence, de l’incapacité dans ce foutoir universel, mais une volonté délibérée de rompre avec un destin humain pour tous pour remettre en cause  les fondements égalitaires de la société.

Résiste, Papy !

La mamie capitaliste triomphait. Le papy  ducodedutravail fulminait, rouspétait : on le disait gâteux, dépassé, complètement inadapté à un monde qui a besoin de réformes. Beaucoup de ses petits enfants avaient encore beaucoup de tendresse pour lui : « On te laissera pas tomber papy ! Résiste ! » Mais il était âgé, il était malade de toutes les misères qu’on lui avait faites. Il était prêt à se battre pourtant. Pour lui en faire passer l’envie et pour « s’occuper » de lui on n’avait pas trouvé mieux qu’une mégère au nom prédestiné, Conery, ou quelque chose comme ça, qui lui menait une vie d’enfer.

Tous les matins elle lui faisait une séance de flexi-sécurité, pour l’assouplir… En vain. A lui qui rêvait d’une vie organisée et calme elle imposait sans cesse des changements d’horaires sans raison. Le dimanche, elle le faisait travailler deux fois plus que d’habitude. Elle ne lui laissait plus aucun temps de loisir. A-t-on besoin de loisirs quand on est vieux ? Quand il osait parler de ses droits, elle lui disait que le seul qui lui restait était le droit de se taire et qu’il avait intérêt à s’en servir souvent, sinon, même celui-là, on le lui supprimerait. Et elle riait, la garce !

L’heure de la révolte

N’y tenant plus, le papy que l’on disait dépassé, inadapté, un peu couillon,  a décidé, pas seulement pour lui, mais pour tous ses petits enfants, dont il était pratiquement le seul père protecteur qui leur restait, de ne plus  laisser faire, de sonner l’heure de la révolte, d’organiser une riposte à la mesure des misères qu’on lui faisait à lui et à tous les siens. Et de lancer sur internet la pétition du siècle qui s’est couverte de centaines de milliers de signatures, de réunir les syndicats, de les amener à parler d’une voix pour le défendre, de mettre en train des actions unitaires. La droiteprésentaple et la gaucherésonaple étaient sur le cul : le vieux osait leur résister.

Ce soir-là il a twitté, et oui on peut être papy et rester jeune : 

# Belle journée aujourd’hui,  la bien nommée, la Conery, elle est dans les cordes et tous les petits merdeux qui l’entourent avec… Ils se prétendent la gauche et à cause de ça ils se croient tout permis avec la suffisance en prime. Mensonge ! Ils ont oublié qu’une société est faite aussi et surtout de gens qui luttent, qui espèrent, qui tentent de construire un avenir digne à la mesure de leurs exigences humaines. Pour qu’il en soit ainsi, il faut de la justice, des lois, du droit…et du droit du travail entre autres. Ils ne sont pas prêts de m’enterrer #########

Jean-Marie Philibert.

lundi 22 février 2016

l'indèp


L’Indep, la vie comme elle va…

Il y avait longtemps que je ne vous avais pas parlé de ma mémé, mais la demande de mes petits copains du comité de rédaction qui souhaitent que dans mon billet d’humeur je traite de la nouvelle direction de l’Indépendant m’offre une occasion de réveiller des souvenirs pleins de tendresse. En effet l’Indépendant et moi, c’est une très vieille histoire qui a commencé dès l’enfance, dès la maîtrise de la lecture. Ma mémé qui voulait que son petit-fils  connaisse dès le matin un réveil lent, progressif, heureux, mais instructif, m’apportait au lit un bol de lait, convenablement sucré, accompagné de l’Indépendant du jour  qui venait d’être livré et dont une partie de la famille avait déjà pris connaissance. Les yeux encore embrumés de sommeil je me plongeais dans une actualité qui ne correspondait pas nécessairement aux choix familiaux. Je privilégiais le sport,  les photos, les BD ((ah Rip Kirby), les loisirs, les fêtes, la vie locale et le repérage des têtes connues que nous reconnaissions. « Tu as vu, Tartempion, il est dans le journal aujourd’hui », et si ce Tartempion était un proche de la famille, c’était un moment de gloire partagé. L’Indep, c’était un peu notre vie.

Une joyeuse complicité

Rétrospectivement l’ancrage local du quotidien, son ancienneté (le journal a été créé au cours de la seconde république, en plein milieu du 19 ° siècle), sa prétention à être « indépendant » (encore que…), sa dimension d’entreprise locale appartenant à la bonne bourgeoisie du coin, le fait qu’il soit écrit, fabriqué, diffusé, ici et pas ailleurs,  la concurrence des autres titres qu’il avait régulièrement à affronter, le Midi Libre, la Dépêche,  (qui eux n’étaient pas d’ici) peuvent expliquer que le titre a duré, a survécu aux nombreuses crises que la presse a pu connaître.

Une joyeuse complicité pouvait s’établir avec son lectorat : elle était parfois marquée par un certain esprit critique : «  L’Indépendant, quatre page et rien dedans … »

La sève du temps passé

Pour beaucoup de familles, les numéros qui portaient,  dans la rubrique des naissances, l’arrivée du petit dernier, l’annonce de la réussite de l’aîné(e) au bachot, les exploits sportifs du plus costaud de la famille allaient s’empiler dans les archives familiales et jaunir jusqu’au moment où on les exhumerait pour retrouver un peu de la sève du temps passé. L’Indep… la vie…

Mais les temps ont changé et ils nous ont bousculé notre Indép : les signatures auxquelles nous étions habitués ont progressivement disparu, la propension à être systématiquement du côté du manche et des puissants d’ici et d’ailleurs, les alliances financières avec des groupes de presse,  les compressions de personnels, la fabrication du journal déménagée, le journal vendu et sans doute son âme un peu avec.

U-NI-FOR-MI-SER

Certes le titre perdure, mais il perdu un grande partie de son suc. Il est fabriqué chez l’ennemi d’hier, le Midi Libre, à Montpellier, ils appartiennent, en plus,  désormais, l’un et l’autre, à l’autre ennemi d’avant-hier La Dépêche : la famille Baylet s’est enfin taillé un empire de presse à la dimension de la  grande région que constitue aujourd’hui le Languedoc-Roussillon et Midi Pyrénées et qui semble chère à son cœur. Que l’une soit un peu plus à gauche (si peu), que l’autre soit plus nettement à droite, que nous soyons, nous ici,  de moins en moins indépendants, ne change rien au scénario d’une uniformisation des esprits et des organes qui la véhiculent.

La participation de l’ex-PDG Baylet, radical de gauche, devenu entre temps ministre d’un gouvernement de gauche aussi (pourquoi tu tousses ?) ne change rien à une évolution de la presse régionale qui ne peut qu’inquiéter ceux qui sont attachés au pluralisme, à l’esprit critique, à l’indépendance et à la liberté d’informer. Nous serons tous des enfants de Baylet !

Tambouille

Enfin presque, parce que dans un souci louable certes d’éviter un mélange des genres préjudiciable  aux apparences de la liberté d’expression (les journalistes de la Dépêche savent que c’est là une donnée à géométrie variable), le dénommé Baylet a démissionné de ses fonctions de PDG pour se consacrer à son ministère et, cerise sur le gâteau, il a nommé pour le remplacer son ex-épouse, Marie-France Marchand-Baylet, qui avait déjà des fonctions importantes dans le groupe et qui n’est autre, à la ville, que la compagne d’un ministre remanié pour aller siéger au Conseil Constitutionnel, un dénommé Fabius, il ne doit pas être un inconnu pour vous. La presse locale est tombé ainsi dans la tambouille du grand capital avec la bénédiction des radicaux, des sociaux libéraux, et des patrons locaux sans doute pour mieux nous empapaouter.

Je crois que ce journal-là, ma mémé ne me l’aurait pas porté au lit tous les matins. Elle aurait bien fait.

Jean-Marie Philibert.

lundi 15 février 2016

faits d'ici


Faits d’ici : et une salade catalane, une !



Eh ! Oui ! Le monde nous ouvre ses portes et nous aimons parcourir ses grands espaces à la poursuite de grandes nouvelles, rarement réjouissantes d’ailleurs, mais nous en oublions parfois qu’ici aussi, entre Corbières, Canigou et Côte Vermeille, il s’en passe de drôles, qui, parce qu’elles sont drôles, peuvent nous amuser ou nous amener à rire un peu jaune ou nous énerver un peu.

Ok coral

Ainsi la Place du Puig, transformée en OK Coral, à la suite d’un différend familial que les protagonistes ont tenté de régler  à coups de fusil et à coups de couteau. La fièvre est retombée jusqu’à la prochaine fois. Question naïve : n’y aurait-il aucune relation entre l’état de délabrement du quartier, les populations fragilisées qui l’habitent, l’inertie bavarde des élus municipaux, et la crise profonde de notre société ?

Le gymkhana

Ainsi aussi de la traversée d’Olette, ce fleuron joyeux de la RN 116 est en train de devenir un casse-tête parce qu’un bâtiment qui jouxte la route menace de s’effondrer, oblige les automobilistes au gymkhana et à prendre(ou perdre) patience. Autre question toujours naïve bien sûr : n’y a-t-il pas là comme un petit signe que l’arrière-pays a des soucis ?

Des soucis, les usagers  de la ligne ferroviaire Perpignan-Cerbère-Portbou en ont quant au maintien de leur ligne et ils ont même des solutions à proposer, en matière de tarifs et d’horaires. Ils ont raison de se secouer le popotin et de secouer la SNCF. Regardez toutes les énergies qu’il faut encore déployer pour permettre au train jaune d’exister.

Comme si, quelque part, il y avait un mauvais génie qui s’employait à casser ce qui marche ici.

La langue coupée

Dans le rôle du mauvais génie, la Vallaud-Belkacem et sa réforme du collège, au nom de la modernité bien sûr, de la justice : et pan sur l’enseignement du catalan qui a mis des années à se développer, à être reconnu, à être choisi par de nombreuses familles. Les gens d’ici ont dit tout le mal qu’ils pensaient de ces choix. Nos députés socialistes ont sur la question la langue (catalane) coupée !

Par contre tous les élus baignaient dans l’euphorie lors du coup d’envoi du chantier du pont enjambant le Réart et qui doit relier Villeneuve de la Raho et Perpignan : non ! non ! je n’ironiserai pas sur le temps qu’il a fallu pour mettre en œuvre le projet, sur le nombre de malheureux qui, les jours de crues, se sont retrouvés en fâcheuse posture dans le passage à gué. Tout le monde était content, de la droite, Pujol et Jacqueline Irles, jusqu’à Hermeline Malherbe. Même la mémoire de feu Georges Frêche fut évoquée : « Il y  a des hommes qui construisent des murs et ceux qui construisent des ponts ! » C’est dire le moment d’enthousiasme !

Au pays des pauvres l’argent coule à flot

Sans doute dans le cas du maire de Perpignan, il ne devait pas être sans lien avec une des dernières décisions de son conseil municipal : l’augmentation, on va dire sensible,  des indemnités des conseillers majoritaires qui croulent sous le travail, les pauvres, (c’est le cas de le dire !). C’était la rubrique « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » : je ne le voulais pas, mais je suis devenu président de la communauté urbaine, je voulais ranimer le centre ville et je l’ai vidé,  je prêchai le désintéressement et j’ai choisi mon intérêt, bien compris voyons. La loi de l’argent est la loi supérieure. Mister Nobody (parce qu’il vidait les rues) est devenu Mister Money.

C’étaient des faits d’ici, qui pourraient être des faits d’ailleurs.

Jean-Marie Philibert.